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Réflexions d’un prof "progressiste"

« [N]’oublions pas que ni l’université ni l’école ne sont émancipatrices en elles-mêmes, à la différence des luttes pour les porter au-delà de leur logique actuelle en créant des formes de pensée et de savoir qui excèdent les limites de leurs mécanismes. » [Rancière, 2009b, p. 216] Je voudrais ici commenter, à l’aune de ma propre expérience, un court et (...)

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5 Messages

  • Réflexions d’un prof "progressiste" 6 août 22:17, par Lud Le Scribouillard

    Une coquille a échappé à ma relecture. Dans la conclusion, il faut bien lire dans la dernière citation de Gildas Kerleau : "[...] Comment lui offrir suffisamment d’espace libre pour qu’il ne soit NI pris en étau par le savoir débordant et infaillible du maître, ni par les règles d’une institution qui sape trop souvent le désir de savoir(s) ?"
    Avec mes excuses.

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  • Réflexions d’un prof "progressiste" 8 août 18:29, par Lawruszenko

    Quelques commentaires rapides et insuffisants tant la question est complexe. Les phrases tirées de ton texte sont entre guillemets et les commentaires suivent.

    « Peut-on être libre ou émancipé (ou, mieux, s’émanciper) en ne « sachant » pas d’où l’on est déterminé, ce qui nous détermine, de qui ou de quoi l’on est le sujet – c’est-à-dire « assujetti » ?

    Peut-être est-ce en s’émancipant, ou plus exactement en commençant à s’émanciper que l’on réfléchit sur nos déterminations ? Peut-être que les deux temps sont liés et non pas séparés : 1) je connais, donc, 2) je peux. C’est là reprendre exactement ce que critique Rancière.

    « Ou, pour le dire plus clairement, en croyant au libre-arbitre, à l’auto-constitution d’un sujet conscient et rationnel, à l’individu libre, autonome (dans sa version vulgaire et anhistorique – hors-sol), qui ne dépend que de lui-même ? »

    Il ne me semble pas que Rancière accepte ce postulat : de l’individu libre, etc. L’individu n’est jamais libre en soi, il recherche le maximum de liberté. Lorsque Gauny le philosophe plébéien travaille comme indépendant il sait très bien qu’il n’est pas libre. Illusion transparente à elle-même écrit-il. C’est en 1830...

    « Tout progrès dans la connaissance de la nécessité est un progrès dans la liberté possible. Alors que la méconnaissance de la nécessité enferme une sorte de reconnaissance de la nécessité, et sans doute la plus absolue, la plus totale, puisqu’elle s’ignore comme telle, la connaissance de la nécessité n’implique pas du tout la nécessité de cette reconnaissance. […] »

    Ici il me semble qu’il y a un décalage profond : contre quoi s’insurgent les dominés ? Contre les lois sociales cachées ou contre la domination et l’exploitation ? Ces deux dernières sont immédiates, elles ne nécessitent pas de cours particuliers : les dominés sont assez mal payés pour se savoir exploités et enchainés pour se savoir dominés. En se révoltant en 1830, en imaginant d’autres mondes possibles, les ouvriers n’ont pas attendu d’être éclairés par une sociologie scientifique qui n’existait pas...Ils ont même découvert des lois du capitalisme (cf : La parole ouvrière de Faure et Rancière...). En décalant la réflexion vers les lois de la nécessité effectivement Bourdieu réaffirme le primat de la connaissance et donc de la sociologie. Et donc le primat du savant. Il fait son métier de sociologue. Il y a, à mon sens, ici deux objets qui ne superposent pas : le travail de la sociologie et l’émancipation. Le but de la sociologie peut être le dévoilement (et encore ceci est fortement critiquable et d’ailleurs critiqué : cf. Boltanski.). Les acteurs qui se révoltent peuvent se servir de la sociologie ou pas. Les voies de l’émancipation sont un autre objet. Donc se servir de ces citations de Bourdieu à mon avis ne nous apportent rien ou pas grand-chose pour critiquer Rancière. Par contre affirmer que la connaissance sociologique est nécessaire pour l’émancipation là est bien l’idée que critique Rancière puisqu’elle ne fait que reproduire l’inégalité des intelligences.

    « En l’absence de sciences sociales fortes, et dont les résultats sont le plus largement diffusés, on laisserait les citoyens totalement démunis face à tous les pourvoyeurs […] »

    Franchement : il ne me semble pas que toutes les révoltes et luttes contre la domination aient attendu les sociologues pour se révolter.

