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Questions de classe(s)

Si tu me quittes, je pars avec toi

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KroniKs des Robinsons 563 et Graines d Orties du 21 Mai

[bleu]Aujourd’hui les relations sociales, éducatives, « n’attachent pas »[/bleu]. Les entrées en établissement, les admissions en mesure s’interrompent sans qu’on y prenne garde pour X raisons, et à tout bout de champ.

Dans le secteur social, de la protection de l’enfance, dans l’éducation spécialisée, il n’y a jamais eu autant d’exclusions, mais aussi de « fins de mesure », de mains levées, d’abandons et surtout de disparition des publics.

Les ruptures s’annoncent, se règlementent, se prévoient ; elles s’organisent . Pire, souvent, les prises en charge « s’interrompent toutes seules », sans qu’on y fasse grand chose ;comme si la machine devait toujours s’arrêter par défaut. Comme si la mobilisation d’un soutien, d’un accompagnement, le social, ne pouvait être qu’exception.

Les chômeurs inscrits à Pôle Emploi ne sont même plus surpris de recevoir à tout bout de champ des courriers leur annonçant leur « radiation ». A charge pour eux de se mobiliser pour affirmer le contraire, neutraliser cette rupture « naturelle ». A force, un jour et sur le nombre, la mesure produit ses effets : les plus désespérés abandonnent.

Il en est de même pour les personnes âgées qui doivent démontrer régulièrement à leurs caisses de retraites des « preuves de vie ». A défaut, elles seront considérées comme mortes et les pensions s’arrêtent. La vie est l’exception, la fin est la règle.

En effet c’est l’accueil, la relation éducative qui sont aujourd’hui des singularités quand la rupture devient la norme.

Il n’est pas étonnant que, dans un tel contexte, à la fois social et institutionnel, les relations humaines éducatives, mais aussi de travail, qui en découlent , en sont également affectées. Là aussi le mot d’ordre est de dire : Ca n’accroche pas, ça n’attache pas. [rouge]C’est la « Pédagogie Tefal », l’art de la savonnette.[/rouge]

De nos jours, être acteur social c’est éviter tout ce qui frotte, tout ce qui accroche, et tous ceux qui voudraient poser leurs valises. On multiplie les conditions, les contrats avec clauses , et surtout les évaluations , les échéances, les dead-lines, et les buttées.

Dans tout cet art de l’évitement, comment s’étonner des violences de la part des publics ou des usagers ? A force d’éviter et de leurrer le taureau avec un foulard rouge, on le met hors de lui. Gare au coup de cornes !

Etre usager d’une structure , bénéficiaire d’une mesure, titulaire d’un droit, c’est un peu comme un rodéo : on tente de s’accrocher à ce qui se défile, de bloquer ce qui s’annonce, et d’empêcher que tout se dérobe… autant qu’on peut.

[rouge]Pour les professionnels c’est à peine mieux[/rouge] ; l’institution qui organise la fluidité des publics ne retient pas davantage ses acteurs. On ne se pose plus la question de l’évolution du salarier dans l’institution, mais celle de son départ. On favorise les ruptures, même coûteuses à l’amiable. Cela évitera le changement : il suffira de convaincre ou de contraindre ceux qui veulent changer quelque chose (ou évoluer) à aller voir ailleurs.

Nous voici donc avec des structures et des institutions qui ont pris l’arrêt, comme modèle de marche, la fin pour norme de vie. Il ne faut pas s’étonner qu’elles soient si souvent en panne et qu’elles n’envisagent plus leur avenir que sous la forme de leur propre disparition.

[rouge]Vouloir réellement travailler le social, le relationnel, le lien éducatif revient à contrevenir à cette injonction à la fluidité et au départ[/rouge]. Cela revient créer à des attaches, des accroches, des résistances, des dépendances mêmes (oh, le vilain mot !). Il va s’agir de travailler l’attachement, la durée, la sécurité, la permanence , la contenance[bleu].Or, où est ce qu’on forme les acteurs sociaux et éducatifs à cela aujourd’hui ?[/bleu]

Pas dans les centres de formation, en tout cas, pas dans les ESPE et pas à l’université.

[bleu]En Pédagogie sociale, à la suite de Tomckiewicz, nous pratiquons et développons une pédagogie « anti-Tefal »[/bleu], « qui attache », « qui accroche », qui rencontre et qui dure.

Ce n’est pas juste une question d’être à contre courant. Il s’agit d’une véritable professionnalité à réinventer. Cet attachement, cette création de lien, dans un premier temps peut être dissymétrique et inconditionnelle. Nous avons à travailler auprès de personnes et de groupes qui n’y croient plus, qui ont perdu petit à petit leurs capacités d’attache , leur potentiel d’accroche. C’est le résultat de leur vécu personnel et institutionnel, mais c’est aussi une histoire familiale qui se répète, un ratage qui se poursuit de génération en génération.

[rouge]Recréer de l’accroche[/rouge] , de l’adhésion qui ne glisse pas, cela passe par le fait de bâtir des moments et des communautés où cela devient possible, voire nécessaire.

A Robinson, et dans toutes nos expériences de Pédagogie Sociale, nous explorons et apprenons cette « attitude authentiquement affective », cette rugosité relationnelle, cette capacité à poursuivre les relations malgré la pente inexorable des ruptures.[rouge] Il s’agit d’apprendre à poursuivre son travail au delà de la première difficulté et de comprendre que ce n’est pas là que le travail finit : c’est ici que tout commence.[/rouge]

Cette capacité à ne pas couper crée l’événement à partir duquel on peut bâtir.

[bleu]« Si tu me quittes, je pars avec toi »[/bleu], devient alors le mot d’ordre d’une telle pédagogie.

Apprendre à « se quitter » , parfois soi-même, « se mettre entre parenthèses », « voir la vie depuis en face », « se mettre au service de… », telles sont les compétences essentielles de celui qui se place en pédagogue.

« Partir », quitter le lieu, l’institution, la norme, l’habitude, le terrain connu, constitue un second enjeu . Travailler hors les murs, rejoindre l’autre sur son terrain, le suivre, nécessite une organisation, une formation professionnelle qui s’ajoutent à l’engagement.

« Avec toi », suppose un étrangement, un déracinement volontaires ; une proximité à explorer, un univers à découvrir.

[fuchia]« Faites attention : un nouveau type de tyran arrive… Voici le requin aux dents longues avec ses idées arrêtées : condescendance envers les plus faibles, démonstrations spectaculaires de respect envers les personnes âgées, ses discours sur l’égalité de droits entre homme et femme, sa gentillesse feinte pour les enfants — Tout ceci n’est que prétexte et hypocrisie. » disait Korczak.[/fuchia]

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Association Intermèdes-Robinson

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