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Questions de classe(s)

Les idées fertiles

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Les idées sont souvent représentées comme un produit rare, prestigieux, qui pourrait venir à manquer. Souvent, on en fait même un instrument de pouvoir. Ceux qui seraient au sommet de l’échelle sociale seraient censés en avoir ; ceux qui seraient tout en bas, sont censés en être dépourvus.

Tout est fait pour que nous ayons une vision comptable, « bancaire » (dirait même Paulo Freire) des idées : nous sommes invités, à nous les approprier, à les breveter , à les vendre. Et mieux, le plus souvent, nous sommes encouragés à les taire, les garder pour nous, les dissimuler, … SURTOUT ne pas les révéler.

Ainsi l’idée serait précieuse car elle viendrait à manquer ; elle aurait de la valeur car elle serait dissimulée, tue le plus longtemps possible. Cela a deux conséquences majeures : la première est la privation des idées, qui se trouvent marchandisées, même dans le social.

Ne sommes nous pas les témoins parfois amusés de situations pitoyables où des structures, des collectivités sans idées, passent leur temps à vouloir « voler » les idées de ceux qui en ont le moins encore ?

Ne voyons nous pas se copier tous ceux qui ne pensent plus, tous les partis qui présentent les mêmes programmes électoraux, se copient entre eux, avec de rares idées d’une banalité sans nom ?

Quand nous avons peur qu’on nous vole nos idées, c’est que nous n’en avons déjà plus.

Car tel est le grand paradoxe des idées : plus vous les gardez pour vous, plus vous les privatisez, et moins vous en aurez. Les véritables idées qui portent, qui font mouche, qui sont vivantes, sont publiques. Elles viennent du ruisseau, du bidonville, du ghetto. Elles viennent d’une création collective et y retournent. L’appropriation des idées , est la fin des idées.

Une seconde caractéristique est que les idées dérobées par ceux qui n’en ont pas, qui se les gardent, ou veulent se les approprier donnent toujours lieu à des applications décevantes. Il ne reste plus aucune originalité, juste quelques actions stéréotypées, caricaturales , sans aucun impact. Elles ne donnent plus lieu qu’à des réalisations qui les épuisent.

Quand les idées ne circulent plus, elles s’assèchent, se stérilisent. Alors on cherche la surenchère, on les charcute, on les tripatouille, on en rajoute ; on va vers le compliqué alors que les meilleures idées sont toujours simples, quasiment évidentes.

Ce qui fait la valeur d’une idée, n’est en effet ni son degré de complexité, ni son originalité, mais le fait qu’on la tienne pour vraie, qu’on s’y engage, qu’on la partage et surtout… qu’on la fasse évoluer.

Nous avons les idées fertiles, en Pédagogie sociale ; c’est dire le plaisir que nous avons à les dire, à les répandre et à en témoigner. Nous avons des idées si simples que personne ne peut nous les voler ; que ceux qui s’appliquent artificiellement à les reproduire , à se les approprier, les dénaturent et font de la caricature.

Il ne suffit pas de faire des ateliers dehors pour faire des ateliers de rue, il ne suffit pas de produire des événements artificiels avec photos pour faire des KroniKs ; il ne suffit pas de faire venir les parents pour faire de la coéducation ; il ne suffit pas de soutenir l’école pour faire une école digne de ce nom. Il ne suffit pas d’avoir des discours laïcs offensifs pour donner coeur à une communauté plurielle et tolérante. Il ne suffit pas d’être une institution sociale ou avoir un diplôme pour faire du social.

A Intermèdes Robinson, nous avons les idées fertiles ; cela veut dire que nos idées peuvent -être différentes avant tout parce qu’elles sont nôtres ; elles sont notre patrimoine, notre mise en commun ; nous n’avons pas peur de les épuiser, leur source est intarissable. Elles sont celles de tous nos enfants, de tous les adultes, de toutes nos cultures, de toutes nos origines.

Semaines après semaines, nos activités se répètent:elles tiennent , elles durent. Et pourtant tout autant, on pourrait dire que chaque semaine, elles sont toute autres. Il n’y a pas un jour qui ressemble à la veille, pas un atelier qui en égale un autre.

[bleu]Faire de la constance une source inépuisable de renouvellement social,[/bleu] telle est l’idée majeure de la Pédagogie Sociale. Cette idée se pratique, s’observe ; elle peut se répandre. On peut s’y former.

Tout le monde peut copier des idées ; nul ne peut enfermer une idée vivante.

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Association Intermèdes-Robinson

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