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Questions de classe(s)

Les réac-publicains ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient...

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Nouveau billet sur le blog Q2C L’école des réac-publicains

Rubrique « copains d’avant »... mais que sont-ils devenus ?

Éloge de la ségrégation sociale à la Jules Ferry, culte de l’élitisme de classe, adoration de la compétition de tous contre tous, lamentation sur le naufrage de l’école et des savoirs, nostalgie d’une éducation non-mixte, glorification de la sélection, défense des privilèges de caste, terreur face au déferlement des nouveaux barbares...
Les débats sur la réforme du collège nous ont heureusement épargné tous ces propos (sur « l’égalitarisme », le « désastre », le « déclin », « l’illettrisme », le « pédagogisme », « l’individualisme de 1968 », « l’idéologie permissive de 1968 », la « difficultés à instruire les élèves d’origine immigrée », « l’immigration de masse qui pose un problème », les « dogmes mondialistes appliqués à la politique éducative » (1) etc.) pour enfin se recentrer sur les enjeux sociaux, démocratiques, pédagogiques... Cette pacification des débats, on doit en rendre grâce à nos grands intellectuels, porteurs d’une parole de sagesse : Jean d’Ormesson, Christophe Barbier, l’équipe de Marianne, Nicolas Sarkozy...

Hélas, ceux-ci n’ont pas rendu aux obscurs, aux sans grade, aux hommes de terrain, l’hommage qu’ils méritaient et l’héritage dont ils leur étaient redevables. Sans eux, sans leurs écrits (Jean-Marie Le Pen avait eu au moins la délicatesse de le souligner... (2)), le débat n’aurait pas atteint les sommets que nous avons connus. Sans eux, jamais Finkielkraut et Onfray n’auraient fait la couverture du Figaro Magazine ou SOS éducation celle du Figaro (le quotidien).

C’est grâce à leur sens de la nuance, leur engagement et leur expérience que tous ces batailleurs de l’ombre ont pu élever le débat jusqu’au niveau qu’il a aujourd’hui atteint.

Prenons – au hasard – l’exemple du hussard bleu marine Jean-Paul Brighelli. Certes, les médias l’ont ignoré ces derniers temps, mais enfin, il faut bien avoir l’esprit de sacrifice et puis ça lui laisse du temps pour écrire et peaufiner le programme éducatif de Dupont-Aignan (qui, rappelons-le n’est pas un personnage du Petit Nicolas)
Ainsi, au fil de ses derniers billets, on ne peut être que frappé par la volonté d’apaisement qui règne dans ses propos. Et l’on regrette – avec lui – que de tels propos ne soient pas livrés au plus grand nombre (enfin, ceux et celles qui ont le niveau suffisant pour en maîtriser la subtilité).

Pour diffuser cette « substantifique moelle » de cette pensée, en voici un rapide et incomplet résumé

***

Brighelli n’a rien contre la nouvelle réforme, puisque le fond du gouffre a déjà été atteint il y a des décennies - « Quand il a été créé en 1808, le baccalauréat n’avait rien à voir avec l’usine qu’il est devenu et le bachelier de demain n’a plus rien de l’aspirant-chevalier qu’il était au XIIIe siècle. »

Brighelli n’a vraiment rien contre cette réforme puisqu’il sait déjà que la prochaine sera pire.

Brighelli n’a rien contre les élèves, il trouve juste que ce sont des « crétins ».

Brighelli n’a rien contre les femmes, il les trouve juste incompétentes, mais il aime bien mettre d’ailleurs un peu partout sur son blog des photos de la Ministre dans plein de situations...

Brighelli n’a rien contre la parité, il trouve juste qu’une femme ministre, ça passe trop de temps chez le coiffeur (« derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau ».)

Brighelli n’a rien contre les musulmans, « les 350 000 Musulmans marseillais sont très majoritairement français, et n’ont aucune envie réelle de retourner au bled (un lieu proche de l’Enfer, où l’on n’a pas toujours une prise pour recharger son smartphone ou sa playstation) ou d’en importer les pratiques barbares — à commencer par la langue, qu’ils ignorent pour la plupart allègrement, surtout l’arabe classique du Coran ».

Brighelli n’a rien contre les étrangers, il trouve juste qu’il n’y a pas assez de Zoulou : « que Najat Vallaud-Belkacem soit marocaine m’importe assez peu, j’applaudirais volontiers un ministre zoulou s’il était compétent ».

Brighelli n’a rien contre le débat démocratique, mais « Je serais inspecteur, je serais impitoyable avec tous ces petits-maîtres de la désinformation. Je sais bien qu’on les garde parce que personne ne veut faire ce métier de chien. Mais franchement, il y a des révocations qui se perdent. Ou tout au moins des rééducations. »

D’ailleurs, Brighelli n’a rien contre la démocratie, il trouve juste que, comme pour l’égalité, il n’en faut pas trop « il faut reconnaître que l’excès de "démocratie" (le "droit à la parole" des élèves, le règne de "l’opinion" érigée en vérité intangible, l’idée que la profération des plus grosses bêtises est en soi libération de la parole et exercice de communication) est le prélude à l’avènement de la tyrannie - et la pire des tyrannies, celle de la bêtise sûre d’elle et dominatrice. »

Brighelli n’a rien contre le programme éducatif du FN, il trouve juste qu’il est bien « Les constats du FN, repris par le “Collectif Racine” (officine d’enseignants soutenant Marine Le Pen), sont à peu près tous corrects » Le Point,4 octobre 2013 (3).

