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Leçons de Pédagogie Sociale : Les trois degrés du Travail de rue

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Kroniks Robinson.

De plus en plus , nous sommes sollicités par des institutions, des collectivités, des centres sociaux pour accompagner un travail de « plus grande ouverture », « d’élargissement » des publics ». De plus en plus – et nous ne sommes pas étrangers à cette influence- dans les structures, les dispositifs, on entend promouvoir « l’aller vers », les « animations de rue », de « pied de bâtiment »…

Une unanimité se constitue peu à peu sur ce qui hier encore était exceptionnel : il ne suffit plus d’accueillir, il faut à présent rejoindre.

De même, ce qui faisait hier la marque du travail professionnel, « le rendez vous », l’accueil », « la distance professionnelle » est largement remplacé par un discours qui se retourne en son inverse.

On vante, ici et là, la « bonne proximité » en lieu et place de la « bonne distance » sans d’ailleurs se rendre compte que cette permutation des termes ne change au final pas grand chose (la vraie question étant de déterminer qui juge « bonne », la distance ou la proximité produites).

Ce qui motive ces ouvertures , on le connaît : l’institution , la collectivité perçoivent la perte d’adhésion des publics, la mutation des demandes, la perte de légitimité , d’autorité, d’audience et de pertinence dans un contexte sociétal bouleversé. Elles espèrent, en s’ouvrant sur l’extérieur, remédier, ralentir ou renverser ces tendances.

Tout cela marque un chemin , une tendance , un mouvement que dans un premier temps nous devons saluer . Disons le tout net, il était temps, tellement on n’en pouvait plus des institutions et des pratiques immuables, aveugles aux évolutions familiales, sociétales, économiques , politiques et sociales. Félicitons-nous en car ce premier mouvement est loin d’être achevé et ne va pas sans résistance : on entend toujours de manière forte et affirmée des « discours de clôture » et réactionnaires se présenter comme des mouvements de résistance , voire parfois même des croisades, au nom de sujets graves : l’islamisation, la marchandisation … On voudrait nous expliquer que la clôture, l’enfermement, le fonctionnement archaïque , la recherche effrénée de sécuritaire, de contrainte , de pénalisation pour « restaurer l’autorité » perdue des institutions,ou l’ordre d’autrefois seraient notre seul avenir.

Comparé à cette chimère réactionnaire et dangereuse , il est clair que le mouvement esquissé plus haut est une avancée. Mais cela suffit – il ? Comment se repérer dans les pratiques d’ouverture , de travail hors les murs ? Toutes les pratiques sont elles les mêmes ? se valent -elles ? En Pédagogie sociale, nous distinguons trois niveaux du travail « hors les institutions », selon trois degrés progressifs et distincts dans leurs principes , comme leurs effets.

Premier degré : « aller vers… », animation « , « travail hors les murs ».

Dans ce premier degré , les structures demandent à leurs équipes de réaliser des « actions », des « animations hors les murs ». Celles ci ont en commun de reproduire et de montrer « dehors » une part du travail de ce qui se fait dedans. Ces actions ont le plus souvent les caractéristiques d’être :
événementielles : ce sont des actions sans lendemain , ou saisonnières, ponctuelles cloisonnées : on conserve le cloisonnement, la spécificité et la marque de la structure qui « va dehors » ; elle sort son matériel, reste dans son domaine, utilise son registre professionnel projetées : on se contente de projeter l’institution au dehors, au besoin en la mettant en valeur, en scène avec force de moyens, mais il n’est absolument pas question de faire évoluer les pratiques ou le sens de la structure : au contraire , il s’agit de les magnifier, des les mettre en valeur, de les affirmer en un mot.

Second degré : la stratégie de l’avant poste


A ce second niveau il ne s’agit plus de faire un travail uniquement événementiel ; on cherche plutôt à ajouter quelque chose d’extérieur à l’institution, un petit service en plus, neuf, qui sera censé justement renforcer l’institution par quelque chose qui lui restera extérieur.

Dans cette optique, on envoie « dehors » des professionnels dans l’espoir qu’ils iront vers les publics, et qu’ils les ramèneront dedans. A ce stade , on s’explique la « désaffection institutionnelle » par des causes réversibles et simples comme « le manque d’information ». On se cramponne encore à l’espoir que si les gens ne viennent pas profiter des merveilles de nos institutions scolaires, culturelles, sociales ou sportives , ça ne pourrait être que pour trois raisons : le manque d’information, de compréhension ou qu’ils sont sous des influences néfastes (les hommes, les musulmans, par exemple). Ceux qui dès lors seront chargés de « travailler dehors », auront à charge , donc, d’informer et d’expliquer l’institution, voire d’y accompagner , doucement ou fermement, les gens.

On retrouve dans cette catégorie tous les points d’information, toutes les équipes ou structures légères « de contact », « d’orientation », de « facilitation d’accès », « d’information », « de médiation« , de « raccrochage », etc.

Dans ce type de travail « hors les murs », on réalise, certes, dehors un travail qui ne se faisait pas à l’intérieur ; mais ce travail est justement censé permettre à celui de l’intérieur de perdurer sans trop avoir à changer , ni se transformer.

Troisième et dernier degré : le travail de rue, en pédagogie sociale

En Pédagogie sociale, on cherche à créer un « travail de rue » qui n’aurait pas d’autre objectif que lui même. Ce n’est pas un travail prétexte, à finalité induite de « restaurer les institutions », c’est un travail nécessaire pour les refonder ailleurs et autrement. Ce n’est pas un travail « dehors », mais un « en-dehors » des institutions et structures existantes. A ce stade, on met en jeu, cause et en changement , les dimensions suivantes :

On passe de l’événementiel au constant, au régulier. Il ne s’agit plus d’animer , mais d’habiter l’espace extérieur.

On dépasse le cloisonnement des domaines d’intervention : culture, social, politique, relationnel. On bouleverse les cultures professionnelles, et surtout les mythes de la culture ou du savoir « descendants ».

On met en œuvre un travail qui se suffit en lui même et qui tente en lui même de répondre à la globalité des besoins sociaux, sans avoir à les orienter ou renvoyer ailleurs. Ici il ne s’agit plus de poursuivre hors les murs avec les mêmes références que « dedans » ; les professionnalités sont remises en cause , ainsi que la séparation usager/ professionnel, militant/professionnel.

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