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Questions de classe(s)

La jeunesse, on l’aime…

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La journée du 14 juillet 2016 était sous le signe de l’engagement de la jeunesse. Lors du défilé, cinq cents jeunes ont ainsi représenté « la jeunesse » et ont chanté La Marseillaise lors du tableau final. Et les autres ?

La jeunesse, un mot qui fait rêver… un temps spécifique mêlé d’incertitudes et de certitudes, d’indécisions et de décisions, de dépendance et d’indépendance, ce temps indispensable d’expérimentations, d’allers et retours entre les rêves et la réalité.

Mais depuis une trentaine d’années, la société lui confisque petit à petit ce temps de construction en la mettant dans des situations d’inutilité, d’insécurité, de précarité, voire de pauvreté.

Et souvent, surgissent méfiance et rejet… surtout envers les jeunes à l’apparence « quartiers ».

« On sait qu’on est jeune dans leur regard » me confie un jour l’un d’entre eux.

Aujourd’hui, la majorité des jeunes ont un bac ou un titre professionnel. Pour beaucoup, ils rejoignent l’enseignement supérieur et obtiennent leurs diplômes – même si encore 200 000 sortent chaque année du système éducatif sans.

Et pourtant, les entreprises ne les embauchent pas, à part quelques petits stages tout juste rémunérés… si le réseau familial n’est pas là.

« J’ai obtenu un entretien, iI faut que je me vende maintenant » s’exprime un jeune homme dans le RER.

Et quand on a un travail, être toujours disponible, ne pas prendre ses RTT, avoir peur de déplaire, etc.

Une jeune fille, prise comme moi dans les grèves, téléphone à sa patronne, elle la prévient d’un possible retard. Je la vois se décomposer, prête à pleurer en expliquant qu’elle est partie de chez elle depuis deux heures, qu’elle n’y peut rien… Nos regards se croisent, je la réconforte et nous cherchons un itinéraire plus rapide pour rejoindre son lieu de travail.

Seuls les jeunes issus des milieux favorisés financièrement ou culturellement iront dans les bonnes filières : celles qui alimentent les grandes écoles et qui débouchent sur des professions sécurisées et bien rémunérées. Un entre-soi de génération en génération…

Mais pour tous les autres, les situations économiques sont difficiles – même pour les classes moyennes – avec des petits boulots, des petits salaires. Les loyers trop chers... les cantonnent dans la maison familiale après trente ans.

Quant aux jeunes qui vivent dans les cités, discriminés par leur nom, leur adresse… ils entrent dans le chômage de longue durée avant même d’avoir commencé à travailler. Ils ne touchent aucune allocation, ce sont les invisibles du nombre de chômeurs annoncé mensuellement par la ministre du Travail.

Pourtant, Myriam El Khomri défend toujours la Loi qui porte son nom « Nous considérons que notre économie a effectivement besoin de plus de souplesses pour gagner en compétitivité, pour créer de l’activité et de l’emploi durable : il n’y a aucun tabou de notre côté en la matière. » (Le 13 juin 2016 devant les sénateurs).

De l’emploi durable ? Pour qui ? Pour quels emplois ? Pour combien d’heures par semaine ?

Les jeunes des cités seront-ils concernés ? Cette loi empêchera-t-elle certains d’entre eux d’errer en bas des immeubles, de participer aux petits trafics et de compter, si ce n’est dans les statistiques des chômeurs, dans celles de la délinquance ?

Notre société est étonnante ! D’un côté les jeunes n’en finissent pas d’être dépendants et voient reculer l’âge où ils pourront vivre comme des adultes à part entière et de l’autre des parents et des grands-parents veulent rester jeunes et sont prêts à tout pour l’être et le paraître.

Ce qui n’empêche pas ces adultes atteints de « jeunisme » de regarder de travers les jeunes qu’ils croisent et de critiquer sans complexe leurs comportements et attitudes.

Mais ces personnes sont-elles conscientes des leurs ?

Quand elles consultent sans cesse leur smartphone et dans n’importe quel espace – nos élus dans l’hémicycle ne s’en privent pas –, quand coupées du monde humain qu’elles ne regardent plus, elles écoutent leur baladeur numérique. Ces personnes oublient les « bonnes manières » du vivre ensemble avec les sonneries de portable retentissantes, les discussions fortes et prolongées, l’indifférence aux personnes croisées…

Toujours dans le RER, deux jeunes filles éclatent de rire. Un homme d’âge mûr s’adresse à elles en leur demandant d’être moins bruyantes… Décontenancées, elles se regardent. Je m’adresse à l’homme en lui disant que je préférais nettement cette joie exprimée au son de son portable qui avait retenti quelques minutes avant…

Heureusement, tous les voyageurs ne sont pas ainsi.

Rendre un sourire, laisser sa place assise à une personne qui en a besoin, ouvrir une porte, expliquer un itinéraire, donner un conseil, échanger quelques mots, souhaiter une bonne journée… sont des gestes partagés par beaucoup de personnes jeunes et moins jeunes !

Et quant aux adultes confirmés – élus, politiques, directeurs, etc. – ils sont convaincus qu’ils « savent », pensent » et « réfléchissent », eux !

« La France est singulière par son histoire, par sa culture, mais elle l’est aussi par sa démographie. L’Europe vieillit à une exception près : la France. La France connaît une vitalité ; la jeunesse de France est nombreuse. » François Hollande, « Vœux à la jeunesse », 12 janvier 2016.

Mais la jeunesse est peu présente à l’Assemblée.

Au Palais-Bourbon, les jeunes ne sont pas représentés à la hauteur de leurs poids dans la société : 0,35 % de députés ont moins de 30 ans quand les 20-30 ans représentent 12,4 % de la population.

Ces adultes qualifiés sont en train de confisquer aux jeunes leur place dans la société et sur la planète en détruisant le tissu économique, les acquis sociaux et l’environnement naturel. Ils pensent sans doute pouvoir encore assurer une place à leurs propres enfants.

Ils se conjuguent au futur proche, carrières professionnelle et politique obligent, tant pis pour leurs petits-enfants !

En cette fin de quinquennat, petit retour sur les promesses de François Hollande sur la jeunesse.

« Je demande à être jugé sur deux engagements majeurs : la justice et la jeunesse. Chacun de mes choix, de mes décisions se fondera sur ces seuls critères : est-ce juste et est-ce vraiment pour la jeunesse ? Et, quand au terme de mon mandat, je regarderai à mon tour ce que j’aurai fait pour mon pays, je me poserai ces seules questions : est-ce que j’ai fait avancer la cause de l’égalité et est-ce que j’ai permis à la nouvelle génération de prendre toute sa place au sein de la République ? » (Le 6 mai 2012 à Tulle)

Comme lors de son intervention télévisée le 14 juillet 2016, François Hollande n’hésitera sans doute pas à dire : « J’ai tenu tous mes engagements ».

Les Français jugeront en 2017.

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