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Questions de classe(s)

Le surgissement de la pédagogie critique

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Originaire du Canada anglophone, Peter McLaren est un des pédagogues critique états-uniens les plus connus dans le monde bien que ses ouvrages n’aient pas été traduit en français. Il incarne une pédagogie critique fortement teintée de marxisme contre des versions plus postmodernes. Il est entre autre co-directeur de Paulo Freire Democratic Project (Chapman University) - http://www.chapman.edu/ces/research/paulo-freire/
En 1989, son ouvrage Life in the school se classe dans les meilleurs ventes de l’année au Canada. Il y raconte sous une forme ethnographique son quotidien d’enseignant dans un lycée accueillant des élèves de milieux populaires avant d’être enseignant à l’université. Il y théorise l’existence d’une culture de la rue qui résiste à la culture de l’école.
Une partie de l’ouvrage est consacrée à présenter la pédagogie critique. « Le surgissement de la pédagogie critique » est un chapitre de cette présentation. Il y expose entre autre la distinction entre le critical thinking et la critical pedagogy : l’une se réduisant à la formation d’habiletés, l’autre supposant une critique politique substantielle. Ce chapitre est suivi d’un autre qui présente de manière plus approfondie les théories de la pédagogie critique.

Peter McLaren
"Le surgissement de la pédagogie critique"
Extrait de La vie dans les écoles (1989)
(traduction le 12/09/16)

[…] Une théorie radicale de l’éducation a émergé durant les dernières quinze années. Elle est définit de manière informelle comme « la nouvelle sociologie de l’éducation » ou une « théorie critique de l’éducation », la pédagogie critique examine les écoles aussi bien dans son milieu historique que comme partie du fait social et politique qui caractérise la société dominante. La pédagogie critique oppose différents arguments importants à l’analyse positiviste, a-historique et dépolitisée employé par tellement de critiques libéraux comme conservateurs, une analyse trop visible dans les programmes d’exercices de nos collèges. Fondamentalement préoccupés par le centralisme de la politique et le pouvoir dans notre compréhension de la manière de travailler dans les écoles, les théoriciens critiques ont réalisé des études centrées sur l’économie politique de l’école, l’État et l’éducation, la présentation des textes et la construction de la subjectivité de l’étudiant.
La théorie éducative critique a une profonde dette à l’égard de ses géniteurs européens. Plusieurs théoriciens, par exemple, Henry Giroux continuent à s’abreuver aux travaux de la théorie critique de l’École de Francfort qui prend ses origines avant la seconde guerre mondiale dans l’Institut d’études sociales. Les membres de ce groupe, qui ont rédigés de brillants et éclairants travaux d’éthique d’analyse freudo-marxiste, inclus des figures comme Max Horkheimer, Theodor W. Adorno, Walter Benjamin, Leo Lowenthal, Erich Fromm et Herbert Marcuse. Durant la guerre, plusieurs membres de l’institut allèrent aux États-Unis comme conséquence de la persécution des nazis contre les gens de gauche et les juifs. Après la guerre, l’institut de Francfort fut rétablit. Les membres de la seconde génération, comme Jürgen Habermas, sont sortis de l’institut pour continuer ailleurs le travail initié par les membres fondateurs. Aux Etats-Unis, l’Ecole de Francfort actuellement mène de nouveaux travaux sur la recherche sociale et influe sur de nombreuses disciplines comme la critique littéraire, l’anthropologie, la sociologie et la théorie éducative.
La pédagogie critique a également différentes racines états-uniennes, comme le travail de John Dewey et les reconstructeurs sociaux, comme ceux des éducateurs comme Myles Horton, de l’école écossaise et les enseignements des activistes pour les droits civils, y compris Martin Luther King Jr., et Malcom X.

La pédagogie critique a commencé à fournir une théorie radicale et une analyse de l’école et en même temps ajoute de nouvelles avancées dans la théorie sociale et développe de nouvelles catégories de recherche et de nouvelles méthodes. La pédagogie critique, cependant, ne constitue pas un courant d’idées homogènes. Il est plus exact de dire que les théoriciens critiques sont unis par leurs objectifs d’encapaciter les dépossédés et de transformer les inégalités et les injustices sociales existantes. Le mouvement constitue seulement une petite minorité au sein de la communauté académique et de l’enseignement public, mais c’est une présence croissante et agissante dans plusieurs cercles.

