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Questions de classe(s)

« Un camarade tué, une communauté éducative brisée »

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Texte de Jordi Martí i Font (militant de la CGTE-E) traduit par Frank Mintz .
Marti i Font a réagi sur ce qui est apparu pour beaucoup comme un fait divers mais qui l’a interpellé comme enseignant, éducateur et militant. Cet article paru sur le site de la CGT espagnole, s’explique parce qu’il est catalan, prof, syndicaliste, et, qu’il sent que tout se fendille sous nos pas.

- 20 avril 2015. Un garçon de 13 ans tue un professeur au lycée Joan Fuster [de Barcelone] avec une arbalète et il blesse d’autres élèves et une enseignante. Un crime exécrable qu’il faut condamner, un compagnon dont il faut se souvenir et de la communauté éducative, celle du lycée Joan Fuster, qu’il faut accompagner dans un moment si difficile.

Si tout crime par la violence est haïssable, ce dernier réunit plusieurs causes qu’il faudrait examiner à fond pour en tirer des conclusions : les armes utilisées, la date, l’âge de l’assassin et la situation de précarité du camarade qui avec la meilleur volonté du monde a essayé d’arrêter un enfant qui avait comme seul objectif de faire du mal.

Une arbalète et un couteau pour tuer des gens, et qui en tuent. L’arme de l’assassinat nous apporte des données effarantes : il n’y a pas d’ustensiles qui ne servent pas à faire du mal. Par conséquent, il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de volonté de mal agir, car si elle existe, les conséquences sont faciles à chercher et à trouver. Heureusement, pour le moment notre société n’a pas décidé de se suicider, au contraire des États-Unis et de son obsession maladive pour les armes à feu à la portée de toute personne ayant quatre dollars ...

Aujourd’hui c’est le 20 avril et le même jour, en 1999, deux jeunes ont décidé de tuer le plus grand nombre possible de camarades et de professeurs de leur lycée à Columbine, aux États-Unis, et comment ils avaient des armes disponibles, c’est ce qu’ils ont fait. Il semble évident que la date n’est pas accidentelle. À l’époque, quand on a parlé des causes de l’agression, comme maintenant en Espagne, on a évoqué une maladie mentale possible des assassins, le bullyng [harcèlement par un groupe] qu’ils subissaient, leur manque absolu d’empathie avec les autres élèves et les enseignants. On a également attribué le fait à l’influence des jeux vidéo et des films avec un contenu violent. Tous ces facteurs existent en Espagne et ils sont souvent considérés comme « normaux ». Et ce peut être le cas, mais il faut garder à l’esprit qu’il y a des enfants et des jeunes qui voient la mort et l’assassinat comme un fait normal parce que leur monde référentiel, audiovisuel, le leur montre à chaque instant de leur vie.

Aujourd’hui, il est surprenant de lire des commentaires (peu nombreux, mais qui existent) de collègues qui attaquent l’école inclusive et la désignent presque comme coupable des agressions, alors que c’est la seule qui peut nous libérer des positions violentes, de l’isolement, des agression des uns contre les autres, de la stigmatisation des personnes ayant un handicap intellectuel ou physique, qui, dans la très grande majorité des cas, ne sont jamais violentes. Et alors que cette école est la seule qui peut nous aider à comprendre que le monde n’est pas la télévision, que la mort ou l’assassinat n’est pas « normal », que la fiction ne peut jamais être confondue avec la réalité et que la violence peut être traitée de plusieurs façons mais la violence est la pire d’entre elles.

Nous vivons en cours de durs moments. Avec de plus en plus d’enfants et de jeunes, avec un nombre d’élèves qui dépassent toutes les limites recommandées. Des équipes de psychopédagogues si dégraissées qu’elles deviennent presque inexistantes. Des spécialistes exclus de leur profession et à l’abandon à cause des suppressions d’emplois, ce qui a comme conséquence de faire des établissements scolaires des parkings pour garer les filles et les garçons. Et les enseignants, les professeurs et les maitres cherchent des solutions qui ne peuvent venir du cadre actuel parce qu’il est précisément le coupable de la situation où nous sommes.

