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Discours de Jean-Marie Le Pen sur l’école (Dijon 2006)

, par Grégory Chambat

  

Ce discours de la campagne présidentielle de 2007 est important à plus d’un titre.

Tout d’abord, il rend compte de la "pensée" éducative du FN et de son président d’alors.

Ensuite, il a le mérite de présenter une liste quasi-exhaustive de plus de 30 années de pamphlets déclinistes et de libelles "anti-pédagogistes" et illustre assez bien la manière dont ils "parlent" à la place du FN... (à compléter bien sûr avec le flot d’ouvrages du même acabit édités depuis 2006... voir bibliographie sur ce site).

Enfin, à l’heure où des figures de la nébuleuse réac-publicaine se rallient au programme éducatif du FN, ce texte replace cette logique dans une dynamique plus ancienne.

Ainsi, le 2 septembre 2016, Jean-Paul Brighelli justifiait-il sa présence aux côtés de Marine Le Pen lors de la rentrée politique de cette dernière (week-end des 17 et 18 septembre à Fréjus, pour les « Estivales de Marine Le Pen ») de cette manière : « Pour que les choses soient bien claires : "Ma présence ne signifie en rien un ralliement aux thèses générales du FN : sur la question de l’École, c’est le FN qui se rallie peu à peu aux miennes." » (site de L’Opinion, 2 septembre 20016)



Déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur les thèmes de l’école et du système éducatif, Dijon le 26 novembre 2006.

Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Je voudrais consacrer mon propos de ce soir à un sujet qui nous a tous, à un moment ou à un autre, fortement préoccupés en tant que parent, je veux parler de l’école.

Si je devais dresser l’état de cette institution en quelques mots, il me suffirait de citer les titres des livres qui lui ont été consacrés depuis trente ans.

Jugez-en par vous-même.

Jean Piaget : « Où va l’Education ? », Denoël Gonthier, 1972

Jean Fourastier : « La faillite de l’Université », Idées Gallimard, 1972

Bertrand Schwartz : « Une autre école », Flammarion, 1977

René Pommier : « Assez décodé, l’école coule ! », Roblot, 1978

Serge Grossu : « Les enfants du Goulag », France Empire, 1979

Paul Guth : « Lettre ouverte aux futurs illettrés », Albin Michel, 1980

Didier Maupas : « L’école en accusation », Albin Michel, novembre 1983

Marie-Thérèse Maschino : « Vos enfants ne m’intéressent plus », Hachette 1983

François Bayrou : « La décennie des Mal-appris », Flammarion, 1990

Philippe Nemo : « Le chaos pédagogique » Albin Michel, 2 septembre 1993

Maurice Maschino : « L’école, usine à chômeurs » Hachette Littérature, 18 janvier 1994

Bernard Kuntz et Armel Pécheul : « Les déshérités du savoir, Veut-on encore changer l’école ? », Editions Frison-Roche, 1996

Jacqueline de Romilly : « L’enseignement en détresse » Julliard, 9 septembre 1998

Thierry Desjardins : « Le scandale de l’Education nationale » Robert Laffont, 19 août 1999

Antoine Chareyre : « L’Instit et le Mammouth. Journal d’un prof en colère » Albin Michel, 2 septembre 1999

Guy Morel et Daniel Tual-Loizeau : « L’horreur pédagogique : paroles de profs et vérité des copies » Ramsay, 1999.

Bertrand Vergely : « Pour une école du savoir » Editions Milan, février 2000

Elisabeth Nuyts : « L’école des illusionnistes », Auto-édition, 2000

Liliane Lurçat : « Vers une école totalitaire ? L’enfance massifiée à l’école et dans la société » François-Xavier de Guibert, 2ème 2dition, juillet 2001

Collectif « Sauver les lettres » : « Des professeurs accusent » Textuel, 2001 (Un manifeste humaniste contre les « ultraréformistes et ultrapédagogistes » qui ont pris le pouvoir à l’Education Nationale et organisent la destruction de l’instruction publique).

Agnès Joste : « Contre-expertise d’une trahison : la réforme du français au lycée » Editions des Mille et une Nuits, 2002 (Lecture minutieuse par un professeur de lettres des textes du Ministère de l’Education).

