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Questions de classe(s)

Échec et résilience scolaire : faire renaître les phénix...

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Si l’erreur a été réhabilité en pédagogie, il peut paraître étonnant que les exemples d’échec et de résilience scolaire semblent moins pris en compte.

Un monde scolaire idéal

En tant qu’élève, j’avais l’impression que les enseignants et le système scolaire ne laissait que peu de place à l’échec. Les enseignants ne se présentaient jamais comme ayant pu connaître des situations d’échec scolaire comme par exemple un redoublement. Les trajectoires scolaires, telles qu’elles nous était décrites, étaient celle d’une certaine excellence scolaire, celles de scolarité sans redoublements.

Et pour cause, les redoublements s’avèrent souvent en pratique comme ne permettant pas une résilience scolaire et les élèves ayant redoublé sont souvent par la suite en échec scolaire. Néanmoins, maintenant que je suis enseignante, je me rends également compte en discutant avec des collègues – en particulier masculins – que l’échec scolaire n’est pas absent des trajectoires personnelles des enseignants.

L’illusion du point final

Les sociologues utilisent pour étudier la mobilité sociale, ce que l’on appelle des tables de mobilité. Celles-ci comparent la position sociale des parents et des enfants entre l’âge de 40 et 59 ans. On estime qu’à cette âge là les carrières professionnelle sont en grande partie jouées.

Si je prends mon cas personnel : j’ai un peu moins de 40 ans. Néanmoins, j’ai connu par rapport à mes parents une forte mobilité scolaire et sociale ascendante. En effet, ceux-ci n’avaient pas dépassé l’équivalent de l’école primaire et ont exercé des professions non-qualifiées. En ce qui me concerne, ma carrière étudiante a atteint son maximum possible, quelques années après ma thèse de doctorat, avec la soutenance de mon habilitation à diriger des recherches. Ma trajectoire sociale n’est peut être pas achevée, mais j’ai atteint le statut de cadre et profession intellectuelle supérieure en devenant professeure dans le secondaire.

Ces informations font apparaître un décalage, peut être momentané, entre mon niveau d’étude et mon statut professionnel : puisque je suis sur-diplômée par rapport à ma situation professionnelle actuelle. Mais surtout, ces éléments, si on ne prend pas en compte une approche longitudinale, rendent invisibles des informations importantes.

La première est celle de mon âge d’obtention relativement tardive d’une licence (26 ans). Après avoir été vacataire dans la fonction publique, je suis titulaire d’un poste catégorie C, l’année suivante. Je ne deviens enseignante titulaire dans le secondaire que près de dix ans plus tard : à ce moment là, je suis déjà titulaire d’un doctorat. En outre, l’énoncé de mon niveau de diplôme actuel invisibilise les échecs - les redoublements ou les concours ratés -, les abandons de cursus et les bifurcations d’études...

Cette série d’éléments n’a rien de socialement étonnant en soi. En effet, la trajectoire d’ascension scolaire des élèves issus des classes populaires est plus souvent marquée que celle des classes moyennes supérieures par des ruptures et des bifurcations. Le rendement social de leurs diplômes est inférieur à celui de ceux issus des classes moyennes durant toute leur carrière professionnelle. Le fait, d’être une femme renforce cette situation. Ainsi les femmes sont plus nombreuses que les hommes en première année d’université et moins nombreuses en classes préparatoires. La parité est à peu près atteinte au moment du Master II. Le nombre de doctorants et de docteurs devient alors un peu plus nombreux du côté des hommes. Alors que les enseignantes du primaire et du secondaire sont majoritairement des femmes, les enseignants à l’Université sont majoritairement des hommes. Cette inégalité de genre se renforce encore entre Maître de conférence et Professeur des Universités.

L’exemple des trajectoires scolaires non linéaires

La sociologie nous apprend qu’il existe une forte reproduction scolaire des inégalités et que celle-ci s’accentue encore davantage actuellement en France. Elle nous montre néanmoins que des réussites scolaires paradoxales existent qui sont elles aussi en partie socialement situées : elle met en lumière par exemple la réussite scolaire quasiment égale et même parfois supérieure des filles d’origine immigrés par rapport à la population de référence.

En revanche, l’institution scolaire ne met que peut en lumière la question de la résilience scolaire. L’échec scolaire existe et son caractère socialement irréversible existe également comme le montre par exemple l’importance du phénomène du décrochage scolaire définitif. Néanmoins, la résilience scolaire est également une réalité. Il est possible, même si plus rare, de continuer ses études et de parvenir à atteindre un niveau de diplôme même élevé après des échecs scolaires.

Néanmoins, ce discours n’apparaît que peu présent dans notre société à la fois dans l’institution scolaire et après dans l’enseignement supérieur. Cela est d’autant plus compréhensible compte tenu de la faiblesse dans notre pays de la promotion sociale par la formation continue. Le discours de l’institution dans le secondaire et le supérieur ne met principalement en scène que les réussites linéaires. Elle donne à voir un monde aseptisé de toujours premiers de la classe. Néanmoins, il est possible de se demander dans quelle mesure on ne gagnerait pas expliquer à un élève que le fait d’être en échec à un moment de sa scolarité n’atteint pas sa valeur personnelle en soi et que tous ses rêves et ses espoirs ne sont pas morts à jamais...Il serait peut être temps de développer un discours et des pratiques qui favorisent davantage la résilience scolaire.

1 Message

  • Je souscris à cette analyse : une volonté un peu raide de souligner les inégalités peut aboutir à ignorer cette résilience.
    Mon expérience confirme l’idée de ce texte : je rencontre, des années après, parfois plus de dix ans après, des élèves que j’ai eus au collège, souvent en échec, dans la difficulté et le mal-être en tout cas : les voilà en fin d’études professionnelles ou en fac, assurés, fiers d’eux : une transformation. Ils sont souvent capables d’analyser avec finesse leurs déboires antérieurs.
    Cela fait réfléchir sur ce mauvais usage de la socio qui conduit au fatalisme (et à l’inaction pédagogique). Mais aussi sur l’inadaptation profonde du collège, sur la nécessité de travailler différemment et d’un autre point de vue avec ces élèves...
    J.P. Fournier

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