    « Nous pouvons ainsi faire l’hypothèse que donner quelques clés de lecture scientifiques du monde social permet, n’en déplaise à Jacques Rancière, de faire advenir une certaine égalité politique des élèves et des maîtres, qui ne sont alors plus que des citoyens égaux également armés dans l’arène politique. »

    Il ne me semble pas que ce soit la question que pose Rancière : la question n’est pas de savoir si on donne des clefs mais comment on les donne. Soit en affirmant que certains connaissent ces clefs et connaissent les clefs des clefs à l’intérieur d’une institution qui, de fait, double le rapport au savoir d’un rapport politique du maître à l’ignorant. Et ce rapport fait du savoir un rapport de domination. Le maître, lui, n’est pas seulement celui qui détient le savoir ignoré par l’ignorant. Il est aussi celui qui sait comment en faire un objet de savoir, à quel moment et selon quel protocole. Et c’est ainsi que s’institue le rapport de domination.
    Soit on part du principe de l’égalité des intelligences. On affirme qu’il y a une seule intelligence en mouvement : que ce soit dans le travail manuel ou le travail intellectuel. Et dans ce cas ce qu’on demande aux élèves est différent : non pas répéter le savoir enseigné mais bien l’obliger à expliquer ce qu’il dit lui-même. L’obliger à exercer son intelligence en prenant le chemin personnel qu’il découvre lui-même. D’où l’idée du maître ignorant. L’émancipation doit progresser par ses propres voies. Une des voies est bien de se passer de maître explicateur puisque par définition c’est ce rapport qui produit de l’impuissance…à se révolter.

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    • Réflexions d’un prof "progressiste" 18 août 20:50, par Lud Le Scribouillard

      Cher Jean Lawruszenko, je vous remercie sincèrement de contribuer à la modeste réflexion pédagogique, didactique, épistémologique et philosophique que je suis en train d’amorcer depuis maintenant deux ans. Je vais tenter de répondre à vos remarques, toutes très constructives. Cette tentative de réponse sera bien embryonnaire, car ma réflexion est toujours en construction. Elle sera aussi assez sommaire, car je ne vois pas comment faire autrement que de répondre point par point, de manière un peu « scolaire », pour proposer cette réponse relativement rapidement.

