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Questions de classe(s)

Pédagogie : culture populaire ou culture universelle ?

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Dans le texte ci-dessous l’auteure s’interroge sur la possible conciliation entre deux approches pédagogiques critiques présentes au Brésil. D’un côté, la pédagogie de Freire valorise l’expérience vecue des élèves comme point de départ des apprentissages et leurs capacités d’auto-apprentissage. Mais, cela en réalité ne peut-il pas conduire à reproduire les inégalités sociales ? D’un autre côté, Saviani et Libâneo valorisent le rôle de l’enseignant comme médiateur dans la transmission de contenus universels. Mais une telle approche se distingue-t-elle réellement de la pédagogie traditionnelle ?

Traduction d’un texte de 2008, de Maria do Socorro Nunes Oliveira
(UFRO – Campus Guajará-Mirim)

Cela fait déjà quelque temps que je m’interroge sur les objectifs de la théorie de Paulo Freire (la pédagogie libératrice) et sur la théorie de Dermeval Saviani et José Carlos Libâneo (la pédagogie critico-sociale des contenus) et que je réfléchis aux critiques faîtes aux deux théories. Comme je suis partisane de la méthode dialogique et de la valorisation de la culture de l’élève proposée par Freire, mais également comme je crois dans la force culturelle des contenus historiquement accumulés par l’humanité, comme proposés par les tenants des contenus, je suis parvenue à la conclusion que les deux théories de complètent, car les deux au moins sur certains aspects pointent vers la même fin qui est la transformation de la société. Voyons cela.

La théorie freirienne idéalise une forme d’éducation dans laquelle l’apprenant en s’appropriant la connaissance devient un sujet de son histoire. Cette appropriation se fait à partir de l’univers de vocabulaire de l’élève à travers de l’inter-communication entre les sujets activement engagés dans un processus, de médiation par le monde, avec un but de transformation sociale.

Dans l’analyse des tenants des contenus, la forme idéale de l’éducation consiste à accorder la priorité à l’enseignement de contenus systématiques, universels et qui sont disponibles pour une appropriation non seulement par la classe (dominante), mais pour tous les groupes sociaux qui aspirent à un changement structurel de la société. Cela étant, cela signifie que n’est pas légitime l’acquisition des contenus seulement liés à l’univers de l’élève, parce qu’ainsi l’école priverait les élèves de bas niveaux sociaux de s’emparer du reste des savoirs considérés comme le patrimoine de l’humanité, et en conséquence, elle les condamnent à accepter leur condition de pauvres, sans chance d’ascension sociale.

En dépit du fait que chez Freire, l’apprenant construit ses connaissances, sans être enseigné par personne, et que chez Saviani, il s’approprie les connaissances, par l’intermédiaire de l’enseignant, il faut prendre en considération le contexte historique dans lequel ont été élaborées ces deux théories. Ce n’est pas une prétention de ma part de faire l’analyse philosophique de l’une et de l’autre théorie. Ce que je vais faire ressortir c’est qu’il ne faut pas limiter la théorie de Freire (à un moment auquel les mouvements d’éducation populaire étaient à leur apogée) à la parole que l’on entendait le plus qui était « changement » étant donné le moment historique auquel était confronté le pays.

Dans ce contexte, on a reporté pour plus tard la révolution et la transformation de l’école formelle. La révolution n’est pas arrivée. Et, après les année de dictatures, d’autres théoriciens (parmi lesquels Saviani et Libâneo) ont mis en avant ce qu’ils considéraient être la base pour repenser la société : les contenus.

En provoquant le débat

Pédagogiquement parlant, les deux théories présentes des failles. C’est là que se trouve le point clé de la question : où l’une failli, l’autre la complète et vice-versa.

Si Paulo Freire a théorisé l’éducation, en montrant l’importance de faire une lecture du monde et en pointant la possibilité de faire la lecture des mots à partir de l’univers de vocabulaire de l’enfant, Saviani et Libâneo ont presque exclu de leur théorie l’étude de la culture de l’élève, en donnant la priorité seulement aux contenus universels.