Elisabeth Altschull : « L’école des ego : contre les gourous du pédagogiquement correct » Albin Michel, 2002

Sylvie Steff et Jérôme Logre : « J’ai rêvé d’une autre école » Editions l’Harmattan, 3 janvier 2003

Rachel Boutonnet : « Journal d’une institutrice clandestine », Ramsay, 26 août 2003

Jean-Marie Petitclerc : « Y’a plus d’autorité », Erès, 3 octobre 2003

Evelyne Tschirhart : « L’école à la dérive : ce qui se passe vraiment au collège » , Editions de Paris, 28 janvier 2004 (Témoignage d’une enseignante d’arts plastiques en collège de quartier défavorisé).

Fanny Capel : « Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? » Ramsay, 18 mars 2004

Hervé Hamon : « Tant qu’il y aura des élèves » Seuil, 20 août 2004

Marc Le Bris : « Et vos enfants ne sauront pas lire...ni compter » , Stock, 2004

Liliane Lurçat : « La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs : la première cause de l’échec à l’école » François-Xavier de Guibert, 2ème édition, 2004

Jacques de Guillebon : « Nous sommes les enfants de personne ». Presses de la Renaissance, 3 février 2005

Christine Champion et Vladimir Volkoff : « La désinformation par l’Education Nationale », Rocher, 22 septembre 2005

Barbara Lefebvre et Eve Bonnivard : « Elèves sous influence » Louis Audibert Editions, 14 octobre 2005

Jean-Paul Brighelli : « La fabrique du crétin : la mort programmée de l’école » Jean -Claude Gawsewitch Editeur, 2005

Natacha Polony : « Nos enfants gâchés », Edition Jean-Claude Lattès, 2005

Jean-Robert Pitte : « Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’Université », Fayard, 31 mai 2006

Rudolf Bkouche, Michel Buttet, Agnès Joste, Morgane Page, Collectif : « Les programmes scolaires au piquet », Textuel, 1er septembre 2006

I- Oh, bien sûr, mesdames et messieurs, vous n’aviez pas besoin de la lecture de tous ces titres de livres pour savoir que l’école est un champ de ruine !

En revanche, le processus de décomposition intellectuel et moral de l’école depuis 35 ans est moins connu, même s’il n’est qu’un reflet de la décadence de la société toute entière.

Au grand dam d’une écrasante majorité de professeurs et d’enseignants, l’école a été détruite par les coups de boutoirs conjugués des idées de 68, de la nomenklatura de l’Education Nationale et des politiciens qui se sont succédés au pouvoir depuis 25 ans.

Après mai 68 en effet, l’ensemble des autorités familiales, scolaires, religieuses, militaires et politiques ont été contestées.

L’autorité parentale a d’abord été intellectuellement ébranlée, avant d’être juridiquement limitée sous Giscard et Mitterrand, au nom des droits de l’enfant.

L’autorité des enseignants, sapée par un pédagogisme délirant qui voulait mettre l’élève et le maître à égalité, a été diabolisée par principe. Elle n’existe plus aujourd’hui.

Dans la foulée des travaux de Jean Piaget, on a voulu depuis 1970/1975 enfermer le professeur dans un rôle d’animateur ou d’éducateur plutôt que de détenteur du savoir.

On a également remis en cause les méthodes éducatives traditionnelles, en foulant au pied toutes les valeurs qui avaient leur preuve dans le système d’enseignement français.

Oui, mesdames et messieurs, on est aujourd’hui bien loin des principes traditionnels de l’enseignent, façonnés par des siècles d’histoire et d’expérience.

Observez le contraste...

Les humanités classiques se présentaient non seulement comme des " études ", comme " une instruction " mais comme une " éducation " de l’individu, de l’esprit, de l’intelligence, de la morale, des valeurs : courage, justice, honneur....

L’an dernier, un roman donné à lire dans une classe de quatrième, à Nantes, décrivait « sur deux pages la masturbation d’un jeune garçon » !

Quelle rupture ! Quelle décadence !

Comment en est-on arrivé là ?

A cause d’une idéologie bien sûr, l’idéologie du spontanéisme de l’enfant, et de l’activisme des militants qui la défendent depuis des décennies.