Brighelli n’a rien contre l’antiracisme, il trouve juste qu’on oublie trop facilement le racisme anti-blanc « Oui, lorsqu’on dit « antiracisme », chez les Khmers pédagos, comme disait jadis Laurent Lafforgue, on sous-entend le racisme dont sont victimes aujourd’hui les Musulmans (on garde parfois l’option « Juifs », mais pas toujours, et rarement pour souligner que le Grand Mufti de Jérusalem applaudissait la politique hitlérienne, et qu’il a fait des émules parmi ses coreligionnaires). Rien sur le racisme anti-Blancs des Beurs et des Blacks, rien sur le racisme entre Noirs et Arabes. »

Enfin Brighelli n’a rien contre les médias, il trouve juste qu’ils invitent toujours les mêmes (attention, il ne parle pas de Zemmour, Polony, Finkielkraut) « Najat Vallaud-Belkacem sur FR3 (au passage, Brighelli n’a rien contre le progrès, juste il trouve que dire France 3 c’est une concession faite à la modernité...), Najat Vallaud-Belkacem sur BFM, Najat Vallaud-Belkacem sur i-télé, Najat Vallaud-Belkacem dans les colonnes du JDD (et dans Gala, jamais ?), Najat Vallaud-Belkacem sur LCP, Najat Vallaud-Belkacem partout — et toujours seule ». Brighelli n’a vraiment rien contre les médias et les journalistes, il voudrait juste être invité !

Brighelli n’a rien contre les militants pour une autre école, il trouve juste que ce sont « les nouveaux ayatollahs de la pédagogie » et qu’ils « se sont alignés sur Najat Vallaud-Belkacem : arguments d’autorité, sourire méprisant, sentiment transparent d’un triomphe momentané, en attendant qu’on les pende. »

Brighelli n’a rien contre les majuscules, il peut juste être parfois très "méchant" « je ne sais pas trop si je peux me fier à eux pour faire comprendre aux gosses que Voltaire vaut mieux que laurence de cock (pas de majuscules pour les minus habens). »

Grégory Chambat

(1) Pour reprendre les propos du Collectif des enseignants du FN... et du coup voir note 3 !
(2) Jean-Marie Le Pen, discours de Dijon sur l’école, lors de la campagne présidentielle de 2007 qui commençait par la liste quasiment exhaustive de tout ce qui avait été écrit sur le naufrage scolaire... :
Mesdames et messieurs, chers amis,

Je voudrais consacrer mon propos de ce soir à un sujet qui nous a tous, à un moment ou à un autre, fortement préoccupés en tant que parent, je veux parler de l’école.
Si je devais dresser l’état de cette institution en quelques mots, il me suffirait de citer les titres des livres qui lui ont été consacrés depuis trente ans. Jugez-en par vous-même.


La faillite de l’Université,
Jean Fourastier, Idées Gallimard, 1972
Assez décodé, l’école coule !, René Pommier, Roblot, 1978
Les enfants du Goulag, Serge Grossu, France Empire, 1979
Lettre ouverte aux futurs illettrés, Paul Guth, Albin Michel, 1980
L’école en accusation, Didier Maupas, Albin Michel, novembre 1983
Vos enfants ne m’intéressent plus, Marie-Thérèse Maschino, Hachette 1983
La décennie des Mal-appris, François Bayrou, Flammarion, 1990
Le chaos pédagogique, Philippe Nemo, Albin Michel, 2 septembre 1993
L’école, usine à chômeurs, Maurice Maschino, Hachette Littérature, 18 janvier 1994
L’enseignement en détresse, Jacqueline de Romilly, Julliard, 9 septembre 1998
Le scandale de l’Éducation nationale, Thierry Desjardins, Robert Laffont, 19 août 1999
L’horreur pédagogique : paroles de profs et vérité des copies, G. Morel et D. Tual-Loizeau, Ramsay, 1999.
L’école des illusionnistes, Elisabeth Nuyts, Auto-édition, 2000
Vers une école totalitaire ? L’enfance massifiée à l’école et dans la société, Liliane Lurçat, François-Xavier de Guibert, 2ème édition, juillet 2001
Des professeurs accusent, Collectif "Sauver les lettres", Textuel, 2001 (Un manifeste humaniste contre les "ultraréformistes et ultrapédagogistes" qui ont pris le pouvoir à l’Éducation Nationale et organisent la destruction de l’instruction publique).
Contre-expertise d’une trahison : la réforme du français au lycée, A. Joste, Éd. des Mille et une Nuits, 2002.
L’école des ego : contre les gourous du pédagogiquement correct, Elisabeth Altschull, Albin Michel, 2002
Journal d’une institutrice clandestine, Rachel Boutonnet, Ramsay, 26 août 2003
Y’a plus d’autorité, Jean-Marie Petitclerc, Erès, 3 octobre 2003
L’école à la dérive : ce qui se passe vraiment au collège, Évelyne Tschirhart, Éditions de Paris, 28 janvier 2004
Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ?, Fanny Capel, 18 mars 2004
Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter, Marc Le Bris, Stock, 2004
La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs : la première cause de l’échec à l’école, Liliane Lurçat, François-Xavier de Guibert, 2ème édition, 2004
La désinformation par l’Éducation Nationale, Christine Champion et Vladimir Volkoff, Rocher, 22 septembre 2005
Élèves sous influence, Barbara Lefebvre et Eve Bonnivard, Louis Audibert Éditions, 14 octobre 2005
La fabrique du crétin : la mort programmée de l’école, Jean-Paul Brighelli, Jean -Claude Gawsewitch Éditeur, 2005
Nos enfants gâchés, Natacha Polony, Édition Jean-Claude Lattès, 2005
Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’Université, Jean-Robert Pitte, Fayard, 31 mai 2006
Les programmes scolaires au piquet, Rudolf Bkouche, Michel Buttet, Agnès Joste, Morgane Page, Collectif, Textuel, 1er septembre 2006

