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Questions de classe(s)

Réforme du collège, la grande casse

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Par Paul Vannier, responsable national à l’éducation du Parti de Gauche

Tant elle est rejetée que cette politique ne peut plus s’administrer que par la force. Après avoir piétiné le Parlement pour imposer la loi Macron par le recours à l’article 49-3, le gouvernement a choisi de brutaliser les enseignants et leurs organisations syndicales en adoptant par décret, au lendemain d’une journée de grève suivie à plus de 50%, la réforme du collège......
Saisissant l’occasion pour revenir à ses fondamentaux réactionnaires, notamment le retour au roman traditionnaliste du pays en guise d’enseignement de l’histoire, la droite s’est un temps élevée contre la réforme mais cette opposition de l’UMP n’a pas duré. Il est vrai que la réforme du collège de Najat Vallaud Belkacem s’inspire de celle initiée au lycée par le sarkozyste Châtel et qu’en matière éducative aussi c’est bien davantage un prolongement qu’une rupture qui marque la politique actuelle. Leur dénominateur commun est l’austérité dont les réformes pédagogiques ne sont plus que des habillages. Le socle commun mis en place par Fillon a ainsi été conservé et la loi Carle en faveur de l’école privée, votée par la précédente majorité, est toujours en vigueur.
En dépit des manœuvres de ce gouvernement libéral-autoritaire, l’opposition à la réforme du collège n’a cessé de s’élargir. L’éviction du président de la FCPE lors du dernier congrès de la principale fédération de parents d’élèves du pays tient notamment aux positionnements de sa direction en faveur de la réforme. Dans le même temps, une deuxième journée de grève, le 11 juin, a été suivie par un tiers des enseignants en collège, un niveau élevé dans un contexte peu propice à la mobilisation en raison de l’imminence du brevet et de la tenue des conseils de classe de fin d’année.


Service public en péril

La réforme du collège c’est d’abord la fin de l’égalité de traitement des élèves. En confiant 20% des moyens horaires au bon vouloir du chef d’établissement et le soin d’affecter des volumes horaires disciplinaires par cycle (5e-4e-3e) et non plus par niveau d’enseignement (5e ;4e ;3e), le gouvernement introduit une rupture fondamentale avec le principe de grille horaire nationale sur lequel reposent programmes et diplômes nationaux. Demain, il sera possible, dans deux collèges différents, de voir dispensé dans l’un trois heures hebdomadaire de français en 5e quand dans l’autre les élèves du même niveau recevront une heure et demie de ce même enseignement chaque semaine.
Après la réforme des rythmes scolaires au primaire, Hollande poursuit le processus de territorialisation du service public d’éducation. A l’unité du cadre républicain, il substitue une mosaïque de situations locales plaçant les familles dans une situation de dépendance vis à vis du choix des établissements dans lesquels leurs enfants seront scolarisés. Il met en péril la continuité du parcours éducatif des élèves amenés à changer d’établissement au cours de leur scolarité au collège.
L’institution d’un enseignement à géométrie variable s’annonce aussi comme le préalable à la mise en concurrence. Chaque collège tentera d’attirer à lui les élèves en « vendant » aux parents sa singularité. En instituant une logique de l’ « offre » dans le domaine éducatif, la réforme du collège préfigure la constitution d’un véritable marché scolaire et avec lui le creusement des inégalités.

Collège au rabais

Le projet de Najat Vallaud Belkacem organise également le démantèlement des enseignements disciplinaires et avec lui des savoirs, méthodes et de la culture qui y sont associés. Il prévoit en effet, pour doter les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) institués par la réforme, de leur attribuer 20% des moyens horaires de l’établissement. Austérité oblige, ces moyens ne sont pas créés. Ils sont prélevés sur l’existant, les horaires auparavant affectés aux disciplines. Dans chaque collège, des arbitrages locaux conduiront ici à prendre aux mathématiques, là aux langues vivantes, ailleurs à la physique-chimie pour mettre en place les EPI, ateliers fourre tout, répondant à de vagues catégories (« développement durable », « corps, santé, sécurité » etc.) et dispensé par des enseignants non formés à cette fin. Ainsi, dans le cadre de l’EPI « Langues et cultures de l’Antiquité », un professeur d’histoire-géographie pourrait être amené à enseigner la langue latine.