Freire a produit une théorie qui concerne l’éducation des adultes, tandis que les tenants des contenus ont donné la priorité à l’éducation formelle.

Mais en analysant les deux perspectives, nous voyons que nous pouvons appliquer la théorie freirienne à l’école en travaillant l’univers de vocabulaire de l’élève de classe sociale inférieure et, après cette compréhension que nous élargissons avec des connaissances, comme des informations nécessaires à sa vie, car dans notre société capitaliste nous survivons par des emplois qui exigent (pour les occuper) que l’on se plie à des concours dans lesquels sont demandés des connaissances systématiques, ainsi en éduquant on pourra lutter pour de meilleures conditions de vie, car leurs auront été garanties les informations nécessaires et les habiletés nécessaire pour leur survie.

D’un autre côté, Saviani et Libâneo en proposant une pratique éducative centrée sur les contenus, valables indistinctement pour toutes les classes sociales, « oublient » l’influence qu’on les connaissances antérieures des élèves pour l’appropriation correcte de ces mêmes contenus visant la transformation de la société. Dans ce sens, à la lumière de la théorie des contenus, les élèves qui ne disposent pas de ressources pour appuyer les contenus transmis par l’école et qui ne dépassent pas le niveau de la conscience naïve, peuvent ainsi atteindre le niveau de ceux qui possèdent ces contenus, mais qui ont été en outre stimulés depuis petit à les utiliser. La différence entre les deux perspectives c’est que chez Freire, l’élève doit, avant tout, comprendre son monde, surmonter les barrières du manque de stimulation et cherche les connaissances, tandis que les tenants des contenus en font le point de départ de la restructuration de la société indépendamment de faire une analyse des conditions par lesquels passent cet élève.

Si dans la théorie de Freire, l’apprenant a cessé d’être un objet, réceptacle d’informations et parvient à analyser sa réalité, ses connaissances et peut discuter avec ses pairs de la possibilité de changement, de ce point de vue, la théorisation libératrice offre un levier pour promouvoir la réorganisation des classes sociales. D’un autre côté, si les tenants des contenus proposent que les élèves des classes inférieures aient accès au savoir systématique, de manière critique et contextualisé, se transformant ainsi en êtres qui pensent et agissent pour transformer la société, ils offrent également une importante contribution à la réorganisation des classes sociales. Les deux reconnaissent la relation entre connaissance et pouvoir.

La théorie à laquelle j’adhère

Si nous supprimons le talon d’Achille de la théorie feirienne qui est, au début, la non valorisation des connaissances systématiques jusqu’à ce que l’élève prenne conscience de sa position de sujet historique et producteur de sa propre connaissance, mon avis, c’est que les deux pourraient arriver de manière simultanée (conscientisation et connaissance systématique). Si nous retirons de la théorie des contenus la non valorisation de l’univers culturel des élèves, nous aurions la chose suivante : une théorie qui valorise les connaissances universelles, mais ne méprise pas l’univers de l’élève, qui valorise l’acte dialogique d’éduquer, qui connaît les diversités des savoirs venus des élèves des différentes classes sociales et qui s’engage à dépasser les lacunes des élèves les moins favorisés, qui ne centralise pas dans la figure du professeur la responsabilité de conduire le processus éducatif (il peut arriver que ce professeur ait eu une formation académique faible et qu’il ne soit pas en mesure d’être un médiateur dans le processus d’apprentissage d’une théorie), qui valorise l’être en tant que sujet actif de connaissance et analyse les structures de la société à travers des relations closes entre classes sociales. Cela constitue l’éducation dans laquelle je crois.

En conclusion, je trouve injuste certaines des critiques faites par les tenants des contenus à la théorie de Freire, de même que je ne suis pas d’accord avec ceux qui considèrent la théorie critico-social des contenus se rapproche de la théorie traditionnelle, parce que, si nous observons la perspective donnée aux contenus dans l’une ou l’autre théorie, nous percevons que les fin des l’éducation traditionnelle sont le maintient des classes sociales, elle forme des élèves acritiques, alors que la théorie critico-sociale des contenus est justement l’inverse, elle vise à travers la formation d’élèves critiques, la reconstruction sociale.

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