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Questions de classe(s)

Équité = nivellement ?

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Il est des mots, des expressions, qui, sournoisement, sont entrés dans le vocabulaire quotidien de l’enseignement, que l’on croise au détour d’une conversation, d’un conseil d’administration, d’une réunion et aujourd’hui, d’un conseil de classe.
Tout part d’une situation toute bête. Nous abordons la 15ème élève d’une classe de 6ème. Des résultats en baisse, des bavardages, du détachement par rapport aux cours. Des collègues voudraient un avertissement. C’est partagé, on discute et on se dit que si on le met, il faudrait revenir sur 2-3 autres élèves au parcours un peu similaire. On discute encore. La cheffe tranche : pas d’avertissement. Un collègue pro-avertissement résume ainsi : « oui, par mesure d’équité, je comprends qu’on ne mette pas d’avertissement ». Et là, un autre collègue glisse de manière un peu plus sarcastique : « nivellement, nivellement ». J’en reste assez stupéfaite. Comment, d’une discussion ordinaire dans un conseil de classe, arrivons-nous à cette conclusion, à l’utilisation de ce mot connoté si péjorativement, « nivellement » ?
Pourquoi est-ce que, dans l’esprit de beaucoup, les mots équité, ou égalité, sont devenus synonymes de « nivellement » ? Il y a 10 ans, on disait « nivellement par le bas ». Aujourd’hui, le terme est si souvent utilisé, que « nivellement » seul suffit pour que tout le monde comprenne « baisse du niveau, baisse des exigences, mépris des savoirs, destruction de l’école… » et tout le discours catastrophiste dont nous avons l’habitude, et qui s’insinue durablement dans les esprits, même des plus jeunes collègues.
Étudier les super-héros en anglais ? Nivellement !
Faire des projets interdisciplinaires ? Nivellement !
S’adapter pour une école inclusive ? Nivellement !
Le collège unique ? Nivellement !
Des bacs pro pouvant accéder à l’université ? Nivellement !
Le terme est désormais bien ancré dans les discours sur l’école, dans les salles des professeurs, autour de la table familiale. Il n’est même plus contredit, même plus remis en question. C’est un fait. Toute démarche qui consiste à adapter ses pratiques, à les transformer, à les interroger, même, est considérée comme du « nivellement ».

Mais quelle conception de l’enseignement recouvre donc l’utilisation de ce terme ? Parmi les personnes qui l’utilisent, beaucoup défendent un enseignement qui perpétue les inégalités entre les élèves, qui nie l’éducabilité de chacun.e, qui reste figé dans des normes, des formes, des habitudes dont toute évolution serait perçue comme un déclin.
« Nivellement », n’est-ce pas aussi un mot fourre-tout, une explication facile, qui nous éviterait de nous interroger sur les dysfonctionnements de l’école, qui nous permettrait d’adopter une posture assez fataliste consistant à rejeter la faute sur un nivellement que nous subirions, que nous ne maîtriserions pas, qui serait instillé par les directives ministérielles que, en bons soldats passifs, nous appliquerions sans (ré)agir ?

Et si nous arrêtions un peu de faire appel à ces réponses faciles, ces expressions toutes faites, vides de sens, qui ne font en rien avancer l’école ? Au lieu de cela, regardons plutôt en face les difficultés auxquelles nous nous heurtons dans notre quotidien de profs : quid de ces classes surchargées, qui nous empêchent d’accorder à chacun.e toute l’attention nécessaire ? Comment imaginer nos cours, construire nos séances de manière à ne pas laisser d’élèves de côté, qu’ils soient en difficulté ou d’un très bon niveau ? Que penser des refus d’accorder des temps de réflexion pédagogique, en équipe, pour penser nos difficultés, et y trouver des solutions adaptées ? Et la succession des réformes et contre-réformes qui nous empêchent de construire sur la durée ?
Autant de questions qui ne sont pas des fuites, mais qui nous mettent en recherche et en action, qui questionnent et critiquent pratiques pédagogiques et politiques éducatives, au lieu de se réfugier derrière un concept stérile.

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