      Votre première remarque (« Peut-être est-ce en s’émancipant, ou plus exactement en commençant à s’émanciper que l’on réfléchit sur nos déterminations ? ») me plaît beaucoup. Si j’osais, je la retournerais : « c’est lorsque l’on réfléchit sur nos déterminations, que l’on commence à s’émanciper, que l’on ouvre le chemin de l’émancipation, la boîte de Pandore ». Cette remarque me plaît beaucoup car elle ressemble à une espèce de clef me permettant de joindre des bouts de pensée, de lier des éléments qui n’étaient pas raccordés dans ma réflexion, auxquels il manquait quelque chose. J’ai l’impression que, dans ma réflexion sur l’émancipation, je tourne sans cesse autour de cette question sans vraiment la formuler… Toutefois, si je ne cesse de poser, implicitement ou pas, la question des conditions de l’émancipation (qui n’est pas la connaissance scientifique du réel, selon Rancière, en effet), c’est que cette question me pose problème : la seule réponse démocratiquement acceptable (selon la conception, très ranciérienne, que je me fais de la démocratie) – à savoir : les gens s’émancipent eux-mêmes et d’eux-mêmes parce qu’ils sont suffisamment exploités pour s’en rendre compte sans avoir besoin d’une sociologie du dévoilement – ne va pas de soi pour moi, elle me dérange : n’y a-t-il pas, au moins parfois, des situations où la source de la domination est l’ignorance ? Si je résiste encore, sur ce point, à l’argumentation de Rancière, c’est que j’ai expérimenté, j’ai ressenti, dans ma trajectoire sociale, l’importance du dévoilement sociologique pour l’émancipation. C’est une donnée sensible pour moi.
      Plus loin, vous écrivez : « Contre quoi s’insurgent les dominés ? Contre les lois sociales cachées ou contre la domination et l’exploitation ? Ces deux dernières sont immédiates , elles ne nécessitent pas de cours particuliers […]. » Si l’on suit Rancière (La Parole ouvrière, La Nuit des prolétaires), il n’y a aucun doute : les ouvriers de 1830 n’ont pas eu besoin d’une sociologie du dévoilement pour se révolter ! Mais ne peut-on pas émettre l’hypothèse que, parfois, dans certaines configurations politiques, la domination et l’exploitation ne sont pas si immédiates que cela, qu’elles relèvent bien du voile, de ce qui est caché, bref qu’elles deviennent des lois sociales cachées ? Alors, dans ces configurations politiques, cette sociologie peut servir l’émancipation. La distinction que vous opérez entre « lois sociales cachées » d’une part, et « domination » et « exploitation » d’autre part, dont vous laissez entendre qu’elle est le fruit de Bourdieu lui permettant de faire son métier de sociologue (« En décalant la réflexion vers les lois de la nécessité effectivement Bourdieu réaffirme le primat de la […] sociologie. »), vous permet de passer outre cette hypothèse.
      Vous avancez toutefois un argument supplémentaire qui soutient et rend cohérent le point de vue développé. Vous écrivez en effet qu’il n’est pas très fécond d’opposer les philosophies de Bourdieu et de Rancière. La manière dont j’ai essayé de construire l’article était peut-être maladroite, mais c’est justement l’idée que je souhaitais mettre en avant, notamment dans ma conclusion.
      En revanche, la suite de votre remarque est très constructive, car vous explicitez bien pourquoi il n’est pas fécond d’opposer ces deux philosophies : « il y a un choix philosophique et épistémologique radicalement différent ». Cela semble clair, limpide, évident, mais cela va toujours mieux en le disant ! De la même manière, lorsque vous écrivez : « Il y a, à mon sens, ici deux objets qui ne se superposent pas : le travail de la sociologie et l’analyse du processus de l’émancipation. Le but de la sociologie peut être le dévoilement […]. Les acteurs qui se révoltent peuvent se servir de la sociologie ou pas. Les voies de l’émancipation sont un autre objet. » C’est remarquable : là encore, vous mettez des mots, vous mettez en forme, une idée qui restait chez moi très confuse, et qui va me permettre d’approfondir ma réflexion.
      Vous écrivez ensuite : « Par contre affirmer que la connaissance sociologique est nécessaire pour l’émancipation est bien l’idée que critique Rancière […]. » Je reconnais volontiers que mon article est maladroit, que mon idée ressemble davantage à un bricolage en mouvement qu’à la construction d’un système philosophique rigoureux, mais il m’est apparu nécessaire, pour donner un sens à ma réflexion, de me servir de citations de Bourdieu pour critiquer Rancière (et inversement). Cette manière de faire était certainement bien maladroite mais me permettait de montrer, sans avoir pu ou su vraiment le formaliser de cette façon, que leurs deux objets ne se superposaient pas, que l’opposition entre les deux philosophies n’est pas féconde.

      Votre remarque sur le refus du postulat de l’individu libre par Rancière me permet de préciser : ma formulation est certainement très contestable, mais je n’ai jamais pensé ou voulu exprimer cela.

      Vous écrivez ensuite deux propositions que je trouve très intéressantes, qui lient pédagogie, didactique et philosophie.
      La première : « la question n’est pas de savoir si on donne des clefs mais comment on les donne. » Cette formulation me plaît beaucoup car c’est précisément l’idée que je souhaitais mettre en avant dans ma conclusion (lorsque j’aborde le bancal « cours de démystification égalitaire »), sans vraiment le formaliser de manière aussi limpide.
      La seconde : « […] ce qu’on demande aux élèves est différent : non pas répéter le savoir enseigné mais bien l’obliger à expliquer ce qu’il dit lui-même. L’obliger à exercer son intelligence en prenant le chemin personnel qu’il découvre lui-même. » Encore une fois, vous mettez en mots ce que je tentais très confusément d’écrire dans ma conclusion.

      Je suis d’accord avec vous sur le caractère péremptoire de la citation de Bernard Lahire. Mais je suppose que celui-ci ne voulait pas dire que « sans sociologie, pas de révolte possible » !