Les principes fondamentaux

La pédagogie critique raisonne avec la sensibilité du symbole hébreu tikkun qui signifie « soigner, réparer et transformer le monde », tout le reste n’est qu’un commentaire. Elle offre une direction historique, culturelle, politique et éthique pour ceux qui sont impliqués dans l’éducation et qui encore osent avoir de l’espérance. Elle est irrévocablement engagée au côté des opprimés, la pédagogie critique est aussi révolutionnaire que les premières propositions des auteurs de la déclaration d’indépendance : étant donné que l’histoire est fondamentalement ouverte au changement, la libération est un but authentique et peut allumer un monde complètement différent.

Politique

Une des plus grandes tâches de la pédagogie critique a été de révéler et de défier le rôle que les écoles jouent dans notre vie politique et culturelle. Surtout dans la dernière décennie, les théoriciens de l’éducation critique ont commencé à voir les écoles comme une entreprise résolument politique et culturelle. Les avancées récentes de la sociologie de la connaissance, de l’anthropologie culturelle et symbolique, le marxisme culturel et la sémiotique ont conduit ces théoriciens à voir les écoles non seulement comme des espaces éducatifs, mais également comme des arènes culturelles où une hétérogénéité de formes sociales et idéologiques ont l’habitude de s’affronter dans une lutte irrémédiable pour la domination. Dans ce contexte, les théoriciens critiques généralement analysent les écoles sous une double forme : comme mécanisme de classification dans lesquels des groupes sélectionnés d’étudiants sont favorisés sur la base de la race, de la classe et du genre, et comme des agences pour conférer un pouvoir social et individuel.

Les théoriciens critiques soutiennent que les maîtres doivent comprendre le rôle que joue l’école en unissant la connaissance avec le pouvoir, pour profiter de ce rôle pour développer des citoyens critiques et actifs. Le point de vue traditionnel de l’instruction et de l’apprentissage dans la salle de classe est un processus neutre, aseptisé et isolé des concepts de pouvoir, politique, histoire et contexte : ce qui ne peut plus être soutenu avec vraisemblable. De fait, les chercheurs critiques ont donné la primeur au social, au culturel, au politique et à l’économique pour comprendre les plus grands aspects de travail de l’école contemporaine.

Culture

Les théoriciens critiques voient les écoles comme une forme de politique culturelle. L’école représente une introduction, une préparation et une légitimation des formes particulières de vie sociale. Elle est toujours impliquée dans des relations de pouvoir, dans des pratiques sociales et dans la validation des formes de connaissance qui appuient et soutiennent une vision spécifique du passé, du présent et du futur. En général, les théoriciens critique soutiennent que les écoles ont toujours fonctionné sous des formes qui rationalisent l’industrie de la connaissance dans des strates divisées en classe sociales, qui reproduisent l’inégalité, le racisme et le sexisme et qui fragmentent les relations sociales démocratiques au moyen de la priorité donnée à la compétition et à l’ethnocentrisme culturel.

Bien que la pédagogie critique soit en dette avec une large variété de traditions intellectuelles européennes, elle se nourrit également d’une unique tradition états-unienne qui s’étend depuis le courant principal du mouvement progressiste de John Dewey, William Kilpatrick et d’autres, jusqu’aux efforts les plus radicaux des reconstructeurs sociaux des années 1920 comme George Counts et l’oeuvre de Dwayne Huebner, Théodord Brameld et James McDonald. Dans les termes de Roger Simon, la pédagogie doit être distinguée de l’enseignement :

« La pédagogie [se réfère] à l’intégration dans la pratique d’un contenu et d’une conception curriculaire particulière, de stratégies et de techniques de salle de classe et d’évaluations, de propositions et de méthodes. Tous ces aspects de la pratique éducative se réunissent dans la réalité de ce qui arrive dans la salle de classe. Ensemble, ils organisent une image de comment le travail d’un maître dans un contexte institutionnel spécifie une version particulière de la connaissance la plus valide, de ce que signifie connaître quelque chose et comment nous pouvons construire des représentations de nous mêmes, des autres et de notre milieu social et physique. En d’autres mots, parler de pédagogie, c’est parler simultanément des éléments que les étudiants et les autres doivent faire ensemble et des politiques culturelles que ces pratiques soutiennent. Dans cette perspective, nous pouvons parler de pratiques d’enseignement sans parler de politique ».