Si l’interdisciplinaire a des vertus – et qu’il est en réalité déjà pratiqué dans les classes – mis au cœur des apprentissages il peut conduire à l’aggravation des difficultés des élèves les plus fragiles. Pour être approprié, pour en développer le goût, l’interdisciplinaire nécessite la maîtrise des bases disciplinaires. La ministre dit vouloir mettre fin à l’ « ennui » des élèves grâce aux EPI. Elle prépare en réalité des abîmes de perplexité pour le plus grand nombre des collégiens et la satisfaction de quelques uns, déjà doté du capital culturel leur permettant d’accéder à l’intelligibilité de la démarche.

Placée au cœur de la réforme, la mise en concurrence des disciplines au sein des collèges menace par ailleurs l’existence de certaines comme le latin et le grec. Elle conduit à la marginalisation d’autres enseignements : les arts plastiques et l’éducation musicale. Au total, les collégiens se verront retirés près de 400 heures d’enseignement disciplinaire de la 5e à la 3e.

Ce projet de collège au rabais, instituant le rabougrissement généralisé des savoirs à travers la réduction des contenus disciplinaires, s’inscrit dans la conception d’un enseignement fondé sur les compétences, étroites et périssables, au détriment des qualifications larges et durables. Cette vision est portée en France depuis les années 1980 par le MEDEF qui a d’ailleurs voté pour la réforme du collège au Conseil supérieur de l’éducation où il siège. Elle n’a d’autre ambition que de former des individus employables et jetables en lieu et place de citoyens émancipées, autonomes et cultivées et de travailleurs qualifiés. Le Parti de Gauche, partisan de l’école du peuple, école de l’égalité et de l’émancipation, s’inscrit donc dans l’opposition résolue à ce projet de collège au rabais.

Le collège que nous voulons

Pour répondre véritablement aux enjeux éducatifs au collège, faire face à la croissance de la démographie scolaire et endiguer le décrochage des élèves en difficulté, le Parti de Gauche propose :

- l’instauration d’un plan de recrutement massif permettant de revenir sur les postes supprimés sous Sarkozy et non récrées sous Hollande

- la baisse des effectifs par classe et la généralisation des dédoublements

- mise en place d’une carte scolaire garantissant la mixité sociale

- la restauration des horaires disciplinaires perdus et leur cadrage national

- garantir de la liberté pédagogique des enseignants et s’appuyer sur l’expérience des mouvements pédagogiques dans le cadre du développement de la formation initiale et continue

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6 Messages

  • "la grande casse", "brutaliser les enseignants" "collège au rabais" " .... revoilà des lieux communs accusateurs qui reviennent chaque fois que l’on bouge une virgule quelque part dans l’Education nationale, et ce depuis la réforme Haby il y a 40 ans.
    Crier très fort pour ne ne pas se poser de questions : par exemple, celle du rôle de l’école dans l’aggravation des inégalités ou celle de la place des parents des classes populaires ; et il y en a d’autres : mais ce sont des questions pour avancer, pas pour se complaire dans l’outrance et l’évitement.

    JP Fournier

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  • Réforme du collège, la grande casse 29 juin 2015 06:58, par JL Richter

    @JP Fournier

    Dommage que vous n’ayez lu que le titre, sinon vous auriez pu aller jusqu’aux propositions qui sont autrement plus modernes que le vocabulaire post-moderniste (tendance années 70) et truffé de vieilles idées réactionnaires de la ministre. Il a d’ailleurs été prouvé que la réforme actuelle a été écrite par la droite depuis bien longtemps, ce qui montre, une fois de plus, que le parti actuellement au pouvoir n’a se "socialiste" que le nom.

    Au contraire, le Partie de Gauche fait de vraies propositions modernes, de nature à permettre la réussite de tous les élèves, en particulier la réduction des effectifs (actuellement entre 27 et 30 par classe).

    Mais il est vrai que pour cela il faut mettre l’argent de l’état ailleurs que dans les poches des dirigants du Medef et du CAC 40 ! Un vrai investissement financier et , surtout, des citoyens qui seraient formés à comprendre que ceux qui parlent de "pseudo-intellectuels" sont en fait les vrais ringards en manque criant de culture et d’humanisme !!

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  • Réforme du collège, la grande casse 29 juin 2015 07:36, par init6a

    Fort bien, mais pourquoi les députés du Front de gauche ont-ils voté la loi Peillon ?