Pour cette secte éducative en effet, il n’est pas nécessaire de transmettre, il suffit de créer pour l’enfant un environnement favorable.

L’enfant doit créer lui -même ses propre savoirs, conformément à la doctrine de l’école Meirieu.

En novembre 2005, pour avoir dénoncé cette philosophie éducative particulièrement néfaste, Laurent Lafforgue, titulaire de la Médaille FIELDS et mathématicien de renom international, a été débarqué du Haut Conseil de l’Education !

Il a résumé en une phrase le projet des idéologues de l’Education nationale depuis près de 40 ans.

« On a voulu proscrire tout enseignement explicite, qualifié de dogmatique, et le remplacer par un esprit qui se prétend d’expérimentation et de découverte personnelle. »

Dans les petites classes, il faut donc laisser libre cours à la spontanéité créatrice de l’enfant, ne plus le brusquer par des règles strictes d’apprentissage.

Dès lors, la méthode globale d’apprentissage de la lecture fut préférée à la traditionnelle méthode syllabique, qui avait pourtant fait ses preuves.

Les résultats sont là : en dépit des avertissements répétés de nombreux instituteurs et de nombreux professeurs, 20 % à 30 % des enfants ont des difficultés de lecture en arrivant en sixième, et il y a 5 millions d’analphabètes et 5 millions d’illettrés dans notre pays !

Une fois n’est pas coutume, je voudrais saluer l’initiative du Ministre de l’Education Nationale, Gilles de Robien, qui a officiellement mis fin aux méthodes globale et semi-globale de lecture dans une circulaire présentée lors de la cérémonie des voeux le 5 janvier 2006.

Bien entendu, du côté des syndicats et des Instituts universitaires de formatage des maîtres (IUFM), la directive ministérielle est contestée. Au nom de la « liberté pédagogique » » et de l’ « autonomie des enseignants », tout ce qui pétitionne et manifeste dans l’Education nationale s’est mobilisé.

Cela ne m’étonne guère :

- L’administration Centrale du Ministère de l’Education Nationale, - la plupart des syndicats de professeurs, - les Corps d’inspecteurs, - les directions et corps de formateurs des IUFM, peuplés des fameux didacticiens et autres spécialistes des soi-disant « sciences de l’éducation », - la majorité des experts des commissions de programmes,

tous ont relayé ce pédagogisme égalitaire à travers l’hexagone, et ont perverti des milliers d’enseignants, brisant la transmission des savoirs.

C’est cette nomenklatura de l’Education qui est la première responsable de la destruction de l’école.

C’est elle qui a pensé toutes les réformes mises en oeuvre depuis 30 ans, qui ont consisté : - à ne plus accorder de valeur au savoir - à faire jouer à l’école en priorité d’autres rôles que l’instruction et la transmission du savoir, - à mépriser les apprentissages fondamentaux, - à refuser les enseignements construits, explicites et progressifs, - à imposer des programmes fumeux et démesurément ambitieux.

J’affirme que cette pédagogie anti-autoritaire a saccagé des générations entières.

J’affirme que cette idéologie de l’enfant-roi, préférée au dur apprentissage des savoirs, est une des causes principales de la montée de la délinquance et l’insécurité.

Il y a 80 000 actes de violence grave chaque année, rien qu’à l’école, et près de 8 millions de crimes et délits dans le pays, soit 15 fois plus qu’il y a 40 ans.

Aucun homme politique n’a le courage de dire que c’est là le fruit vénéneux de la destruction du principe d’autorité, dans les familles et à l’école, de la destruction du sens de l’effort, de la destruction de la valeur travail et de la hiérarchie des compétences.

Les maîtres penseurs, je devrais dire les maîtres censeurs de l’école contemporaine, ont également brisé la méritocratie scolaire, en assurant la promotion d’un égalitarisme total supprimant l’idée même de sélection.

La classe politique a fixé, par la bouche de monsieur Chevènement en 1983, l’objectif démagogique d’amener 80 % d’une classe d’âge au BAC, dévalorisant les filières manuelles de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

C’était le projet du collège unique.

Le résultat est connu : pour atteindre à toute force ce résultat, on a nivelé par le bas, allégeant les programmes, adoucissant les notations et les critères de passage dans la classe supérieure.

