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Questions de classe(s)

Le COD et le Coquelicot, Interview de Cécile Rousset

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Le site Mediapart qui propose de visionner le documentaire Le COD et le coquelicot, nous offre l’occasion de vous proposer l’entretien que Cécile Rousset avait accordé à la revue N’Autre école . Ce numéro (le 3, L’école, républicaine ou démocratique ?) est entièrement illustré par son travail et celui de Jeanne Paturle.

Elle nous parle ici des croquis inspirés du quotidien et des images tirées du film racontant l’école avec un graphisme et une narration sublimant la réalité parfois difficile.

Dans une école primaire d’un quartier périphérique de Paris réputé difficile, où les équipes d’enseignants se succèdent d’année en année, cinq jeunes maîtres sans expérience ont fait le pari de rester. Cinq ans après, ils nous parlent de leur quotidien dans ce lieu où ils tentent de construire, dans une alternance de découragement et de projets, une école comme les autres. Cécile Rousset nous présente ici son travail.

Questions de classes(s) – Peux-tu nous présenter ton parcours artistique et ton travail, au-delà du film ?

Cécile Rousset – Jeanne et moi avons étudié ensemble le cinéma d’animation à l’école des arts déco et, depuis, on essaie de continuer à faire des films, ensemble ou séparément, en plus de nos boulots. La semaine, je suis prof d’arts ­visuels dans deux écoles primaires parisiennes, je constate que les enfants sont plus doués et plus libres avec le dessin et la couleur que nous, les adultes. Ce qu’ils font nourrit mon regard et mon envie de dessiner. J’essaie de dessiner chaque jour dans des carnets pour garder l’habitude du dessin d’observation, et des traces en dessins et en mots des situations qui me font rire. J’aimerais faire quelque chose de tout ça mais pour l’instant je n’ai pas encore trouvé quoi et comment.

QdC– Quels sont les artistes et mouvements qui t’ont influencée ?

C. R. – Y en a plein ! En vrac, je pense aux peintures/gravures de Vallotton et Bonnard ; aux carnets de dessins d’Hokusaï (ça s’appelle « Manga », c’est pensé comme une méthode de dessin, une encyclopédie de modèles pour appren­tis dessinateurs), de Christophe Blain, d’Emmanuel Guibert, d’Annette Messager ; en BD, aux personnages et dialogues de Riad Sattouf (surtout la vie secrète des jeunes), Claire Brétecher, aux idées bizarres de Ruppert et Mulot. J’aime bien connaître les étapes de travail, avoir les secrets de fabrication d’une image. Je suis toujours très rassurée quand j’apprends la manière laborieuse de dessiner de certains, alors qu’on a toujours l’impression que le trait est sorti tout seul, du premier coup.

QdC– Dans Le C.O.D et le coquelicot, votre univers graphique crée un décalage onirique et insère un humour grinçant avec la réalité sociale et professionnelle d’une école difficile. Peux-tu nous parler de cette articulation entre cette réalité documentaire et vos partis pris artistiques ?

C. R. – Quand on projette le film en festival, on nous demande très souvent pourquoi on a choisi de faire ce film en animation plutôt qu’un documentaire plus classique en prise de vue réelle. Pour nous, c’est une drôle de question puisqu’on ne se l’est jamais posée : on fait des films d’animation, on ne sait pas faire de documentaires classiques en filmant le réel. Fabriquer des images sur du son documentaire nous permet soit d’appuyer le discours, soit d’apporter un déca­lage avec ce que nous dit la voix, soit d’emmener le spectateur ailleurs. L’image peut amener de la légèreté, ou au contraire accentuer une sensation : par exemple, dans le film, la scène de la bagarre (sans voix, juste des images saccadées et de la musique) nous a permis d’aborder la question de la violence des élèves, qu’il nous était difficile d’exprimer autrement. Les scènes abstraites nous aident à créer de la distance et de la poésie alors que la voix des maîtres raconte leurs déboires factuels et quotidiens (elles sont aussi une vraie solution de facilité : c’est plus rapide d’animer des points et des lignes qui dansent que des enfants qui partent en tous sens !). Malgré toutes ces astuces et ces liber­tés que nous permettent l’animation, nous avions besoin, pour ce film, de séquences et d’éléments réalistes. Se servir de photos et de vidéos pour les redécouper, les repeindre, les animer, a été notre moyen de rester connectées à la réalité de ce lieu, des enfants et des adultes. Le risque de l’animation est parfois de rendre plus difficile l’attachement, la projection dans les personnages. On voulait que ce qu’ils racontent ait l’air « vrai » et « d’aujourd’hui », donc il nous fallait un peu de vrai d’aujourd’hui[ : les vêtements des enfants, leur façon de bouger, les visa­ges des instits, la cour de l’école… Les enfants à coupe au bol des livres que nous découpions ne faisaient pas l’affaire.

QdC– Pour finir, quels sont tes projets en cours et futurs ?

C. R. – Dessiner plus (et mieux !), et faire d’autres films.

Propos recueillis par Andrés Monteret, Enseignant, Sud Éducation 75.

Films précédents visibles en intégralité sur Viméo.com : https://vimeo.com/user22841903/videos
Le DVD est aussi disponible dans les bibliothèques et médiathèques. Pour la contacter directement :
roussetcecile chez yahoo.fr

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