Economie

Malheureusement, dans la discussion sur la « pensée critique », les néo-conservateurs et les libéraux ont neutralisé le terme critique par un usage répété et imprécis, en supprimant ses dimensions politiques et culturelles et nettoyant son potentiel d’analyse pour qu’il signifie des « habiletés de pensée ». Dans ces termes, l’enseignement se réduit à une simple aide aux étudiants pour qu’ils acquirent de hauts niveaux d’habilités cognitives. Peu d’attention est portée sur l’objet vers lequel ses habiletés sont dirigées. La vision morale qui sous-tend dans ce point de vue aliène les étudiants à réussir dans le difficile monde compétitif des formes sociales existantes.

En définissant la réussite académique presque exclusivement dans les termes de créer des travailleurs accomplis, productifs et patriotiques, le nouveau programme conservateur pour une « nation reconnaissante » évacue tout engagement pour former des citoyens critiques et engagés. En échange, les étudiants sont vus comme la future avant-garde de la restauration économique des Etats-Unis. Les théoriciens critiques ont répondu à la nouvelle droite soutenant que la croissante adoption des pédagogies adaptées à la logique des demandes du marché a donné de l’espace à des propositions politiques qui promeuvent activement la dé-spécialisation des maîtres. Cela est plus évident dans la prolifération de programmes d’études produits par l’Etat qui clament être la « preuve des maîtres » [les pratiques enseignantes efficaces] et qui réduisent effectivement le rôle des enseignant à celui d’un employé à moitié entraîné et mal formé. L’agenda néo-conservateur en effet a stoppé l’avancée de la démocratie dans nos écoles. Les néo-conservateurs refusent le point de vue que les écoles devraient être des espaces pour la transformation sociale et l’émancipation où les étudiants sont éduqués, non seulement pour être des penseurs critiques, mais également pour voir le monde comme un lieu où les actions peuvent avoir un effet.

La pédagogie critique se fonde sur la conviction que pour l’école, c’est une priorité éthique de donner du pouvoir au sujet et à la société par rapport à la domination d’habiletés techniques, qui sont principalement attachées à la logique du marché du travail (bien que le développement d’habiletés soit certainement important). La préoccupation pour la dimension morale de l’éducation a amené les universitaires critiques à entreprendre une reconstruction socialement critique de ce qui signifie « être scolarisé ». Ils mettent en valeur que toute pratique pédagogique véritable exige un engagement pour la transformation sociale en solidarité avec les groupes subalternes et marginalisés, ce qui implique une option préférentielle pour le pauvre et pour l’élimination des conditions qui permettent la souffrance humaine. Ces défis théoriques mettent l’accent sur ce que fait la démocratie libérale à l’individualisme et à l’autonomie respectivement aux besoins d’autrui.

Comme les montre les théoriciens de l’éducation critique, l’analyse de l’école entreprise par les critiques libérales et conservatrices favorise nécessairement la culture dominante. La perspective libérale surtout a été réappropriée par la même logique qu’elle se propose de critiquer. A l’inverse, la perspective critique nous permet de faire une analyse de l’école plus profonde en termes de race, de classe, de pouvoir et de genre.

Les Etats-uniens par tradition ont assumé que les écoles fonctionnent comme des mécanismes pour le développement d’un ordre social égalitaire et démocratique. Les théoriciens critiques argumentent le contraire et suggèrent que les écoles ne fournissent pas les opportunités à la plus large part de l’humanité occidentale pour donner du pouvoir au sujet et à la société, mais travaillent contre ces opportunités. La pédagogie critique également remet en question la supposition que les écoles opèrent comme des espaces de mobilité économique et sociale. Des théoriciens comme Michael Apple soutiennent que l’école américaine n’a pas accompli sa promesse d’une réforme égalitaire et de fait ne fournit pas les opportunités à de nombreux groupes d’étudiants de devenir des citoyens actifs et critiques. Mais plus encore, ils soutiennent que les récompensent économiques de l’école sont très différentes pour les riches et pour ceux qui sont désavantagés.