La valeur des diplômes s’est effondrée, pénalisant les élèves les plus méritants et les plus travailleurs.

A la vérité, les contribuables financent désormais un mammouth administratif, l’Education nationale, toujours plus lourd et toujours plus coûteux - 1,3 millions de personnes, 650 milliards de FF par an - pour des résultats toujours plus médiocres.

Songez, mesdames et messieurs, que ce budget a augmenté de 38 % ces dix dernières années, alors que le nombre d’élève diminuait de 460.000 pendant cette même période.

Songez qu’entre 1990 et 2004, le coût annuel moyen d’un collégien a augmenté de 33 %, celui d’un lycéen de 50 %, et que pourtant, les résultats sont de moins en moins bons : en 1990, sur 2000 élèves de seconde, 25 % obtenaient zéro lors d’un exercice de dictée. En 2004, sur la même dictée, la moitié des copies obtenaient zéro !

Songez que la dépense intérieure d’éducation qui totalise les dépenses de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises et des familles, représente 774 milliards de FF en 2005, soit 6,8 % du PIB, contre 5,5 % en moyenne dans les pays développés, pour un résultat bien meilleur : au classement de l’OCDE, les petits français sont seulement 15ème pour les connaissances en science et 17ème pour la littérature !

Selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la société a le droit de demander des comptes à tout agent de son administration.

Eh bien, j’en demande, moi des comptes !

Pourquoi l’Education Nationale couvre-t-elle des gaspillages insupportables, des copinages coûteux et scandaleux ?

Savez-vous, mesdames et messieurs, que les décharges de service, c’est-à-dire les enseignants qui sont dispensés de donner leur cours, tout en étant payés, représentent 28.000 postes équivalents temps pleins ?

Il s’agit le plus souvent d’emplois fictifs au profit d’associations, de syndicats ou de mutuelles, généralement de gauche ou d’extrême gauche !

L’école ne forme plus, n’instruit plus, n’éduque plus, coûte de plus en plus, et n’assure plus l’égalité des chances.

La carte scolaire, institution de planification soviétoïde que même Ségolène Royal remet aujourd’hui en cause, n’a en rien réduit les inégalités d’accès aux bons établissements : en 1975, il y avait 13 % d’enfants d’ouvriers dans les Grandes Ecoles, contre 6 % aujourd’hui. Sur la même période, les enfants de cadres sont passés de 64 % à 77 %.

A la vérité, l’éducation Nationale ne semble plus tourner qu’au profit de quelques-uns : les enfants d’enseignants, bénéficiaires des mécanismes culturels de la reproduction sociale, et les jeunes d’origine immigrés, bénéficiaires des quotas, qui ne disent pas leur nom, à l’entrée de certaines Grandes Ecoles, comme Science Po.

C’est la rupture avec les principes juridiques d’égalité des citoyens devant la loi et devant les concours.

Ces droits réservés cassent en effet tous les principes philosophiques de l’école républicaine : la méritocratie, c’est-à-dire la réussite liée au travail et à l’effort, et l’élitisme, c’est-à-dire le recrutement et la formation des meilleurs éléments dans des filières spécifiques ou des Grandes Ecoles.

Loin de contribuer à réduire les inégalités, l’école les accroît désormais considérablement.

En effet, elle institue des traitements préférentiels à destination de populations spécifiques, au mépris de la laïcité qui fut jadis une de ses valeurs principales.

La laïcité, c’est la neutralité politique et religieuse de l’Etat, des services publics ou des entreprises publiques.

La neutralité politique n’existe plus au sein de l’éducation nationale, depuis bien longtemps. Il n’y a qu’à voir comment on enseigne l’histoire de France à nos enfants, et pire les scandaleuses manifestations d’adolescents et même d’enfants des écoles, encadrés par des maîtres dévoyés, entre les deux tours de la présidentielle de 2002.

Mais plus encore, l’école est devenue le premier réceptacle de toutes les difficultés sociales et nationales que fait naître l’immigration incontrôlée.

