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Questions de classe(s)

La Fabrique de la Personne : concevoir autrement la notion de Sujet

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Les KroniKs sont publiées !

A quoi sert, nous dit-on, que vous vous enfermiez avec vos publics dans leurs ghettos et leurs cages ? A quoi servez vous vos bénéficiaires, à les rejoindre dans leurs prisons, au lieu de les en faire sortir ? Quel obscur plaisir trouvez-vous en leur compagnie plutôt que de leur faire découvrir autre chose ? Ignorez vous que leur plus fort désir serait au contraire que vous les aidiez vers la mobilité et plus de normalité ?

On sert ce type de questionnement et encore à ceux qui ont pris sur eux de travailler hors les murs, hors institution et en pédagogie sociale. On leur pardonnerait (au mieux) qu’ils se contentent d’aller rechercher les familles et les enfants les plus précaires, mais uniquement au motif de les ramener dans le droit chemin, les bons parcours les bonnes institutions.

Pour ces publics, comme pour tout le monde, il n’y aurait point de salut hors l’école, hors l’emploi et le logement classiques. Imaginer le contraire ce serait les abuser , leur faire du tort.

Quelle étrange inversion que celle qui présente la situation de relégation, de marginalisation et d’exclusion de franges de plus en plus importantes de la population comme des simples anomalies sans rationalité. Il n’y aurait aucune cause, sinon des accidents de vie à la production de la marge.

Et les gens qui seraient « dehors », en situation de privation de droits, « de non recours », comme on dit, n’y seraient pas pour des raisons rationnelles, liées au fonctionnement devenu fou de nos institutions, mais du fait de leur propre irrationalité : assistanat,archaïsme culturel,barbarie de leurs croyances, leur propre propension à l’enfermement.

Ainsi on renverse la charge de la culpabilité sur les victimes , ce qui est un phénomène dorénavant bien banal. Celui qui est exclu scolaire est « décrocheur » , celui qui est abandonné est « assisté », celui qui est exclu de tout est « profiteur ».

Et des victimes aux alliés, la même accusation se porte sur les acteurs engagés auprès de ces groupes.

Tout cela est bien connu, mais ce qui est nouveau c’est d’accuser de connivence , de complaisance, les seuls professionnels, les seuls acteurs sociaux qui agissent face aux impuissances su système actuel.

On accuse ainsi de complicité ceux qui ont justement fait l’effort d’abandonner le confort des institutions, des postures professionnelles, de l’autorité restaurée à coups de règlements, d’exclusion et de Vigipirates.

On incrimine ceux qui prennent le choix et le risque d’abandonner les repères, de réinventer quelque chose de neuf, et de ne pas se contenter de réparer ce qui ne fonctionne plus.

En Pédagogie sociale, nous ne nous figurons pas que les groupes, les personnes et les familles qui tentent de construire de nouvelles économies, de nouveaux modes d’habitation, d’éducation soient sans rationalité. Et nous n’accuserons pas ces personnes d’être des sujets insuffisants, des individus sous-réalisés.

Si les écoles, les musées se vident, si l’emploi se fait rare, ce n’est pas sans raison. Quand bien même on mettra à l’abri le sans abri, et à l’école, le décrocheur, si on restaure l’AME de celui qui semble avoir renoncé à ses droits, cela ne nous aidera nullement à comprendre ce qui produit chaque jour encore plus d’exclusion.

Nous ne pouvons prendre comme norme ce qui a conduit à la situation actuelle.

Nous n’estimons pas que ce serait faire insulte ou dénier les compétences d’un sujet, que d’accepter de voir que la situation dans laquelle il est déjà engagé est souvent moins un problème social, que le début d’une solution.

Oui il s’agit bien de reconnaître la dimension socialement créative, des personnes ou des groupes, concernés. Sur ce point là, nous ne rentrons pas dans la rhétorique classique « du sujet », qu’a le Travail social.

Pour nous, la notion de Sujet n’est pas caractérisée par des compétences à reconnaître ou à acquérir. Il ne s’agit pas de développer la mobilité ou l’employabilité. Les personnes ne sont simplement des sujets à « activer » , à « motiver », soigner ou à contraindre.

Être vraiment sujet ce n’est sûrement pas s’adapter ou se mouvoir « par soi même » sur un chemin déjà tracé. Être vraiment sujet , c’est pouvoir explorer dans sa marginalité quelques pistes pour nous tous.

En Pédagogie sociale, nous affirmons la valeur des personnes dans ce qu’elles produisent ici et maintenant, dans la marge ou la friche. Nous reconnaissons les nouvelles convivialités qui s’inventent ; les nouveaux modes économiques qui se cherchent. Et nous affirmons la valeur de tout ce travail social de tous les jours, non reconnu, nécessaire et dévalorisé : porter, soutenir, nourrir, assister , cultiver et produire ses propres savoirs, créer du commun, chercher des solutions communautaires.

Le Travail social porté sur l’individu est une impasse !

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