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  • Réforme du collège, la grande casse 29 juin 2015 08:13, par jacko51

    Cet article est bien loin de refléter la réalité des choses :
    1) le président de la FCPE n’a pas perdu son siège à cause de la réforme du collège mais pour des problèmes de gouvernance interne uniquement,pour mémoire NVB a été chaleureusement ovationnée par la totalité des congressistes !
    2) la réforme n’est pas combattue par l’ensemble des organisations syndicales loin s’en faut surtout lorsque l’on voit le bide de la dernière mobilisation à cet effet.
    Vous avez le droit d’y être opposé mais pas celui de déformer les choses pour aller dans votre sens....

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  • Réforme du collège, la grande casse 29 juin 2015 09:46, par anne coret

    Il y a vraiment deux façons de voir cette réforme.
    Une, possibiliste, qui mise sur l’amélioration de l’appropriation du sens des apprentissages et accueille avec optimisme l’autonomie donnée aux équipes, que le chef d’établissement anime, pour mettre en place des EPI qui correspondent aux besoins et au cadre dans lequel évoluent les élèves et une autre, globalisante, qui n’y voit que l’accentuation des inégalités des conditions d’enseignement et réaffirme des revendications de plus de postes et plus d’heures.
    Mon point de vue de non-enseignante est que plus de postes ne règle rien tant qu’on ne reparle pas du sens, et de modifier ces fameux contenus. Réussir à l’école est devenu un problème de savoir-être plus que de savoirs-faire ou de savoirs tout court. Cette perte de sens doit faire réfléchir.
    Le cadrage national est une chose, mais les situations sont bien toutes différentes, enseigner à tous au même moment la même chose est le postulat de 1850 promu par une école construite sur un mode Napoléonien et centralisateur ; tout pédagogue sait qu’il doit s’y prendre différemment selon la région, le cadre social, les élèves. Cette réforme est plus pédagogique qu’elle n’améliore les conditions de travail des enseignants, et au vu d’autres décisions du gouvernement je comprends qu’on n’y voit que ce qu’on y déplore.
    Pour moi elle ne va pas assez loin, c’est une remise à plat des contenus, des horaires, des groupes-classes, des relations humaines dans le second degré qu’il aurait fallu mettre en oeuvre. L’autoritarisme du fonctionnement des institutions publiques qui sont normalement les outils auxquels le peuple a droit fait de l’école non plus un droit mais une faveur qu’on donne à ceux qui obéissent à ces hiérarchies, en avalant sagement des contenus dont ils se demandent souvent à quoi ça peut servir, en quoi ça fait grandir et eux-mêmes et la civilisation, sauf justement à se vendre sur le marché du travail, à entrer dans des castes de sachants.
    Si le savoir rendait l’homme meilleur en-soi ça se saurait. Une école dont les lauréats font les cadres obéissants et avides du libéralisme, qui trie les élèves sur des contenus si théoriques et n’enseigne pas les méthodes pour apprendre tout au long de la vie, ne rend pas le service public qu’elle doit au peuple.

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  • Réforme du collège, la grande casse 30 juin 2015 19:02, par prognon

    Bonsoir,
    Il est évident que changer le système est une gageure. Pourquoi empêcher une possible réforme structurelle au nom de ses imperfections. Si l’on porte un regard critique sur toutes celles imposées depuis quarante ans, rien ne s’est passé. De plus en plus d’élèves sont en échec scolaire et après deux décennies passées entre quatre murs que reste-t-il à ces enfants ? Rien, la relégation sociale. C’est affligeant... Tout enseignant, un peu cohérent, perçoit les possibilités offertes par ce texte : liberté pédagogique réaffirmée, travail en équipe, prise en compte de la diversité. Mais demeure l’éternel problème des moyens car si rien n’est obtenu en ce sens, cela se transformera en chaos scolaire. Au regard des dernières gouvernances, que proposent les pourfendeurs de la réforme : revenir à Jules Ferry ? Attendre le projet idoine ? Renverser le gouvernement ? Voir revenir Sarkozy agiter le "glaive et le goupillon" ? Pour ma part, je m’interroge. Le plus triste est de lire que ce texte va accroître les inégalités. Je me demande comment vue la situation ? Le contexte illustre parfaitement le déni de confiance vis à vis des institutions aussi inefficaces que discréditées néanmoins lorsqu’une idée, partiellement, sensée germe, il conviendrait de réfléchir...

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