Elle est désormais le champ d’affrontement des différentes communautés, des différentes cultures, des différentes valeurs, et on a accepté successivement :

- le voile à l’école, - l’adaptation des tenues de natation pour les garçons, - l’adaptation des activités sportives, - l’aménagement des repas dans les cantines scolaires

Bref, c’est la fin de l’école républicaine.

C’est la fin de l’Education nationale, qui n’assure plus la formation manuelle et intellectuelle des jeunes gens, ni même l’éducation civique et morale indispensable à la vie en société.

II- Au point où nous en sommes, mesdames et messieurs, il faut revenir aux choses fondamentales, aux choses essentielles, aux choses simples qui ont fait leurs preuves.

Instruire et éduquer, c’est un devoir sacré envers les jeunes gens du pays.

Instruire et éduquer, c’est accroître leurs chances de réussir leur vie.

Instruire et éduquer, c’est transmettre le capital intellectuel et moral de la civilisation française.

Instruire et éduquer, c’est accroître le capital humain de la nation, c’est investir dans l’avenir.

Mais pour instruire et éduquer, il faut d’abord rétablir l’autorité parentale, scolaire, religieuse, militaire....

Les professeurs doivent être respectés, en tant qu’autorité sociale et en tant qu’autorité scolaire. Pour cela, il faut d’abord la réforme intellectuelle et morale qui souhaitait déjà Ernest Renan au XIXème siècle, qui nous fasse sortir des utopies pédagogistes et revenir aux bonnes vieilles marmites dans lesquelles on fit si longtemps les meilleures soupes.

Je suis partisan de la suppression des IUFM, instruments de la révolution culturelle au service de la gauche, et de leur remplacement par des Centres Pédagogiques Régionaux. Ceux-ci favoriseront un apprentissage de terrain, avec la participation de consultants extérieurs. Les professeurs-formateurs dans les CPR devront toujours enseigner, afin de rester en contact avec le terrain, avec les besoins de l’école.

Il faut remettre en place des enseignements explicites, des programmes structurés et progressifs, comme le programme de 1923 pour le primaire, qui, mis à jour dans certaines matières, est de loin le meilleur.

Comme l’affirment l’écrasante majorité des enseignants, il est indispensable de rétablir l’effort et le travail, c’est-à-dire le fondement méritocratique de l’école, en relevant les niveaux d’exigence, notamment de passage dans la classe supérieure - l’élève doit être en état de suivre le cours de la classe dans laquelle il est - et en adjoignant aux bourses sur critères sociaux des aides au mérite sur la base de concours.

Dans le contenu des enseignements eux-mêmes, je crois indispensable de rétablir la fierté d’être français.

Il faut cesser de culpabiliser nos jeunes par un enseignement partial de l’esclavage ou de la colonisation, lequel fait « germer la haine dans les caboches creuses des crétins programmés », selon le mot de Jean-Paul Brighelli, professeur de lettres à Montpellier et essayiste à succès.

Les missions imparties à l’école sont en effet très nombreuses : la formation intellectuelle, la formation manuelle, la formation sportive, la formation civique et morale des jeunes gens, toute ces formations devant être en relation avec les besoins de la société.

C’est la raison pour laquelle, lorsqu’on souffre d’un taux de chômage des 18-25 ans parmi les plus élevés d’Europe, on doit se poser des questions sur le système d’enseignement, et rappeler sans se lasser que l’école et l’Université doivent principalement préparer à la vie professionnelle.

La scolarisation généraliste massive s’est accompagnée en effet d’un accroissement sensible des sorties sans qualification, tandis que 85 % des apprentis trouvent du travail après avoir obtenu leur CAP ou leur BEP.

Le problème, c’est que la qualification et l’apprentissage concernent trop peu de gens.

En conséquence, l’école doit modifier le mode de formation des esprits, mais aussi le dosage entre la formation des esprits et la préparation immédiate aux métiers.

Il est en effet possible de renouer avec l’excellence et l’élitisme tout en développant l’attractivité et le poids des filières qualifiantes pour les jeunes qui sortent tôt du système éducatif.

Comment, me direz-vous ?

En laissant tout simplement le choix à l’enfant et en respectant ses préférences, après l’avoir bien sûr correctement informé des conséquences de ses choix.