      Lorsque vous écrivez « […] D’où l’idée du maître ignorant. L’émancipation doit progresser par ses propres voies. Une des vois est bien de se passer de maître explicateur […] », deux idées me viennent.
      La première concerne l’idée du « maître ignorant » : François-Xavier Hubert, qui est à la source de mon intérêt pour la pensée de Rancière, me répète souvent que l’une des questions pertinentes à poser, c’est : ignorant de quoi ? Je me répète souvent cette question, et ma réflexion n’en est qu’à l’aurore. Votre remarque contribue à stimuler cette réflexion !
      La seconde idée concerne l’action de se passer de maître explicateur, qui m’obsède de plus en plus explicitement en tant qu’enseignant. François-Xavier Hubert m’a soufflé que l’on pouvait lire mon article comme un essai de redéfinition de ce que signifie un « enseignant progressiste ». Après lecture de vos remarques, j’ai la faiblesse de croire que, dans ma pratique enseignante, si j’adopte encore trop rarement la figure d’un maître ignorant, j’essaie, de plus en plus fréquemment et de plus en plus consciemment, de mettre à distance la figure de maître explicateur que l’on semble tous porter en nous.

      Votre remarque : « Une des voies est bien de se passer de maître explicateur puisque par définition c’est ce rapport qui produit de l’impuissance… à se révolter. Il ne peut pas y avoir d’égalité politique entre les maîtres et les élèves sauf si les élèves remettent en cause radicalement la position du Maître. » me met dans l’embarras.
      Premièrement, j’y vois une pertinente remise en cause de mon idée selon laquelle faire un cours de démystification sans remettre en cause le postulat de l’inégalité suffit à produire de l’égalité politique entre maîtres et élèves. C’est l’un des nœuds de ma réflexion : comment continuer à faire « comme avant » (ie : un cours de démystification, qui, me semble-t-il, garde tout son intérêt en démocratie) tout en mettant cul par-dessus tête le rapport de domination induit par la figure du maître explicateur ? [Il est bon de rappeler que certaines de vos remarques vont me permettre de remettre de l’huile dans ma réflexion !]
      Deuxièmement, il est toutefois possible de nuancer cette remise en cause : avec un cours seulement démystificateur, il ne peut en effet pas y avoir d’égalité politique entre les maîtres et les élèves… dans l’institution scolaire. Mais il est possible d’opérer un décalage, lorsque l’on sort de ce cadre, comme je tente de le souligner dans mon article : la démystification (dans l’institution scolaire) peut permettre, sous certaines conditions, de faire advenir de l’égalité politique entre maîtres et élèves (dans l’institution de la Cité, lorsqu’ils ne sont plus que des citoyens égaux). [Je suis bien conscient du caractère très embryonnaire et problématique de cette idée : quid de la fiction de citoyens rendus égaux par la Constitution ? Quelles conditions nécessaires pour faire advenir, malgré ce rapport de domination dans l’ordre scolaire, de l’égalité politique en dehors de cet ordre scolaire ? Etc.]
      Troisièmement, je souhaiterais avoir plus de précisions concernant cette proposition : « […] sauf si les élèves remettent en cause radicalement la position du Maître ? ». Que cela signifie-t-il ? Comment cela se traduit-il concrètement ? Quel(s) chemin(s) peut prendre le mot « radicalement » ?

      Enfin, je vous suis reconnaissant de poser clairement et, en même temps, de manière plus complexe que ce que j’ai pu faire dans mon article, la question du rapport de domination que l’on retrouve dans l’ordre scolaire : « Soit en affirmant que certains connaissent ces clefs et connaissent les clefs des clefs à l’intérieur d’une institution qui, de fait, double le rapport au savoir d’un rapport politique du maître à l’ignorant. Et ce rapport fait du savoir un rapport de domination. Le maître, lui, n’est pas seulement celui qui détient le savoir ignoré par l’ignorant. Il est aussi celui qui sait comment en faire un objet de savoir, à quel moment et selon quel protocole. Et c’est ainsi que s’institue le rapport de domination. » Ce paragraphe risque de me tourmenter encore longtemps.

      Encore merci pour vos remarques.

      Cordialement,

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  • Réflexions d’un prof "progressiste" 13 août 13:23, par R2

    Bonjour,
    Le mémoire sur la construction de l’identité professionnelle serait-il disponible quelque part ?
    En vous remerciant

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    • Réflexions d’un prof "progressiste" 15 août 08:52, par Lud Le Scribouillard

      Je suppose que l’ICP (Institut Catholique de Paris) doit le stocker quelque part. De là à le mettre à la disposition du public, je n’en sais rien.
      Je le mettrais peut-être bientôt en ligne.
      Je peux aussi vous le transmettre par mail en .pdf.
      Cordialement

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