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Questions de classe(s)

Un bébé est mort à Noël

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Un bébé est mort le jour de ce Noël dernier, dans un bidonville du Nord Essonne. Ses parents l’ont retrouvé froid au matin. Ils ont été en proie à un désespoir incommensurable et le bidonville entier a été frappé de stupeur.

C’est comme si une nuit éternelle s’était abattue sur ces familles ; ce qui pourrait nous paraître étonnant, à nous les acteurs associatifs et sociaux engagés sur ce terrain, c’est le fatalisme avec lequel tout cela a été accueilli. Au milieu d’un malheur aussi grand, de tant de détresse, il n’y avait nulle colère.

Pas l’ombre d’une révolte, pas l’ombre d’une dénonciation ; pas l’ombre d’une plainte. Et pourtant… Qui pourrait croire, qui oserait dire que cette mort d’enfant n’avait aucun rapport avec les conditions de vie, qui étaient les siennes et celles de sa famille et de son groupe social ?

A l’inverse, les parents eux mêmes, et les familles alentour se sont mis à se raconter des histoires, de légendes. Pour tous, la mort de cet enfant avait besoin d’une explication sans concession. Ils l’ont trouvée dans une obscure légende de fantôme de la nuit, preneur d’enfants.

Au fond, la faute était la leur : les parents n’avaient pas accompli un quelconque rituel censé conjurer les mauvais esprits.

Ainsi, ils étaient responsables de leur malheur ; pas la misère, pas l’insécurité sociale qui leur refuse CMU ou allocations ; pas même le Maire de cette petite commune qui ira jusqu’à refuser l’autorisation d’inhumer le bébé sur son territoire. Non, tout cela était de leur faute, en raison de légendes cruelles.

D. Graeber observait dans son « Essai d’anthropologie anarchiste » que les peuples les plus pacifiques avec leur environnement et leurs voisins créaient les mythologies « , les plus dures et les plus féroces ». Il aurait pu ajouter qu’il en est de même pour tous les groupes opprimés, assujettis à une passivité inhumaine du fait des violences sociales et politiques qui pleuvent sur eux.

Quand un régime sécuritaire atteint un tel degré de sophistication, quand il ne semble plus y avoir d’espoir dans la lutte ou la fuite, quand toute perspective de progrès devient vaine, lors il ne reste plus à l’individu, comme ou groupe, d’autre issue que de se créer des monstres.

On leur donnera toutes sortes de noms et on les habillera des oripeaux de diverses cultures ; mais ce seront bien les mêmes ; ce sont ceux qui viennent hanter les hommes aux espoirs révolus.

La violence qui se retourne contre soi, le cynisme, la cruauté ne sont pas seulement dangereux pour ceux qui en sont les victimes ; ils sont une menace pour l’humanité entière et pour chacun d’entre nous.
Un jour ou l’autre, un de ces monstres parvient à la réalité et on lui donne des noms infernaux : nazisme, DAECH…

En attendant « l’ordre règne » ; les pauvres et les malheureux sont résignés.

On a brûlé moins de voitures le 31 janvier 2014…

4 Messages

  • Un bébé est mort à Noël 3 janvier 2015 23:52, par Bison, la colle super-puissante

    Laurent Ott,

    Je viens de découvrir votre site et surtout l’article ci-dessus et je voudrais vous féliciter pour la qualité de votre style et de vos arguments.

    On sent de l’humanité dans la teneur de vos propos, en particulier au sujet d’un groupe ethnique spécifique, qui contrastent fortement avec le milieu ambiant froid, égoïste et déprimant. Malheureusement une étincelle de lumière dans un noir si profond.

    Mais ne perdez pas courage ou ne soyez pas résigné, les guerres se gagnent une bataille à la fois.

    Bonne continuation.

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  • Pour compléter ce billet, un article en ligne à découvrir ici

    Le maire divers droite de Champlan (Essonne) a refusé mercredi qu’un nourrisson rom décédé le 26 décembre soit enterré sur le territoire de sa commune, a-t-on appris samedi de sources concordantes, confirmant une information du Parisien.

    "Cette petite famille fait partie du groupe qui s’est réfugié à Champlan ... à la suite de l’expulsion du bidonville de Wissous. Ce groupe avait en effet tout fait pour continuer à habiter le plus près possible des lieux de scolarisation des enfants et plus proche des associations qui ont tisé des liens avec eux : ASFRR et Intermèdes Robinson qui mène des ateliers éducatifs et d’éveil avec les enfants depuis des années."

    L’édile "a prétexté que la mort" du bébé "avait été déclarée à Corbeil-Essonnes", a expliqué à l’AFP Loïc Gandais, président de l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR), dont deux membres "côtoient quotidiennement" la famille de l’enfant décédé, qui vit dans un campement de Champlan.

    "C’est du racisme, de la xénophobie et de la stigmatisation", a-t-il estimé.

    Le maire a refusé sans "aucune explication"

    Selon Loïc Gandais, le bébé, né le 14 octobre 2014 et prénommé Maria Francesca, est décédé de "la mort subite du nourrisson" dans la nuit du 25 au 26 décembre.

