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Questions de classe(s)

LE NOUVEAU BLANQUER EST ARRIVE !

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Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’éducation, veut « secouer le monde scolaire ». Il décrit ses intentions dans le journal « l’OBS » daté du 24 août 2017 dont le titre évocateur « Ecole le grand ménage » donne le ton.

Le « monde scolaire » est bien constitué de « personnes » qui ne savent plus à qui obéir et à quoi se soumettre… alors il arrive bien, le nouveau ministre, avec sa volonté de remettre de l’ordre dans cette école qui souffre, selon lui, de « fragilité pédagogique » et de « fragilité sociale » !
Aujourd’hui, le « monde scolaire » ne peut plus être considéré de façon isolée. D’une part, l’école n’est plus la seule détentrice des savoirs, d’autre part les enseignants font partie d’une « communauté éducative » constituée des parents, des animateurs, du personnel communal, des élus…

De plus en plus, l’école privée se nourrit de la pression des parents pour un développement harmonieux de leurs enfants et le respect de ce qu’ils sont.

Il est vrai que les enquêtes internationales mettent au jour les dysfonctionnements de notre système éducatif public et un écart grandissant entre les catégories sociales, quant à la réussite scolaire des jeunes.

Dans les quartiers populaires, plus qu’ailleurs, la violence y sévit sous toutes ses formes : violence psychologique, violence physique, violence verbale, violence éducative, violence institutionnelle… Non seulement ce sont les enfants qui subissent l’échec scolaire et la violence, mais leurs besoins de mouvement, d’expérimentation, de repos, de temps long, d’échanges…ne sont pas respectés.

Ignorant la réalité des différents territoires et le vécu des usagers, le ministre, dès son arrivée, détricote la réforme des rythmes scolaires que les communes, les parents, les enseignants tentaient de mettre en place. Il dédouble les classes de CP et ponctionne ainsi le nombre d’enseignants sur le dispositif plus de maîtres que de classes. Combien sont-ils formés à l’apprentissage de la lecture ? Il supprime les contrats aidés sur lesquels reposaient les ajustements en matière de sécurité, de surveillance, d’animation durant le temps scolaire et périscolaire.

Enfin il s’attaque aux méthodes d’apprentissage dont « les plus efficaces en matière de lecture, d’écriture et de calcul » seront mises en avant. Concernant la lecture, le ministre affirme : « on s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur la pédagogie explicite, de type syllabique ». On appréciera le petit mot de liaison « donc »… Et pour convaincre les plus réticents, il enfonce le clou sur la méthode globale, responsable de tous les maux. Sauf que la méthode globale a toujours été très minoritaire et est interdite depuis 2005 !
La méthode mixte qui combine la syllabique et la mémorisation de quelques petits mots : et, mais, avec, sans… serait encore à l’origine des troubles « dys » par l’intrusion de la méthode dite globale.
C’est pourquoi Jean-Michel Blanquer veut imposer LA méthode jugée par les neurosciences comme la plus efficace : la méthode syllabique. S’appuyant sur les résultats d’un chercheur en sciences cognitives, Stanislas Dehaene, le ministre semble persuadé d’obtenir des résultats spectaculaires, oubliant que depuis des décennies c’est principalement cette méthode de déchiffrage qui est adoptée dans presque toutes les classes de cours préparatoire, avec les résultats que l’on connait ! Des élèves bons déchiffreurs qui ne comprennent pas le sens des textes et une dysorthographie massive.

Porté par les idées du think tank Institut Montaigne et fasciné par les neurosciences, Jean-Michel Blanquer renforce le système déjà bien rôdé : la recherche s’effectue en laboratoire par quelques experts, tandis que les enseignants sur le terrain n’ont plus qu’à s’exécuter. Loin de la posture d’enseignant-chercheur qu’un ministre pourrait stimuler à travers la formation initiale et continue, en accordant plus d’autonomie et de confiance au corps enseignant.

Mais ce n’est pas tout ! Quand le ministre se projette dans le futur, il envisage de « tenir compte des avancées technologiques ». Le numérique serait-il le seul enjeu pour les générations à venir ? Ne faudrait-il pas se préoccuper de ce qui est déjà là, et menace notre humanité ? La nourriture, les transports, la consommation, les événements climatiques…sont des sujets de la vie quotidienne qui donnent matière à réfléchir aux impacts sur le réchauffement du climat.

L’objectif principal de l’Education aujourd’hui n’est plus d’« alphabétiser » la jeunesse, mais de lui donner les outils pour s’orienter dans un nouveau monde économique et social et pour devenir des acteurs éclairés face aux enjeux écologiques, des citoyens responsables et solidaires, par une éducation à la fois scolaire, sociale et relationnelle. Dans ce cas, le lire, écrire, compter n’est plus un objectif en soi, mais un moyen.

Les mesures prises en urgence dès l’arrivée du nouveau ministre ne permettent pas de discerner cet objectif et laissent les enseignants, les parents, les élus… sans orientation clairement définie. C’est pourtant ce qu’on attend d’un ministre. Par contre les enseignants ont reçu la recommandation d’en-chanter la rentrée des classes !

Martine Plisson
10 septembre 2017

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