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Questions de classe(s)

« Rencontrer le fait religieux à l’école » Une question sensible

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Loin, mais alors très loin, de la laïcité de combat soeur ennemie des dogmatismes religieux, il y a le travail des enseignants sur ces sujets. Le numéro hors-série (à commander sur le site des Cahiers pédagogiques) en rend compte et leur donne des outils.

Parution du Hors série n°44 des Cahiers pédagogiques,
« Rencontrer le fait religieux à l’école »
Une question sensible

Entretien avec Elisabeth Bussienne, coordinatrice du dossier

Qu’est-ce que rencontrer le fait religieux à l’école ? Comment amener les élèves à réfléchir à une question aussi sensible, et pour cela à dépasser leurs expériences subjectives ? Un HSN qui mêle articles tirés des archives des Cahiers pédagogiques et d’autres entièrement nouveaux.

Pourquoi ce titre plutôt qu’enseigner le fait religieux ?

« Enseigner » le fait religieux est plus réducteur, c’est pourquoi nous n’avons pas choisi ce titre, même si le dossier traite aussi de l’enseignement des faits religieux, qui sont au programme. Il entraîne aussi une ambiguïté : on enseigne des faits religieux, au pluriel : des événements historiques, des éléments d’histoire de l’art de l’art, on enseigne la littérature en utilisant, parfois, des textes fondateurs ou des textes qui traitent d’une réflexion sur le religieux… et là on commence à basculer vers autre chose, le fait religieux : par exemple, la place de la religion dans une société. Enseigner le fait religieux conduit vers une réflexion sociologique et anthropologique, implique de s’intéresser à la spiritualité, à la question de la foi. Ce n’est plus balisé par les programmes ou la didactique des disciplines, même si l’éducation à la laïcité modifie la donne. Quant à la présence de la religion à l’école, même laïque, elle ne se limite pas aux séquences préparées dans le cadre d’un programme : les élèves voient que certains de leurs camarades ne consomment pas toujours les mêmes aliments qu’eux à la cantine, que telle autre se drape dans un hidjab une fois la porte franchie, ils font des remarques imprévues lors de la séquence la mieux conçue, comme celui qui a demandé lors d’une séance sur les cathédrales « pourquoi ces gens ne croyaient pas au vrai Dieu »… Donc le fait religieux se rencontre à l’école non seulement dans les savoirs à acquérir, mais dans les interstices. Nous avons essayé d’intégrer ces diverses dimensions, c’est le sens de ce titre.

Quelles questions le fait religieux soulève-t-il dans le cadre scolaire ?

En réalisant le dossier, nous avons surtout repéré un problème de formation des enseignants, un peu comme pour toutes les questions sensibles. Beaucoup sont eux-mêmes mal à l’aise avec le sujet, ont tendance à assimiler « école laïque » et « interdiction de parler de religion sauf dans le cadre du programme ». Il est difficile de faire la différence entre les faits et les croyances sans que ce soit violent pour certains élèves. Les textes fondateurs au programme sont souvent abordés uniquement sous l’angle du mythe. Montrer qu’il y a une quête de sens derrière les faits religieux, ce n’est pas simple. Le professeur peut aussi transmettre, parfois inconsciemment, l’idée que la religion est incompatible avec la science. Les élèves, finalement, semblent souvent vivre les choses plus simplement… Ils sont intéressés par ces questions, mais il n’y a guère d’espace pour les traiter même si en EMC il faut aborder la différence entre savoir et croire. Le cours de philo arrive tard, et les élèves de lycée professionnel en sont toujours privés. Si les faits religieux enseignés relèvent d’une discipline, le fait religieux impliquerait plutôt une approche interdisciplinaire.
Sinon, certains collègues notent en milieu rural une montée de l’antisémitisme dans sa version « française catholique traditionnelle » ; précisons que cela reste marginal.

Quel genre de textes trouve-t-on dans ce hors série ?

Il est à peu près équilibré entre textes à dominante théorique et témoignages de pratiques qui constituent aussi un objet de réflexion. Nous avons essayé de faire en sorte que ces témoignages puissent donner des idées, donner envie d’inventer autre chose à partir de ce qui est raconté. Il y a quelques projets d’envergure, éventuellement dans un cadre partenarial, et des pratiques qui touchent à une heure de cours dans une discipline.
Propos recueillis par Cécile Blanchard

3 Messages

  • Je n’ai toujours pas compris le sens, manifestement péjoratif, de l’expression "laïcité de combat". Je connais la "laïcité", c’est-à-dire la séparation du religieux et du politique ainsi que de l’école. Je connais aussi la "laïcité ouverte" chère à Sarkozy, Fillon, Valls (toujours prêt, malgré son discours qui se veut musclé, à faire toutes les génuflexions possibles lors de ses visites au Vatican...), la CFDT, un temps la FSU, expression qui n’a, philosophiquement et politiquement aucun sens sauf celui de dénaturer la laïcité.
    Si combat il y a, c’est celui du mouvement ouvrier pour faire respecter la laïcité de la Commune. Tout le reste n’est que fatras.
    Alors "rencontrer" le fait religieux à l’école, qu’est-ce que ça veut dire ? Je me méfie de ce verbe qui sent bon le caté...

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    • Fait religieux = fait social 8 février 10:54, par B. Girard

      Le "fait religieux" est un fait historique, un fait social également, les sociétés du passé étant souvent construites autour des religions. On ne voit donc pas très bien à quel titre il faudrait l’évacuer des programmes scolaires, notamment ceux d’histoire ou d’histoire de l’art ni en quoi son enseignement remettrait en cause la laïcité.

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  • Le problème n’est pas l’enseignement laïque du fait religieux (qui n’est d’ailleurs pas vraiment laïque au vu des sources utilisées dans les programmes et les manuels : textes religieux essentiellement). Je m’y emploie avec tout l’approche critique nécessaire. Il est dans le contexte, le choix politique, l’orientation très respectueuse des religions (qui n’ont pas plus le droit au respect que le reste des faits sociaux et idéologiques). Pour l’historien, il n’y a pas de texte "sacré".
    Le contexte, c’est qu’on a évacué l’histoire économique et sociale des programmes au bénéfice des religions. Il ne faut pas être expert pour en deviner la raison. Or, on ne peut pas tout enseigner. Il faut faire des choix.
    J’en suis personnellement resté aux fondements des infrastructures comme éléments déterminant les superstructures idéologiques de l’histoire. Sans les premières, l’enseignement des secondes n’est que verbiage superficiel ou catéchisme.

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