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Questions de classe(s)

Le plateau repas de Mahoumoudou : chroniques de Véronique Decker (3)

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L’été dernier, Véronique Decker nous avait accompagnés en proposant quelques unes de ses chroniques avant qu’elles ne soient publiées et rencontrent le succès que l’on sait (Trop classe ! Enseigner dans le 9-3, Libertalia).
Elle nous offre, pour ces deux mois de vacances, de nouveaux textes à savourer tout au long de l’été...

Le plateau repas de Mahoumoudou

La maîtresse de CP m’avait prévenue. Mahoumoudou trainait le soir avec son grand frère Lassana. Il était très fatigué le matin et racontait à sa maîtresse qu’il allait dehors avec Lassana et ses copains. J’avais prévenu la maman, mais la maman travaillait le soir à faire des ménages et n’avait pas d’autre choix que de laisser ses enfants seuls, car son mari aussi travaillait le soir.
Mais voilà que Mahoumoudou raconte en classe qu’il va faire de la moto avec son frère et la maîtresse de CP vient me voir, car elle pense que cela peut être dangereux. Nous prévenons les parents et les choses semblent rentrer dans l’ordre.
Quelques mois plus tard, une semaine, Mahoumoudou ne vient pas à l’école. Nous pensons qu’il est malade, mais à son retour, il nous raconte qu’il a été « serré » par les « keufs » sur une moto volée derrière l’hôpital et qu’il était en « gav ». Garde à vue ? Un enfant d’à peine 7 ans ? Sans doute, car Mahoumoudou raconte que la policière qui s’occupait de lui était « trop trop bien » car elle lui avait donné un plateau repas « super extra bon » et qu’elle était « hyper sympa ».
Voilà ce qu’il retenait de l’expérience, en cellule, on mangeait vraiment bien. Sans doute la policière émue de la présence d’un enfant si jeune, avait veillé à ce qu’il ne manque de rien. Mais du coup, l’expérience avait été contre productive. Car l’école doit être plus agréable que le commissariat, pour que les institutions de l’Etat fonctionnent dans l’ordre.
Comment faire ? Le gronder ? Attendre que des services sociaux se soucient de lui ? Reprendre contact avec les parents ? Ce qui se passe en dehors de l’école doit il être traité par l’école ? Oui, mais si l’enfant en parle à l’école, est ce que cela reste un évènement entièrement en dehors de l’école ? La pédagogie Freinet donne beaucoup la parole aux enfants, et ils apprennent petit à petit à gérer les récits, leur impact. Mais là, tout l’équipe pédagogique se retrouve engoncée dans cette parole qui nous impose de faire quelque chose, mais quoi ?
Heureusement, il y a les RASED, et dans les RASED, une psychologue scolaire. C’est elle qui va recevoir les parents et l’enfant, et qui va gérer, sous la protection du secret professionnel, le lien avec les services sociaux. Car ce qui dépasse l’école ne doit pas être pris en charge par l’école.

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