Le stress causé par des classes de plus de trente enfants qui n’ont pas le suivi qui leur serait nécessaire car ils portent beaucoup de problèmes liés à leurs cas (et ils sont également sous le coup des expulsions, de la précarité, des violences, de la pauvreté ...) ne semble pas attirer l’attention de ceux qui commandent, mais il s’accroit et est de plus en plus présent. Un enfant avec les problèmes, comme le jeune du lycée Joan Fuster aurait certainement été vu, entendu et suivi dans une école plus humaine, sans tant d’élèves par classe, avec davantage de psychologues et d’ éducateurs qui auraient pu se consacrer à leur travail sans avoir à faire les heures des enseignants que l’administration a décidé de ne plus employer, sans tous les problèmes que les gouvernements actuels causent dans nos écoles. Et si les spécialistes professionnels avaient décidé que cet élève avait besoin d’un traitement spécial, ils seraient arrivés à l’avoir.

Les écoles ne peuvent être des lieux où on entrepose des filles et des garçons. La précarité ne peut pas être la forme « normale » de travail. Et les élèves ayant des problèmes de toute sorte doivent avoir la possibilité d’être traités comme les personnes qu’elles sont. Cela n’est possible que si nous avons beaucoup de personnel (et plus encore, des gens formés et avec des groupes gérables) et avec des garanties de ne pas mourir dans cette aventure. Et surtout, l’école ne peut pas continuer à dépendre de gens ineptes qui font des coupes sombres autant qu’ils peuvent, tant et si bien que les personnes ne peuvent pas être traités comme des personnes, comme des individus différents et donc avec des solutions diverses.

Le récit [avec des données en partie écartées par les médias]

Avant le drame

"Il avait déjà dit qu’ils voulait tuer tous les professeurs et se suicider après", commente un élève. "Il avait une liste noire", souligne un autre élève. "Il parlait toujours d’armes et il voulait être militaire", lance un autre garçon. "Il était toujours seul", souligne un quatrième jeune.

[Un autre témoignage d’élève] “Il était sociable”.

http://www.lavanguardia.com/local/b...

Le drame

[L’élève de treize ans est arrivé en retard en cours et la professeure ne l’a pas accepté. Il a alors sorti son arbalète et l’a blessé au visage. Il a aussi agressé des élèves.

En entendant des cris un professeur est sorti de sa salle pour aider la collègue. Dans le couloir, l’agresseur a tiré sur lui dans le ventre et est allé attaquer d’autres élèves à l’étage supérieur. Puis il a préparé un cocktail molotov dans une salle dont les élèves s’étaient enfuis. Un professeur d’éducation physique est allé parler avec le jeune qui était très agité et qui se bornait à répéter qu’il entendait des voix qui lui disaient qu’il devait tuer. Cependant, le professeur blessé au ventre était à l’agonie et il décédait avant l’arrivée des secours.]

Selon La Vanguardia, 20.04.15

Après le drame

L’enseignant tué travaillait comme remplaçant en sciences sociales, la titulaire était en arrêt maladie. Abel Martínez Oliva était un professeur errant. Un de ces enseignants habitué à déambuler dans plusieurs établissements de Catalogne pour faire des remplacements, en rêvant d’avoir un jour un poste stable. C’est pour cette raison qu’à 36 ans il faisait tant d’efforts pour préparer ses cours, car bien souvent la matière qu’il devait enseigner n’était pas sa spécialité. Il avait une licence d’histoire.

Ceux qui connaissaient bien ce professeur n’ont pas été étonnés qu’il ait été un des premiers à aller aider sa collègue quand il a entendu des cris venant de la salle où l’élève armé de son arbalète semait la terreur. "Cette réaction est typique du caractère d’Abel", affirme un de ses amis.

La Vanguardia, 20.04.15

Lettre d’une élève

Abel, merci pour cette semaine et pour ton enseignement. C’est malheureux que tout se soit fini ainsi. Tu nous as protégés jusqu’à la fin et tu as été très courageux. Je me souviendrai toujours de ton courage et de tes connaissances. Je me souviendrai toujours de toi. Un baiser. Ainhoa, 2º A

El País, 21.04.15]

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