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Options et déceptions

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Options et Déceptions : KroniKs des Robinsons du 6 Mai 2015 et Graines d Orties 560

[fuchia] C’est samedi… à la MJ Centre Social de Chilly [/fuchia]

Aujourd’hui , il n’est plus permis à ceux qui s’engagent que de le faire dans un cadre où on prétend se satisfaire de son unique activité  ; plus d’horizons lointains à nos actions, plus de croyance raisonnable dans l’extension de nos options.

Le novateur le sait : il ne prépare pas un quotidien qui change ; il rentre dans un curieux rapport avec la norme[bleu]. Il ne s’en éloigne que pour l’affirmer, l’affermir et la prétendre acceptable.[/bleu]

[rouge]Celui qui donne dans « l’innovation supportable », acceptable, reconnue, n’est plus comme par le passé en danger de devenir exclu ou marginal[/rouge] ; le voilà au contraire promu au rang de ceux qui témoignent que le système n’est pas si mal,puisqu’en son sein il peut réaliser quelques options.

C’est là un des paradigmes les plus nouveaux de ce XXI ème sicle. Toute sa vie Célestin Freinet, en promouvant rien moins que la déscolarisation de l’école, pouvait le faire avec quelque espoir de transformer l’institution dans son ensemble . Il a tout connu de l’exclusion du système (renvoyé de l’Education Nationale après une attaque politique contre lui des plus violentes : « l’affaire de Vence »), comme son retour triomphal en son sein, avec une administration qui désormais proposait son œuvre comme modèle .Dans les deux cas, il pouvait être optimiste. En résistant, il luttait vraiment contre un modèle réactionnaire, forcément vulnérable et dépassé ; en étant reconnu, il pouvait espérer raisonnablement qu’à terme la voie qu’il traçait d’une école ouverte sur le monde, le travail et la vie, allait devenir majoritaire, inévitablement.

[fuchia]Dans les deux cas, son militantisme n’était pas une option personnelle, pas une réalisation individuelle, pas la conséquence de ses « valeurs » ou de son « éthique », mais un investissement sur l’avenir.
[/fuchia]

Il ne s’engageait pas pour sa morale ou son équilibre personnel ; il ne choisissait pas ses orientations, parce que cela lui convenait mieux, ou lui rendait sa vie plus agréable ; il le faisait parce qu’il le pouvait et parce qu’il le fallait.

Son engagement, en un mot, était purement et simplement « stratégique ».

[rouge]Or, cette dimension stratégique de nos actions, c’est celle qui ne nous est plus accessible aujourd’hui[/rouge] tellement l’espoir de tout changement conséquent a été soigneusement broyé , en particulier par ceux qui avaient la charge de le promouvoir. Nous raisonnons, nous pensons comme nos lointains ancêtres dans un univers fini, un monde clos, un éternel retour, un territoire, un environnement institutionnel, fermés par un couvercle qui pèse des tonnes.

Revenons juste une seconde à cette définition toute simple de la dimension stratégique de nos actions, comme étant : [bleu]« Ce que l’on peut et ce que l’on doit faire »[/bleu]. Remarquons juste comme nous ne faisons plus grand chose par de tels motifs. Aujourd’hui, nous agissons pour des projets et des objectifs choisis dans une liste finie et convenue. Ce peut être pour notre développement personnel, le bien de l’éducation, ou la lutte contre ceci ou cela ; dans tous les cas, nous nous sentons obligés de sur-intentionnaliser nos actions, en croyant que les objectifs que nous choisissons (parmi un ensemble fini et contraint), sont une nécessité. Nous n’agissons plus, motivés par nous mêmes, mais pour des motifs extérieurs et consensuels. Autant dire que la stratégie nous est interdite.

Dans de telles circonstances[bleu], celui qui aujourd’hui, pensant suivre la voie de Freinet, pratique sa pédagogie tout seul dans sa classe, perdu dans l’institution scolaire , ne travaille plus, comme Freinet lui même, au progrès ou à la victoire de la pédagogie qu’il appelle de ses vœux[/bleu]. Au contraire, il la rend soluble, acceptable, présentable dans une institution qui l’a castré.

Il cherchera de la reconnaissance, en échange de sa critique : pas de la victoire. Et ce faisant, il aboutit à perdre et épuiser, par son option même, tout le précieux contenu dissident de ce qui l’avait incité à agir.

L’alchimie n’est plus la même : celui qui opte pour le changement, le condamne puisqu’il ne peut plus espérer transformer l’ensemble.

La seule façon dorénavant d’échapper à ce cercle vicieux est d’apprendre une nouvelle fois, comme après Galilée, ou Newton, à penser en dehors du cadre, à imaginer , en dehors d’un monde clos, d’un univers fini.

L’option, le choix, l’engagement, l’innovation font partie du problème que nous souhaitons résoudre et nous en faisons sans doute nous aussi, partie. Nous devons nous risquer à d’autres prises de conscience bien plus dérangeantes, en envisageant par exemple que[bleu] ce que nous prenons pour un problème est peut être le début de sa solution[/bleu]. Ainsi le décrochage scolaire est-il vraiment le problème ? De même pour le bidonville, de même pour le non recours , ou le déclin des institutions.

[rouge]Travailler hors institution, hors les murs, est sans doute aujourd’hui la seule façon de réinventer du sens au Social et à l’Éducation[/rouge]. Selon le point de vue où on se place, dedans ou dehors , on peut estimer ces voies mineures ou marginales (du fait de leur rupture même et des résistances qu’elles suscitent et rencontrent) , ou au contraire , comme un changement qui est déjà là,

[fuchia]…. un « Autrement » qui est déjà arrivé.[/fuchia]

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