Dans ces tentatives pour remettre en question la croyance populaire que les écoles sont des institutions fondamentalement démocratiques, les universitaires critiques ont commencé à analyser les manières selon lesquelles les programmes scolaires, les connaissances et la politique dépendent du marché du travail entrepreneurial et des nécessités de l’économie. Leur but est de dévoiler l’inégalité des intérêts particuliers en compétence dans un ordre social qui impose l’égalité des opportunités. Ils mettent en garde les éducateurs contre l’idée selon laquelle aussi bien les conservateurs que les libéraux proposent une programme réellement progressiste. A leur avis, on ne peut pas prendre des décisions à partir de critères d’évaluation transparents et désintéresses et aucune pratique éducative – si elle se centre sur la question de l’excellence, de l’évaluation ou de la responsabilité- n’est jamais innocente relativement aux contextes sociaux, économiques et institutionnels dans lesquels l’éducation se produit. En échange, il apparaît que les écoles doivent être toujours analysées comme un processus culturel et historique, dans lequel des groupes sélectionnés occupent des relations asymétriques de pouvoir en accord avec des groupements spécifiques de race, de classe et de genre. En d’autres termes, les universitaires critiques refusent la tache que le capitalisme leur assigne comme intellectuels, comme enseignants et comme théoriciens sociaux, de servir passivement les situations idéologiques et institutionnelles qui existent dans les écoles publiques. Ces universitaires croient que les écoles servent les intérêts de la richesse et du pouvoir, tandis qu’en même temps ils disqualifient les valeurs et les habiletés des étudiants les plus dépossédés de notre société : les minorités, les pauvres et les femmes. En résumé, les maîtres de la tradition critique soutiennent que le courant éducatif dominant maintient une tendance essentiellement injuste qui donne comme résultat la transmission et la reproduction de la culture et du statu quo dominant.

Une part centrale de sa tentative pour réformer l’éducation publique est le refus du discours de la prédictibilité et de la mesure scientifique qui s’est logé tacitement dans les modèles de planification curriculaire et dans d’autres perspectives théoriques de la pratique éducative. Les théories critiques interrogent la relation, peu souvent discutée, entre l’école et la société, en dévoilant la prétention de la pédagogie dominante qui affirme l’égalité d’opportunité et d’accès à la démocratie égalitaire et à la pensée critique. Les universitaires critiques refusent l’idée que l’école constitue un projet apolitique et sans axiologie. De fait soutenir que les écoles sont des institutions méritocratiques est une tautologie : les élèves qui réussissent sont ceux que l’école récompense. S’il arrive que quelqu’un ait un succès, ce doit être à cause de ses mérites individuels. Il manque dans cette logique la reconnaissance de ce que les étudiants qui proviennent de milieux blancs et riches obtiennent des privilèges supérieurs de ceux qui proviennent d’autre groupes, non pas par leur mérite, mais par l’avantage que leur donne l’argent et un haut statut social. La pédagogie critique essaie de fournir aux enseignants et aux chercheurs les meilleurs moyens pour comprendre le rôle que joue en réalité les écoles dans une société divisée en races, en classes et en genres et dans cet effort, les théoriciens ont établi des catégories et des concepts pour questionner les expériences des étudiants, les textes et les idéologies des maîtres, et les aspects de la politique scolaire que les analyses conservatrices et libérales souvent n’explorent pas. En effet, la pédagogie critique a défini avec acuité les dimensions politiques de l’éducation, en soutenant que les écoles opèrent principalement pour reproduire les valeurs et les privilèges des élites. La pédagogie critique s’engage pour les formes d’apprentissage et d’action entreprises en solidarité avec les groupes subalternes et marginalisés, et outre par le fait de questionner les présupposées de l’éducation, les théoriciens critiques sont tournés vers les impératifs émancipateurs de donner le pouvoir au sujet et pour la transformation sociale.

