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Questions de classe(s)

Kroniks Robinson : Douleur politique

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Publié le 5 décembre 2015 par intermedes

La véritable précarité, la véritable souffrance sociale, ce n’est pas quand on manque ; ce n’est pas quand on a peu. Ce n’est même pas quand on est privés ou même isolés. Celle qui littéralement rend fou, disqualifie, embourbe est d’une autre nature. Elle réside dans un double mouvement complémentaire ; le premier nous enjoint de tout contrôler, de contrôler nos existences, de contrôler nous mêmes et ce qui arrive. Le second nous dépossède de tout moyen pour y parvenir.

Ce double mouvement d’obligation de contrôle sur ce qu’on nous a enlevé ; d’injonction d’exercer un contrôle alors qu’on est privés de tout pouvoir, envahit l’ensemble de la vie personnelle, sociale et publique de ceux qui dès lors deviennent des précaires.

Le chômeur n’est il pas tenu responsable d’une employabilité qui lui a fait défaut et dont il est manifestement privé ?

Le pauvre n’est il pas contraint de tenir un budget impossible s’exposant à la critique, au rejet et au risque d’exclusions au premier choix budgétaire qu’il fera ?

De même, l’irruption, puis l’évolution de la parentalité depuis la fin du XXème siècle consiste en ceci qu’une pressions de plus en plus forte, voire coercitive s’amasse au dessus des parents pour contrôler des enfants qui de plus en plus leur échappent.

Allons plus loin et regardons comment le travailleur social lui même est pris dans la même toile et tenu par la même chaîne. N’est il pas lui aussi devenu comptable du tout de son activité ? N’est-il pas censé la contrôler par le projet, par l’évaluation, par des contrats et des objectifs ? Et au même moment que voyons nous du point de vue de son pouvoir d’agir ? Où sont ses moyens ? Où est sa liberté qui lui permettrait d’exercer une telle maîtrise ? On la lui retire. Et c’est ce double mouvement qui cause son désarroi et sa souffrance institutionnelle et professionnelle.

Tous les espaces de la vie vérifient malheureusement cette double contrainte. Le consommateur avisé, « le consomm’acteur » tant à la mode n’est-il pas exhorté à contrôler ce qui’l mange, ce qu’il consomme, ce qu’il absorbe ? Et ce phénomène que nous vivons et qui tend à devenir une norme, chacun se définissant et s’éloignant des autres, par ses choix alimentaires n’ a t il pas trouvé sa source dans l’exclusion de tout moyen de produire, par soi même, sa propre alimentation ?

Au fur et à mesure que le consommateur perd le contrôle, le pouvoir de produire ce qu’il consomme et même et surtout le pouvoir de peser sur l’économie qui l’environne, le voici sommé de se porter responsable et gestionnaire de ce qui lui échappe.

La souffrance politique, la douleur sociale résident dans une impuissance non reconnue, non assumée ; celle dont on ne peut pas se plaindre puisqu’on en serait « responsables ». Il ne faut pas s’étonner dès lors que ce pouvoir d’agir qui nous a été retirés ne nous revienne sous forme de désir de détruire ce qui n’a pas de solution.

Nous ne pouvons pas être le Tout de nos vies ; nous ne pouvons pas tout contrôler. Le social commence toujours par une dépendance acceptée, nécessaire et heureuse. L’injonction à l’entrepreneuriat de nous même qui we termine toujours par cette « responsabilisation » vise toujours à nous renfermer et à nous faire perdre tout contrôle véritable, non pas sur nos vies, mais seul le Social, le politique, l’institution.

En Pédagogie sociale, on explore une autre voie qui passe par l’interdépendance et la conquête non pas du contrôle , mais de la puissance sur ce qui nous entoure. C’est la voix du terrain, la reconquête du pouvoir de produire du social.

Jusqu’ici on a tenu la souffrance générée par ce processus de double contrainte (commandement au contrôle, privation de tout pouvoir) pour négligeable. Aujourd’hui elle est en passe de tout envahir et détruire. Qu’il y ait ou non un pilote pour appuyer sur le frein, le train s’arrêtera quand même, mais il y aura du dégât.

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