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Questions de classe(s)

Pédagogie frontale pour gardeuses d’oies.

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Du haut de leurs perchoirs, ils nous prennent pour des volailles. Certains escomptent que les électeurs obéissants aillent voter – au pas de l’oie – pour « faire barrage ».
Ce mépris de la démocratie ne date pas d’aujourd’hui. Mais ça s’aggrave. Quand j’entends le mot pédagogie dans la bouche d’un journaliste ou d’un politicien, je sais ce qu’il va mentir.

Bref échantillon – lors du référendum de 2005 – pour calibrer votre détecteur :

« Pour les tenants du non, tout le travail de pédagogie qui est une vraie fonction sociale, politique du journaliste, et raison de plus dans une antenne de service public, qui est d’expliquer, est perçue comme favorable au oui. Et , partant de là on s’est dit quand même que nous n’avions pas renoncé complètement à notre vocation de pédagogie, c’est à dire au moins d’expliquer (...) » [gris](dimanche 13 mars 2005, « Au fil d’Inter, émission animée par Brigitte Patient, consacrée, avec Robert Olé et Patrick Pépin, au rôle des médiateurs.)[/gris]

« Pas de circonstances atténuantes. Je suis devenu un rouage, sur radio d’État - sur le service public, crapule ! - de cette entreprise de décervelage qui voudrait jeter les Français dans les bûchers du libéralisme. “ Nous ne sommes pas si bêtes ”, disent ces lettres qui, toutes ou à peu près, m’accusent de “mépriser” les Français, car quelle dose de mépris des gens faut-il avoir pour aller croire que cette propagande pourrait avoir raison de la Raison. » [gris]Bernard Guetta ; Le Temps (quotidien de suisse romande) du 16 avril :2005[/gris]

Ce que nous disent ces deux textes et tant d’autres, c’est que leur « pédagogie » (frontale et magistrale) consiste à expliquer, à faire comprendre, à faire prendre conscience, à convaincre enfin. Endoctriner, même, qui sait ? Pour cela, ils martèlent des arguments jusqu’à ce que la compréhension troupale arrive. Et de s’étonner de la mauvaise fois des refuzniks : « Comment ! là-bas, ils se sentent méprisés, disent qu’ils ne sont pas si bêtes, refusent de se laisser convaincre en qualifiant les explications de « propagande »… Foutaises. »

Si ces soit-disant pédagogues avait un peu plus de vraie culture pédagogique, ils auraient lu le texte de Joseph Jacotot :

" Que font, en effet, les maîtres explicateurs ? Ils substituent leurs idées aux idées de leurs élèves. De quel droit ? Qui leur a dit que ce qu’ils ont vu, leurs élèves ne le verront pas ? Insensés ! ils prétendent donner des idées toutes faites ! Mais ces idées, qui les leur a suggérées à eux ? Les livres et les faits, apparemment : les livres et les faits les suggéreront sans eux à leurs élèves. Qu’ils cessent donc de se donner une peine inutile ; qu’ils reposent leurs poumons fatigués par l’enseignement universitaire, et qu’ils rendent la parole à leurs élèves muets jusqu’alors ! Leurs élèves y gagneront de s’instruire mieux et plus vite ; et je ne vois pas ce que le professeur pourrait y perdre, si ce n’est une extinction de voix. "

Et celui de Bakounine

" Selon nous, de toutes les aristocraties qui ont opprimé chacune à leur tour et quelquefois toutes ensemble la société humaine, cette soi-disant aristocratie de l’intelligence est la plus odieuse, la plus méprisante, la plus impertinente et la plus oppressive. L’aristocrate nobiliaire vous dit : « Vous êtes un fort galant homme, mais vous n’êtes pas né noble ! » C’est une injure qu’on peut encore supporter. L’aristocrate du capital vous reconnaît toutes sortes de mérites, « mais, ajoute-t-il, vous n’avez pas le sou ! » C’est également supportable, car ce n’est au fond rien que la constatation d’un fait, qui, dans la plupart des cas, tourne même, comme dans le premier, à l’avantage de celui auquel ce reproche s’adresse. Mais l’aristocratie de l’intelligence vous dit : « Vous ne savez rien, vous ne comprenez rien, vous êtes un âne, et moi, homme intelligent, je dois vous bâter et conduire. » voilà qui est intolérable. "

La pédagogie, ça pourrait consister à faire réfléchir plutôt que faire suivre… Mais c’est risqué. Y’en a même qui disent " Je pense donc je ne suis pas " « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » comme disait Alexandre Vialatte.

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