Les pédagogues critiques ont voulu sortir la théorie de l’université et l’incorporer à la pratique éducative. Ils ont défiés ceux qui, comme le Secrétaire d’État à l’éducation du président Reagan, William Bennett, désirent que les écoles enseignent seulement aux étudiants le grand héritage culturel des Etats-Unis et aspirent à offrir aux maîtres les catégories et concepts critiques qui leur donnent la capacité d’analyser les écoles comme des lieux de production et de transmission des pratiques sociales qui reflètent les impératifs idéologiques et les matières de la culture dominante.
Les éducateurs critiques soutiennent que nous sommes responsables non seulement de la manière dont nous agissons individuellement dans la société, mais également du système auquel nous participons. Les théoriciens critiques proposent quelque chose qui peut être étiqueté comme du surréalisme pédagogique : ils essaient de rendre familier l’étrange et étrange le familier et commencent par relativiser les écoles comme milieux normalisateurs – c’est-à-dire comme instruments qui par essence légitiment les relations et les pratiques sociales existantes, en le sanctionnant comme normales et naturelles – en démantelant et réorganisant les règles et les codes artificiels qui maquillent la réalité dans la salle de classe. A la différence de l’humaniste qui commence par le différent et le rend compréhensible, le théoricien critico-éducatif attaque le familier, subvertissant les lieux communs. Les théoriciens critiques essaient d’aller plus loin que la question conventionnelle « que signifie l’école ? » en formulant à sa place la question plus importante de comment l’école en est-elle venue à signifier ce qu’elle signifie. Le résultat c’est que les écoles - souvent vues comme des instruments de socialisation qui aident à ce que la société produise des citoyens intelligents, responsables et engagés et habiles – deviennent des institutions étranges et perturbatrices qui ne font pas qu’enseigner des choses, mais qui aussi produisent des êtres humains irréflexifs, qui dans leurs activités quotidiennes, pratiquent les idéologies de la culture dominante.

Les théoriciens éducatifs critiques soutiennent que le marxisme n’a pas été pris au sérieux dans ce pays comme moyen d’analyse socio-historique, les théoriciens marxistes et ceux qui travaillent dans les traditions de la pensée sociale radicale en dette avec le marxisme ont l’habitude de faire l’objet de réactions « marxo-phobiques ». Bien que, voir même la majeure partie des théoriciens critiques, travaillent en dehors de la tradition marxiste orthodoxe et ne considèrent pas le capitalisme comme un mal irrévocable, ils insistent sur le fait que le modèle de l’exploitation a produit une rationalité économique qui infuse les idées communes sur les questions sociale et éducatives, et continue à contribuer à produire des problèmes sociaux massifs comme le racisme, le sexisme et le classisme.
Pour assurer que tous les individus aient des droits sur la plus-value que son travail génère, les éducateurs critiques soutiennent que les responsables de notre actuel degré de capitalisme doivent maintenir des obligations morales. On a besoin d’une nouvelle éthique économique qui aide à guider et éventuellement à redéfinir une politique économique dans l’intérêt de tous, qui a la vision et le pouvoir pour s’opposer aux effets déshumanisants du capitalisme de la consommation. Cela peut parvenir à renverser la société capitaliste pour une société dans laquelle le développement intégral de individu soit la base pour le développement intégral de la société.

Les éducateurs critiques questionnent la base même du financement scolaire. Pourquoi – demandent -ils – prend-on l’impôt foncier comme base pour accorder le financement aux écoles, en garantissant ainsi que les enfants de riches et les privilégiés héritent des meilleurs écoles en termes de ressources, de salaires aux enseignants, de propreté des bâtiments… Pourquoi les gouvernements des États et Fédéral ne sont pas responsables de financer entièrement l’éducation ? Après tout le gouvernement assume bien la responsabilité d’opération comme Tempêté du désert, non ? Les éducateurs critiques s’opposent à la dérégulation et à ouvrir la réussite de l’enseignement scolaire à la logique du marché, supposément sous formes de moyens nouveaux comme des formes optionnelles et des plans classificateurs. Laisser le marché « égaliser » l’éducation au moyen de classements va simplement exacerber la disparité des opportunités entre les étudiants riches et pauvres : les écoles de milieux pauvres se retrouveront en bas des classements. « Optionnel » cela signifie que les pauvres ont la « liberté » d’être plus pauvres tandis qu’aux riches, on leur donne l’option de devenir plus riche. « Optionnel », cela signifie une éducation de type Jim Crow dans les années 90. Les régimes optionnels supposent d’améliorer les conditions des écoles de faible performance ou au contraire le financement des Etats diminuera du fait de la diminution du nombre des inscriptions et les maîtres seront transférés dans d’autres écoles. De fait, quelques éducateurs critiques (je m’inclus dans ceux-ci) remettent en question les bases même de l’ordre social capitaliste global.

