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Questions de classe(s)

La pédagogie critique face au behavorisme et au constructivisme

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Dans un entretien de 2009, Henry Giroux à partir d’un extrait du film français Les choristes revient sur le débat entre pédagogie behavoriste ou constructiviste. Comment se situe la pédagogie critique par rapport à ce débat ?

[…]

- Bien avant, tout, j’aimerais vous montrer un extrait video du film Les choristes, où le nouveau surveillant du Collège, Clément Mathieu, arrive avec beaucoup d’envies et il se rend compte que la réalité est différente de ce qu’il croyait. Que pensez-vous de cet extrait ?

- Bien, il y a beaucoup de choses à en dire. D’abord, ce film est situé durant l’après-guerre en France et se déroule dans un internat avec des enfants d’âges différents. A partir de là, il s’agit de comprendre que nous sommes face à une pédagogie behavoriste, qui, bien qu’elles ne soient pas encore à leur summum, est l’ancêtre directe de celles qui sont présentes dans les écoles publiques.

Si tu regardes bien, les enseignants qui travaillent là-dedans n’ont qu’une règle : action et réaction. Et cela est terrible. Eux-mêmes s’autorégulent de cette manière et sont en train de faire que leur carrière se traduise par une simple « action et réaction », et cela c’est inconcevable dans une pédagogie critique.

- Henry qu’est-ce que c’est la pédagogie critique dont tu parles ? Et pourquoi c’est aussi terrible qu’ils ne s’appuient que sur cette règle ?

- Les deux réponses sont liées. Ce que je développe moi comme pédagogie critique est une forme d’enseignement qui repose sur deux choses : le rôle de l’enseignant comme intellectuel transformateur et l’élève comme être critique, qui a une ouverture d’esprit tel que il peut entrer dans des questions et trouver ses propres conclusions. Ce que l’on voit dans cette vidéo, c’est absolument le contraire, pire, je ne pense pas que ce soit totalement la faute des professeurs et des directeurs qui dirigent l’établissement, mais cela provient également du modèle que l’on développe, des conditions sociales et culturelles et du contexte historique où cela se déroule. Je pense que dès les années 1970 nous vivons dans un paradigme néolibéral, les choses sont vues comme des marchandises (bien qu’auparavant cette tendance existait aussi). Cependant, les professeurs ne sont pas des acteurs transformateurs. Mais ce sont des personnes qui simplifient les connaissances, qui les lancent (je ne peux pas dire qu’ils les enseignent) et ensuite les évaluent. C’est cela leur tâche. Je ne partage pas du tout cette approche. Si l’on lie les deux réponses : « quel caractère transformateur possède l’action/réaction ? ». Celle de provoquer la peur, celle de conditionner l’élève à ce qu’il obéisse en tout au professeur, et de ne pas suivre des ambitions, des goûts, des visions relativement aux sujets qui comptent pour tous, comme le choix des programmes des élèves.

- Sans doute, il y a beaucoup de vérité dans ce que tu dis, durant tout ce temps, depuis les années 1950, le paradigme de prédilection est le béhavorisme, cependant, il ne faut pas non plus laisser de côté le constructivisme. Qu’est-ce que tu en penses ?

- Il me semble que les constructivisme est un joli rêve, mais qui ne marche pas dans la pratique. En général le constructivisme te ramènes au béhavorisme par manque de temps pour préparer le matériel, pour avoir une manière standard d’évaluer les élèves qui ne crée pas de problèmes, pour pleins d’autres raisons. J’ai fais déjà la comparaison avec l’économie mixte : la plupart du temps, elle temps vers le néolibéralisme. Sans compter qu’aussi bien dans le béhavorisme que dans le constructivisme, l’enseignant n’a pas de rôle politique.

- Comme dernière question sur cet extrait, que penses tu de l’attitude des professeurs dans cette vidéo ?

- Bien, il faut sans doute les différencier. Il faut voir d’un côté le nouveau professeur, qui a beaucoup d’espoirs de pouvoir faire quelque chose de bien avec ces jeunes, qui a des envies et des dispositions, et de l’autre les professeurs qui sont là depuis un moment, qui connaissent les jeunes qui sont là, l’environnement, les pressions de la part des politiques du gouvernement qui ont conditionnés ces professeurs à mener un programme d’études très rigide, qui se réduit enfin de compte à faire en sorte que ces jeunes ne s’entretuent pas, qu’ils se conduisent mieux, qu’ils soient des personnes qui reproduisent la culture de l’époque et qui développent quelques compétences minimales. Il me semble que ces enseignants sont à la fois coupables et victimes du système éducatif qui nous engage à reproduire les cultures, les histoires et les expériences différentes, qui tente de tout standardiser. Et d’un autre côté, ils sont coupables parce que d’une manière ou d’une autre, ils permettent que les choses soient ainsi, peut-être que parfois ils se sont laissés aller et n’ont pas réalisé les rêves qu’ils avaient en eux.

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