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Questions de classe(s)

Le chat du 93 - 4-pages de la CNT éducation 93 - printemps 2017

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Chair à canons, chair à patrons

Éditorial

Il est certes loin le temps où l’on entendait le roulement des tambours dans les cours de nos collèges, les cliquètements du trousseau de clés au passage du surveillant général et le silence qui régnait en classe. C’était l’âge où l’école était caserne dirait-on, à l’image d’autres endroits semblables, largement disséqués dans Surveiller et punir. Mais l’école n’a-t-elle jamais cessé de l’être ? Clôturée, grillagée, surveillée, si ce n’est "sanctuarisée", l’école l’a souvent été dans notre histoire contemporaine. Nous l’avons en tout cas toujours connue telle. Après Mai 68, on a bien tenté de nous faire croire que cette époque était révolue ; après tout les surveillants généraux finirent par devenir conseillers principaux d’éducation, les surveillants, assistants d’éducation, ce sont des exemples parmi tant d’autres ; éduquer et non punir, apprendre et non surveiller, belles volontés d’une époque, l’école n’a pourtant jamais cessé d’être une caserne. Si nous dressons un tableau en 2017, l’école demeure un sanctuaire sécuritaire : grillages, sas d’entrée, registres d’entrées et de sorties, vidéo-surveillance. À l’intérieur, la sonnerie signale l’heure tout comme le marquage au sol de la cour désigne le rang des classes. Quel langage utilisons-nous ? Divisions, cohortes, c’est un langage militaire, et l’on parle pourtant de nos élèves.

À l’Université, les vieilles franchises médiévales ont, elles aussi, semble-t-il, fait leur temps : vigiles, contrôle des sacs, contrôle des cartes, contrôle de la pensée, et toujours contrôle des humeurs étudiantes : les forces répressives de l’État, entrent et sortent sur simple réquisition, à chaque mouvement social.
La caserne scolaire est caserne car elle a un objectif de contrôle mais aussi de tri : trier le bon grain de l’ivraie, tri par la conformité, tri par l’absentéisme scolaire permettant de couper les vivres à certaines familles, et certains osent prétendre nous confier le tri selon la nationalité. Si vous trouvez le tableau sombre, le pire est pourtant à venir.

L’hystérie sécuritaire consécutive aux attentats des années 2015 et 2016 semble suggérer de charmantes idées à nos gouvernants. Mais pourquoi ne pas installer des détecteurs de métaux à la porte de nos établissements scolaires ? Sait-on jamais, nous susurre-t-on. Mettons des policiers en uniforme dans les écoles, ordre et sécurité n’en seront que plus respectés. Belle injonction. De telles propositions nous rappellent immédiatement l’école des États-Unis, qui malgré de tels dispositifs, n’a jamais évité et n’évite toujours pas les fusillades scolaires de masse. Rétablissez l’autorité des maitres, hurlent ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans des classes : quelques vestes, quelques estrades, quelques uniformes, devraient faire l’affaire.

Il faut également, à l’intérieur de l’école, cohorte par cohorte, division par division, préparer les troupes. Pas seulement à travers l’enseignement de l’esprit de défense, qui est au programme de la classe de 3e par exemple, ni à travers nos heures d’enseignement moral et civique, il nous faut, c’est la nouvelle injonction, préparer notre troupe d’élèves au pire.

Ainsi la mise en œuvre du doux protocole dit Plan pratique de mise en sécurité (ou PPMS) dans nos établissements scolaires, participe de la même logique. On avait déjà connu les protocoles de confinement scolaire consécutifs aux catastrophes naturelles et industrielles, celui-ci possède également sa version "attaque terroriste". Au cours de l’année scolaire 2016, certains chefs d’établissement se délectèrent même de son application. Ainsi le proviseur d’un grand lycée du 15e arrondissement de Paris put se livrer à un cours de balistique à destination de son équipe enseignante : la question étant de savoir où asseoir et où coucher les troupes, pardon, les élèves. Sirène caractérisée, fermeture à clé des portes des classes, et que tout le monde se mette au sol, en attendant que le sous-officier, pardon l’enseignant, reçoive le SMS libératoire de fin d’exercice. Cri du cœur d’un élève de 4e :" taisez-vous, si c’était pour de vrai on serait déjà tous morts". Décidément l’école de 2017, sécuritaire et militaire, a franchement une sale gueule.

Au sommaire :

Édito p.1
Police école p.2
Témoignage PPMS p.3
École caserne p.4

A télécharger sur : http://www.cnt-f.org/urp/publications-33/le-chat-du-93-4-pages-de-la-cnt-education-93-printemps-2017

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