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Questions de classe(s)

La pédagogie critique : les écoles doivent encapaciter les élèves afin qu’ils contestent le statu quo

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Dans le texte ci-dessous, Tait Coles, directeur d’une école publique et auteur, effectue une critique des orientations dominantes au Royaume-Uni sur la manière de promouvoir une culture commune. Il oppose à une conception hégémonique et techniciste de l’enseignement, la pédagogie critique conçu comme un projet philosophique, politique et moral d’empowerment et de transformation sociale.

Tait Coles
Directeur adjoint de
Dixons City Academy à Braddford

The Gardians, 25/02/2014.

La pédagogie promue par ED Hirsh, et récemment par Civitas, réduit l’enseignement à n’être qu’un simple modèle de transmission.

La théorie de Hirsch se concentre sur ce qu’il appelle « l’alphabétisation culturelle ». Il fait valoir que tous les élèves ont besoin de « connaissances de base » afin qu’ils puissent devenir des citoyens. Dans un de ses livres, il énumèrent les faits, les phrases et les événements historiques qu’il croit que les jeunes Américains devraient maîtriser, cela comprend également les Pères fondateurs et les monts Adircondacks.

Il croit que si les enfants ne reçoivent pas une alphabétisation culturelle à la maison, l’école doit s’en charger. Il a développé un programme structuré pour transmettre ce qui est maintenant préconisé par un nombre croissant d’écoles et d’Academies au Royaume-Uni. [Academy : des écoles publiques indépendantes]

Mais « l’alphabétisation culturelle » de Hirsch est une conception hégémonique produite pour et par la classe moyenne blanche pour aider à maintenir le statu quo social et économique. Elle ne prend pas en compte les valeurs et les croyances des groupes particuliers du fait de leur race, classe ou sexe. Les jeunes qui rentrent dans le système éducatif et ne se conforment pas à cette vision sont désavantagés en raison de leur race, de leur revenu ou de leurs gènes.

De plus, l’enseignement de « connaissances de base » prescrit inculque une culture générale conformiste et une absorption passive et insipide de connaissances sélectionnées. Elle ne favorise pas chez les étudiants une réflexion critique sur la société – ni ne déclenche un désir de contester ce qui est enseigné. Les écoles qui adoptent ce système ne deviennent que des usines de production de citoyens robotisés, perpétuant l’hégémonie d’une société capitaliste empêchant la mobilité sociale.

Cette stagnation sociale par l’éducation est incarnée par l’afflux récent de « Teach First practicioners ». Cela repose sur l’idée contestable que nous pouvons aider les élèves défavorisés en leur fournissant des étudiants qui sont de jeunes diplômés des institutions d’élite. [ Voir en France, le programme : http://www.teachforfrance.org/ ]

Cette perspective ne prête aucune attention aux origines et à l’identité des étudiants qu’elle entend sauver. Au contraire, elle perpétue les problèmes en essayant d’imposer aux autres groupes les valeurs et les croyances de la classe dominante.

Les enseignants ne peuvent pas ignorer les contextes, la culture, l’histoire et les significations que les élèves apportent avec eux à l’école. Les étudiants de la classe ouvrière et des groupes minoritaires ont besoin d’une éducation qui les prépare à la connaissance de l’identification des problèmes et des conflits dans la société et des compétences nécessaires pour agir avec leurs connaissances afin qu’ils puissent améliorer leur situation actuelle. Il est maintenant temps pour nos écoles d’inciter les étudiants à contester les vérités sociales véhiculées par les médias et l’éducation.

Les écoles doivent développer un engagement pour le courage civique et la responsabilité sociale qui incite les jeunes à se rendre compte qu’ils ont le pouvoir et la possibilité de contester le statu quo. Les chefs d’établissement ont le devoir de promouvoir un enseignement qui encourage les élèves à se poser des questions plutôt que de forcer les enseignants à développer des méthodes béhavioristes basées sur les principes de stimulus/réponse et d’automatisation. Les enseignants doivent éveiller la passion chez leurs élèves et enseigner des connaissances et des compétences nécessaire pour l’entretenir.

Les élèves ont besoin de la liberté et de l’encouragement pour déterminer et découvrir qui ils sont et comprendre que le système ne doit pas les définir, mais plutôt leur donner les compétences, les connaissances et les croyances qui leur permettent de comprendre qu’ils peuvent changer les choses. Les éducateurs doivent être prêts à adopter une pédagogie radicale et à croire que chaque école devrait être un lieu qui incite les élèves à lutter contre les rapports de pouvoir et à lutter pour l’égalité pour eux et pour d’autres.

La pédagogie critique est la seule façon d’y parvenir. Cette philosophie a été décrite par Paulo Freire et a depuis été approfondie par Henry Giroux, Peter McLaren et Roger Simon. La pédagogie critique n’est pas un ensemble normatif de pratiques, c’est un projet moral continu qui permet aux jeunes de développer une prise de conscience sociale de la liberté. Cette pédagogie relie l’apprentissage en classe avec les expériences, les histoires et les ressources que chaque élève apporte à l’école. Elle permet aux élèves de comprendre qu’avec la connaissance vient la puissance : la puissance qui peut permettre aux jeunes de faire quelque chose de différent dans le moment présent et de mettre en œuvre des mesures positives et constructives.

L’éducation a le pouvoir de transformer les inégalités en faisant émerger une génération qui a une méfiance instruite contre toute forme d’endoctrinement. Cette attitude éducative est celle pour laquelle nous devons œuvrer pour donne un but moral à l’éducation.

(traduction, 19/09/16)

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