Oh, bien sûr, mesdames et messieurs, vous n’aviez pas besoin de la lecture de tous ces titres de livres pour savoir que l’école est un champ de ruine ! En revanche, le processus de décomposition intellectuel et moral de l’école depuis 35 ans est moins connu, même s’il n’est qu’un reflet de la décadence de la société toute entière.

(3) … du coup, voir la note 1 !

1 Message

  • Au-delà des gesticulations réactionnaires orchestrées par les médias avides de saillies relevant davantage du cirque que du débat politique (mais c’est bien la raison d’être de cette presse), il y a la question de fond de cette "réforme" que Vincent Peillon a fort bien résumée le 18 mai sur RTL : "Cette réforme est préparée et demandée par l’ensemble gauche et droite depuis des années." Au moins, c’est clair. Ne nous y trompons pas : la droite est favorable à cette "réforme" (comme à la loi Macron). Ecoutons Chantal Jouanno, sénatrice UDI, le jour de la grève intersyndicale des enseignants : "Il y a des aspects positifs dans cette réforme, comme la personnalisation, les accompagnements plus individualisés." (AFP, 19 mai). Bruno Le Maire, député UMP, en profite pour dérouler : "Constituer un seul corps de professeurs du CP à la fin du collège" (Libération, 15 mai). Alors, l’organisation collaboratrice UNSA peut toujours faire l’amalgame entre les syndicats enseignants et l’UMP... dans le plus pur procédé stalinien.
    Signe de la crise des organisations fourvoyées dans le soutien au gouvernement Hollande-Valls, la non reconduction du président de la FCPE (pour la première fois depuis 1947) lors du 69e congrès de Reims (organisation pourtant habituée à soutenir toutes les mesures du ministère). Le SNES a pu faire le lien entre la publication précipitée du décret sur la "réforme" du collège et la tenue du congrès de la FCPE...
    Enfin, puisque nous en sommes aux anthologies sur ladite "réforme", je vous livre la position du secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand : "J’invite l’Enseignement catholique à accueillir favorablement le nouveau socle commun et la réforme des collèges, qui me paraissent à même de favoriser l’autonomie des établissements, de faire évoluer la mission de transmission de l’Ecole pour le service d’une pédagogie personnalisée et d’une formation intégrale de la personne, et de rénover le métier de professeur en développant l’articulation entre enseignement et éducation." (La Lettre de l’enseignement catholique, mai 2015). Est-il besoin de commenter, si ce n’est de relire Victor Hugo, fustigeant les cléricaux lors du vote de la loi Falloux en 1850 ou Condorcet établissant la différence fondamentale entre enseignement et éducation, pierre de touche de l’école républicaine et laïque ?
    Déjà, en 1993, Jacques Muglioni, philosophe, dans le beau livre L’Ecole ou le loisir de penser, tirait la sonnette d’alarme : "L’instruction redevient une affaire privée et il n’y a plus d’école publique." C’est bien là le projet du gouvernement et du césarisme européen et c’est pourquoi il faut analyser la "réforme" du collège comme un élément de l’ensemble de la politique scolaire, celle qui a cassé les rythmes du primaire, livré des pans entiers d’activités aux communes, celle qui a désossé les programmes d’histoire des lycées, celle qui entraîne les universités vers le gouffre financier ou la privatisation. Cette "réforme" est mise en place par ceux qui ont laissé détruire la vallée de la Fensch, stigmatisé les Roms, volé des milliards d’euros aux travailleurs pour les refiler au Medef. Les préoccupations pédagogiques sont un paravent destiné à attraper les imbéciles qui regardent le doigt. Ce gouvernement se fout des pauvres et de leurs enfants, oui ou non ?

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