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Questions de classe(s)

Les Chroniques de Véronique Decker (17) : Théo

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Nouvelle chronique de Véronique Decker "Enseigner dans la 93"

Théo

Théo était un enfant d’une immense famille, qui faisait un enfant par an, sans réfléchir davantage à la suite de l’histoire. Théo ne parlait pas. Mais moi, encore jeune remplaçante, je ne le savais pas. Théo ne lisait pas non plus. Mais comme je venais d’entrer dans la salle, je ne m’en étais pas rendue compte. C’est difficile d’être remplaçante dans le 93, les élèves peinent à reconnaître l’autorité d’une inconnue. Ils sont chez eux dans la classe, il y a des habitudes, des règles de vie souvent non écrites, mais tout le monde sait bien que dans la classe de Madame Michu, il faut être bien rangé pour pouvoir rentrer en classe, alors que dans la classe de Monsieur Duchmoll, on peut monter l’escalier en s’agitant et en criant...Donc, les enfants sont chez eux, et ils n’apprécient pas vraiment qu’un intrus arrive. Déjà que leur maîtresse est malade. Il faut s’imposer. Dans les classes d’élémentaire, je demande donc aux enfants d’écrire la date, puis d’écrire sur leur cahier ce qu’ils font d’habitude, et ce que je dois savoir des règles de vie de la classe. Théo ne répond pas à l’appel de son nom et son voisin me dit « C’est pas la peine : Théo ne parle pas. ». Je me fâche avec le voisin, qui a pris la parole sans la demander (il faut être sévère sans quoi on peut se retrouver débordée par l’énergie du groupe...) Je redemande à Théo : « C’est vrai que tu ne parles pas ? » sans réfléchir à la stupidité de la question. Mais là, Théo répond « Non ». J’ai entendu distinctement. Je me demande si j’ai rêvé, mais la classe remble totalement pétrifiée. Eux aussi ont entendu. Je ne sais pas quoi dire, alors je dis « Ah, bon, mais cela ne m’arrange pas, car quand je fais l’appel, j’ai besoin que tu répondes. »
Cette fois pas de réponse. Zut, le miracle est passé. Ecrivons la date, ouvrons les cahiers. Les enfants ouvrent leur cahier du jour, j’ouvre le cahier journal de la classe : il faut bien que la maîtresse sache ce que j’ai fait avec eux. Je demande aux enfants d’ écrire tout ce qui est important dans la classe et qu’il faudrait que je sache. S’ils ont besoin d’un mot, ils doivent lever la main et je l’écris au tableau. Théo n’ouvre pas de cahier. Je le regarde et je dis : « Toi aussi ». Il prend une feuille et il écrit Théo. Moi, je ne savais pas qu’il n’écrivait que cela, alors je m’approche et je lui demande ce qu’il veut écrire. Il répond encore : « Ton nom ». La classe suspend son bruissement. J’ai oublié de me présenter. Je vais vite écrire Véronique au tableau. Merci Théo de m’avoir dit l’essentiel.

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