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Questions de classe(s)

Le travail social et éducatif, au risque des morales qu’on lui impose

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Le travail social et éducatif au risque des morales qu’on lui impose : KroniKs des Robinson du 22 Octobre et Graines d’Orties 587

[bleu] Le temps de LA Morale [/bleu]

De tout temps la morale a été imposée de l’extérieur. Mais la particularité de la morale est qu’elle a été pendant des siècles une simple morale de reproduction, d’application et d’imposition. C’était LA morale ; le singulier l’imposait et la garantissait. C’était la même pour tous et la même d’une génération à l’autre. Qu’importe sa version ; elle pouvait être laïque ou religieuse. Semblable sur le fond, seule sa version différait.
Laïque ou religieuse, sa fonction restait la même  : préserver l’ordre établi, le pouvoir et ses institutions.

Puis, ces mêmes institutions et ces mêmes pouvoirs ont découvert et réalisé que l’influence morale était plus forte quand elle semblait provenir de l’intérieur, quand elle se présente comme « auto-produite » et portée par celui qui en est l’objet.

[bleu] Le temps DES normes [/bleu]

[rouge]A l’ère de l’individualisme de masse [/rouge] , nous voici parvenus au règne de « la norme ». Exit la vielle morale, on parle dorénavant de sa version politiquement correcte, « l’éthique », mais en réalité, il s’agit bien entendu de normes.

La norme s’impose à tous de l’intérieur et pourtant elle est produite à l’extérieur par un ordre économique, politique et social précis. Comme la morale, la norme ne supporte aucune discussion. Elle est et cela lui suffit. Elle s’impose car elle fait consensus. Nul n’est censé ignorer la norme.

Bien entendu , à la différence de la morale ancienne , elle a cependant la particularité d’être plurielle et multitude ; ce ne sont pas les mêmes normes que reçoivent les adolescents ou différentes classes d’âges ; pas les mêmes pour tous les milieux sociaux ; pas les mêmes d’une génération à l’autre. Elles s’adaptent au contexte et à la place de chacun, mais nul n’est épargné.

[bleu] Le retour DES morales
[/bleu]

Mais voici aujourd’hui que nous assistons à un retour de la morale pour tous. La voici orchestrée, imposée depuis les plus hautes autorités de l’État. Elle se réorganise autour de « valeurs inattaquables : » République, Laïcité, Mobilité, Sécurité…

Ce sont des valeurs autoritaires dont le contenu idéologique est dénié ; on tait par exemple que ces valeurs sont « adressées » bien davantage à certains groupes sociaux, plutôt qu’à d’autres. Il est interdit de le dire ; c’est cela qui est idéologique. C’est cela qui constitue également la principale différence entre cette « nouvelle morale » et « l’ancienne ».

La grande question est la suivante ; les grandes valeurs, les grands principes de cette « nouvelle morale » sont-ils mis en avant dans le but de produire de la Vertu publique ? [rouge]Ou sont ils seulement mis en avant afin de séparer « les bons et les mauvais »,[/rouge] et de donner un sens entendable, moral et acceptable, aux partitions sociales en cours ?

[rouge]Le Travail Social est aux risques du retour de cette morale là.[/rouge] Y perdra t il son âme ? Déjà nous voyons que l’invocation de cette nouvelle morale moderne et de combat sert dans les institutions et autour à justifier toutes sortes de refus, d’exclusions, pour les bénéficiaires.

[bleu] Les trois morales à l’usage des travailleurs éducatifs et sociaux
[/bleu]

Et cette « nouvelle morale pour travailleurs sociaux » a trois visages :

  • [rouge] Une morale universaliste[/rouge] qui encourage et facilite le refus de prendre en compte toutes différences, toutes identités non conformes, tout mode de vie groupal ou communautaire contrevenant à cette morale. C’est une morale de l’illégitimité.
  • [rouge] Une morale méritocratique[/rouge]qui dénie par avance les déterminations sociologiques, les violences culturelles et sociales, C’est une morale individualiste.
  • [rouge]Une morale de l’adhésion[/rouge] obligatoire qui associe toute hésitation, oscillation ou réserve à coopérer avec les services sociaux comme autant de signes de déviation, de culpabilité ou de pathologie. C’est une morale de collaboration.

Sommes nous condamnés à devenir de plus en plus des intervenants sociaux moralistes ? Et vers quoi nous amène imperceptiblement une telle attitude ?

Moraliser les travailleurs sociaux contribue à recréer artificiellement une forme de distance entre eux et leurs destinataires ; ça sert à cela , la nouvelle morale : [rouge]à nous dire qu’il y a « nous » et qu’il y a les autres »[/rouge] et à penser (tout en le créant) un fossé entre nous..

Bien entendu cette distance à coup de morale se développe au moment même où la position des travailleurs sociaux n’a jamais été si proche des publics dont elle s’occupe : précarisation , gestion, instrumentalisation, …

Il ne faudrait surtout pas que nous nous en rendions compte…
[bleu]En Pédagogie Sociale, ces questions de morale s’imposent aussi à nous par autorité, comme à toutes les structures, tous les acteurs.[/bleu] Nous le ressentons de manière plus aiguë encore car nous nous sentons étrangers aux logiques et aux faillites qui causent cet appel à la morale.

On nous enjoint cependant, directement ou indirectement (appels à projets), à rendre compte de nos pratiques à l’aune de ces nouvelles morales invasives.

[rouge]Pourtant, paradoxalement, c’est souvent nous qui aurions le plus à dire sur le contenu absent des valeurs qu’on brandit [/rouge] . C’est nous qui pourrions donner du sens à ce que seraient une véritable laïcité de pratique, de vie et de travail ensemble ; à une véritable cohésion sociale ; à une véritable réussite éducative ; à une véritable politique de prévention.

[rouge]Nous, pédagogues sociaux, nous retrouvons dans une position assez amusante au fond[/rouge] ; on nous enjoint avec un air docte et autoritaire à accomplir … les fondements mêmes de notre travail, au risque qu’on nous reproche quelques fois de ne pas le faire assez (!!)

Nous voici sans en avoir toujours conscience dans la même position que Célestin Freinet, après guerre : invité à proposer à son administration des « projets Freinet » pour obtenir des moyens supplémentaires et à qui cette même administration a dit-on répondu que ses projets « n’étaient pas assez Freinet » (et qu’il n’aurait donc pas de subvention en conséquence).

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Graines d’Orties 5 cent 87

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