Théorie de l’intérêt et de l’expérience

Les théoriciens de l’éducation critique comme Henry Giroux soutiennent que les programmes scolaires doivent être compris en termes de théorie de l’intérêt et d’une théorie de l’expérience. Par théorie de l’intérêt Giroux veut dire que le programme reflète les intérêts qui les entourent : les visions particulière du passé et du présent qu’ils représentent, les relations sociales qu’ils affirment ou écartes. Par théorie de l’expérience Giroux se réfère au fait que le programme est une narration construite historiquement qui produit et organise les expériences des étudiants dans le contexte de formes sociales telles que l’usage du langage, l’organisation de la connaissance dans des catégories de haut et bas niveau, et l’affirmation de type particulier de stratégies d’enseignement. Cependant, le programme non seulement représente une configuration d’intérêts particuliers et d’expériences, mais forme un champ de bataille où les différentes versions de l’autorité, de l’histoire, présente et future, luttent pour la domination. Les théoriciens critiques veulent fournir aux théoriciens de l’éducation en général un langage public qui non seulement affirme les voix des maîtres et des groupes subordonnés en population étudiante, mais qui en outre véhicule à propos de l’école une vision transformatrice du futur.

Mais outre le fait d’être d’accord que les écoles reproduisent les inégalités et l’injustice, les théoriciens critiques contemporains diffèrent sur beaucoup de points d’analyse. Les travaux récents dans la tradition critique peuvent en général se diviser en deux catégories : ceux qui pensent que le capitalisme peut se réformer au bénéfice de la classe laborieuse (c’est-à-dire presque tout les tenants de la pédagogie critique) et les éducateurs marxistes qu pensent que la justice sociale peut seulement être atteinte réellement en abolissant la société de classe et en expérimentant une alternative socialiste (Paula Allman, Glenn Rikowski, Dave Hill, Richard Brosio, Ranun Farahmandpur et d’autres).

La pédagogie critique traite de nombreux thèmes, au sein desquels ils se situent dans des camps différentes de la recherche et de la critique. Certains de ces champs relativement nouveaux incluent la pédagogie féministe, le constructivisme critique et l’éducation multiculturelle. Pour une autre partie, certains critiques éducatifs ont accueillis la théorie sociale postmoderne. Les études culturelles sont une autre aire qui dans les années récentes a également généré beaucoup d’intérêt au sein des théories éducatives. La connaissance transdisciplinaire est également en hausse chez les théoriciens éducatifs, une tendance qui probablement va continuer. L’œuvre de Lankshear et MacLaren a profité de la théorie sociale critique interdisciplinaire pour proposer une analyse de l’enseignement élémentaire.

L’oeuvre de Patti Lahter combine la théorie postmoderne avec la théorie féministe, mais, lamentablement, elle ne fait pas grand-chose pour discuter les relations sociales capitalistes d’exploitation. L’enseignement critique élémentaire et l’éducation aux médias sont de nouveaux cours importants qui ont fait leur entrée en force dans les efforts pour réformer l’école, particulièrement, dans les zones urbaines. Les frontières disciplinaires sont en train de s’effacer et, de mon point de vue, cela sert pour chercher la manière d’innover dans la tradition critique. Dans le reste du livre, on traitera davantage de tout cela.

Il existe différente versions de la pédagogie critique : la libertaire, la radicale et la libératrice, toutes avec des points de convergences et de divergence. Ce livre s’appuie principalement sur les perspectives radicales exemplifiées dans les travaux de théoriciens comme Paulo Freire et Henry Giroux qui font une distinction forte entre scolarisation et éducation. La première est principalement une forme de contrôle social, la seconde a le potentiel de transformer la société, comprenant l’étudiant, comme un sujet actif engagé dans son développement personnel et dans celui de la société.

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