Renouer avec l’excellence et l’élitisme intellectuel suppose de transformer le Brevet des collèges en véritable examen, de le rendre obligatoire pour le passage en seconde, et d’instaurer un examen d’entrée en première année d’Université.

Donner des qualifications pratiques aux jeunes nécessite de revaloriser les métiers manuels, méprisés depuis 30 ans, au nom, entre guillemets, « des études intellectuelles pour tous », utopie qui a littéralement transformé l’école en usine à chômeurs.

Les métiers manuels offrent des perspectives d’emplois, car on manque et on manquera de plus en plus demain de plombiers, d’infirmiers, de sapeurs-pompiers, de plongeurs professionnels, d’aide-soignant, d’artisans et de techniciens agricoles. Il y a lieu de rappeler combien il est dangereux de confier la promotion sociale à une filière unique, celle de l’enseignement scolaire et universitaire, par nature formelle.

La filière de l’apprentissage et la pratique des métiers permet de dégager par capillarité des élites sélectionnées par la pratique et la réalité des terrains humains et économiques, conjurant ainsi le risque de totalitarisme et établissant une émulation sociale positive.

Pour revaloriser les métiers aussi bien que les cursus généralistes, il est donc logique de supprimer le collège unique, collège inique, massificateur et niveleur, pour lui préférer des modes de formation différenciés.

Il faut de surcroît concevoir un enseignement supérieur plus efficace, qui forme les futurs cadres de la nation.

Le premier problème est celui de la dévalorisation du Baccalauréat. Le piètre niveau auxquels sont amenés les bacheliers explique largement l’échec de 40 % d’entre eux en premier cycle universitaire. Il faut donc rendre au Bac son rôle d’examen sanctionnant l’acquisition des connaissances durant le secondaire.

De surcroît, les diplômes de l’enseignement supérieur sont parfois inadaptés aux besoins réels de l’économie : certaines filières généralistes (histoire, psychologie....) devraient faire l’objet d’un numerus clausus.

Une sélection plus efficace alliée à des obligations de stage en entreprise (associée aux programmes de formation) à l’occasion du cursus universitaire garantiraient un meilleur accès à l’emploi.

Enfin, concernant la recherche Française, laquelle est en partie couplée à l’Université, je tiens à lancer un véritable cri d’alarme :

La France souffre de la fuite des meilleurs de nos cerveaux, notamment vers les Etats-Unis, pour des raisons de salaires, d’impôts, de moyens, ou pour la plus grande liberté de recherche. Il en résulte une diminution constante du nombre des brevets français déposés.

Au lieu d’encourager les chercheurs français, le gouvernement envisage de baisser les impôts de chercheurs étrangers s’installant en France !

La recherche d’Etat (CNRS, INRA, INSERM, ONERA...) souffre de bureaucratie, de politisation syndicale, de gaspillage multiple : un chercheur du CNRS est par exemple spécialisé en « observateur du Front National » !

Enfin, la France a décroché dans certains secteurs fondamentaux : appareils médicaux, métrologie de laboratoire, informatique, composants électroniques... Et même lorsque la recherche française permet une innovation technologique, elle est immédiatement copiée à l’étranger, en raison d’une protection insuffisante contre l’espionnage, les contrefaçons et les copiages.

Il faut d’abord donner à nos chercheurs le cadre nécessaire à leur travail : locaux, bureaux, matériels, liberté de pensée et d’expression, pour les inciter à rester en France.

Cela suppose d’augmenter les moyens budgétaires de la recherche publique, et de favoriser fiscalement la recherche privée.

Il faut ensuite, je le dis clairement, faire des choix, en privilégiant les domaines stratégiques : médical, pharmaceutique, aérospatial, nucléaire, physique, énergétique, informatique, télécommunications, agricole, armement et défense. En effet, on ne peut pas tout faire.

Enfin le décloisonnement entre les sutures privées ou publiques, entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, entre la recherche théorique et l’entreprise, doit être systématiquement mis en oeuvre, afin que des synergies apparaissent : je pense par exemple aux applications technologiques militaires qui peuvent être transmise à l’industrie civile.

C’est à ces conditions, et à ces conditions seulement, que la France retrouvera une école efficace, une Université performante et une recherche d’excellence.

Source http://www.frontnational.com, le 27 novembre 2006

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