    La petite fille qui ne se sentait pas bien, a été conduite cette nuit-là dans un hôpital de Longjumeau, puis dans un établissement de Corbeil-Essonnes, où son décès a été officiellement constaté le 26 décembre, a ajouté une source proche du dossier.

    A la demande de la famille, une entreprise de pompes funèbres de Corbeil-Essonnes a alors demandé à la municipalité l’autorisation d’inhumer le nourrisson dans le cimetière de Champlan.

    Mais le maire a refusé sans "aucune explication", a assuré à l’AFP Julien Guenzi, gérant des pompes funèbres l’Escarcelle à Corbeil. "Il n’est pas obligé de se justifier, mais des réponses comme ça, c’est très rare", a-t-il ajouté.

    "Sur le plan juridique, on ne pourra pas faire grand chose"

    La petite fille sera finalement inhumée lundi à Wissous, à environ sept kilomètres de Champlan. "Par simple souci d’humanité, on ne pouvait pas laisser cette situation dans l’état", a affirmé à l’AFP le maire UMP de Wissous, Richard Trinquier. "Une mère qui a porté un enfant pendant neuf mois et qui le perd à deux mois et demi, ce n’est pas la peine d’aggraver sa douleur."

    L’ASEFRR prendra en charge la majeure partie des frais d’obsèques, a assuré l’association qui ne compte pas porter plainte. "Sur le plan moral, c’est absolument contestable, mais sur le plan juridique, on ne pourra pas faire grand chose", estime Loïc Gandais.

    Selon la loi, les proches d’un défunt doivent demander l’autorisation d’inhumation au maire de la commune du cimetière choisi. Il peut être inhumé dans la commune où il habitait, dans celle où il est mort, ou là où se trouve un caveau de famille. Ni le maire de Champlan, Christian Leclerc, ni son premier adjoint, n’étaient joignables samedi matin.

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  • Un bébé est mort à Noël 4 janvier 2015 22:50, par Valérie Guiffrey

    La mort du colporteur
    Le pauvre colporteur est mort la nuit dernière.
    Nul ne voulait donner de planches pour sa bière ;
    Le forgeron lui-même a refusé son clou :
    « C’est un juif, disait-il, venu je ne sais d’où,
    Un ennemi du Dieu que notre terre adore,
    Et qui, s’il revenait, l’outragerait encore.
    Son corps infecterait un cadavre chrétien :
    Aux crevasses du roc trainons-le comme un chien.
    La croix ne doit point d’ombre à celui qui la nie,
    Et ce n’est qu’à nos os que la terre est bénie. »
    Et la femme du juif et ses petits enfants
    Imploraient vainement la pitié des passants,
    Et, disputant le corps au dégoût populaire,
    Se jetaient éplorés entre eux et le suaire.
    Du scandale inhumain averti par hasard,
    J’accourus ; j’écartai la foule du regard ;
    Je tendis mes deux mains aux enfants, à la femme ;
    Je fis honte aux chrétiens de leur dureté d’âme,
    Et, rougissant pour eux, pour qu’on l’ensevelît :
    « Allez, dis-je, et prenez les planches de mon lit ! »

    Je transmets le poème d’Alphonse de Lamartine envoyé par J.M.S pour tenter de compatir bien que là il n’y est plus de compassion possible !
    Reste l’écœurement et la honte d’appartenir à la tribu humaine !

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  • Un bébé est mort à Noël 5 janvier 2015 20:44, par Laurent Ott

    Je souhaite un peu revenir sur ce qui se passe à Champlan,

    Vous avez remarqué comme moi à quel point et d’une manière même outrancière les médias se sont emparés d’un petit bout de l’histoire : le refus d’inhumer

    Une conséquence de cette focalisation à l’heure où j’écris ces lignes et avant d’aller à l’enterrement qui va sûrement être encore plus sur médiatisé , c’est l’obscurité où est plongé tout ce qui dans cette histoire peut avoir une portée politique

    Pas un mot sur l’expulsion en cours du camp où vivait Francesca et où vivent ses frères, ses parents ; le Préfet ne répond pas à nos demandes de surseoir à l’expulsion
    L’enquête sociale a été bâclée (comme d’habitude)

    Pas un mot sur le fait que la famille , comme le reste du groupe a été expulsée trois fois en trois ans... dont deux fois à Wissous (dont le Maire, accusé de discrimination raciale il y a deux mois, s’est refait une virginité politique en acceptant "l’inhumation" et en se répandant en propos compassionnels.

    Et malgré la vague de protestations qui s’abat sur le Maire de Champlan qui prend la peine de rappeler la honteuse campagne de protestation contre la présence des enfants rroms dans les écoles de sa ville, au nom d’un « risque sanitaire » qu’il était le seul à diagnostiquer ? Ce n’était que le 2 décembre dernier…

    Et enfin et en bref, aucune relation faite avec les dénis de droits des administrations, des institutions, que subissent tous les jours les rroms.

    C’est à se demander si les médias et les politiciens ne chercheraient pas à inhumer leur mauvaise conscience et les traces de leurs méfaits, avec la petite Francesca... méfaits, passés, présents et je le crains fort, ...à venir encore.

    Voir en ligne : Precisions sur l affaire de Champlan

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