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Questions de classe(s)

Homer Lane and The Little Commonwealth

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Nous avons choisi de publier un extrait d’un livre non traduit en Français d’une éducatrice qui a travaillé avec Homer Lane.
Homer Lane fait partie des pionniers des Républiques d’enfants. Comme Janusz korczak, il est aussi le promoteur d’une philosophie de l’éducation qui fait la plus grande place à la liberté, à l’initiative et à l’autonomie de l’enfant. L’œuvre d’Homer Lane, très peu connue est le Little Commonwealth, une maison de redressement pour jeunes délinquants pas comme les autres dans laquelle jeunes et vieux, garçons et filles s’auto-gouvernent en instituant de vrais règles démocratiques. Homer Lane est un psychologue et un pédagogue original qui utilise son art relationnel à défaire les liens qui aliènent l’adolescent à lui-même et aux autres. Sans jamais se prendre aux sérieux, il se montre faillible, toujours prêt à perdre son autorité lorsque l’adolescent lui lance un défi. Son travail passe par la reconnaissance de la négativité de l’adolescent en tant que système de défense et par la confrontation avec une autre loi, médiatisée que celle qu’il a intériorisé en tant que délinquant. Il ne s’agit pas de rééduquer l’adolescent, de lui imposer sa vision du monde mais de l’amener à convertir ses tendances antisociales et son pouvoir de destructivité à d’autres fins.

Romuald Avet, auteur avec Michèle Mialet de Éducation et démocratie. L’expérience des républiques d’enfants, CHamps social, 2012, 164 p.

Homer Lane and The Little Commonwealth , E. T. Bazeley, M. A., London George Allen & Unwin LTD, Museum Street (original from University of California), First published in 1928.

Chapitre II (p.55 à 64 de l’édition originale)

Les forces éducatives dans le Little Commonwealth [1]
Relation entre les citoyens de la république et les éducateurs. La famille.

On observera, suite au chapitre précédent, que le regroupement aléatoire de garçons et de filles à Flowers Farm s’est transformé en une communauté grâce à la nécessité de devoir réfléchir et décider ensemble de façon constructive. La décision à laquelle MR. Lane les confronta brutalement fut de toute évidence très importante et de nature à modifier non seulement leur vie personnelle mais aussi les vies de tous les autres garçons et filles qui allaient venir vivre dans la nouvelle maison une fois construite. C’est ce qui donna naissance à un esprit collectif d’une vitalité exceptionnelle, et qui s’exprima bien davantage en contributions positives qu’en interdictions. L’édification de la communauté devint l’objectif principal vers lequel se dirigeaient les forces vitales et la réflexion des garçons et des filles, les problèmes de comportement se réduisant à leur juste proportion à l’intérieur d’un tout bien plus vaste.

Mes expériences postérieures m’ont démontré que ce qui est déterminant dans la constitution et le développement d’une république d’enfants autogérée, c’était de leur offrir l’occasion de penser et d’agir ensemble.

Par exemple, si vous donnez comme mission à un groupe de jeunes ouvriers d’usine de gouverner eux-mêmes la salle des jeux et la cantine en leur disant qu’il faut que l’un d’eux régule les désordres, alors il est probable que les jalousies internes feront encore davantage exploser le groupe. Par contre, si vous leur donnez l’occasion de créer ensemble un événement collectif dans lequel le bien-être et le plaisir de leurs invités, mères et petits frères, dépendent de leur coopération, alors tout le monde va collaborer de la façon la plus altruiste et avancera ensemble à partir de ce moment-là.
Un autre élément primordial dans le développement de l’autogestion à Flowers Farm était que MR. Lane était l’un des membres du petit groupe de garçons et filles ; il n’était pas là en tant qu’autorité, mais comme un membre à part entière.

Tous mangeaient à la même table, faisaient le même travail, s’asseyaient devant le même âtre, riaient des mêmes choses, et échangeaient leurs opinions.

Les avis de l’adulte tuteur dans le Commonwealth étaient aussi respectés que ceux des garçons et filles. Ils étaient respectés, non en tant qu’expression de l’autorité en soi, mais en tant que point de vue de quelqu’un qui avait davantage d’expérience ou de connaissances, ou d’habileté que le reste de la communauté. De temps à autre, lorsque la communauté réfléchissait à une difficulté particulière, Kenneth, le garçon assurant la présidence, s’exprimant avec la lenteur et la concentration attendues lorsqu’un égal s’adresse à un autre égal, disait : « Que pense MR. Lane de ce problème ? » ou (plus rarement) : « Qu’en pense Miss Bazeley  [2] ? » L’inspecteur en chef des maisons de redressement, feu MR. Charles Russell [3], déclara que le comportement de nos garçons et filles était comparable à celui de jeunes étudiants. Je pense que c’est dans les relations entre les garçons et filles, et les éducateurs et visiteurs que nous nous sommes le plus approchés de l’esprit que l’on trouve dans les universités ; c’était le genre de chose que l’on rencontre lorsque les relations sont optimales entre juniors et seniors se retrouvant ensemble. Le prestige de l’adulte n’était pas celui d’un membre du personnel, ni celui d’un membre d’une commission, ni celui d’un membre de la Chambre des Lords, mais c’était le prestige immense d’un homme doté d’une grande compréhension et compétence au sein d’un groupe de jeunes gens intelligents et sensibles. Le prestige d’un maître bâtisseur sans prétention parmi des apprentis enthousiastes. Le Lord Sandwich3 qui prit une brouette et fit le tour du domaine en ramassant toutes les vieilles boites de conserve qu’il put trouver, n’avait plus rien à voir avec le Lord Sandwich qui lors de son arrivée fut interpellé en termes de « Monseigneur » par un citoyen échauffé qui avait un vague souvenir de son missel. Longtemps après, un pauvre garçon de bonne famille qui n’avait pas nettoyé son étage, expliqua pendant la réunion du conseil qu’il était de naissance noble, et n’avait pas besoin de travailler ; on lui rappela fermement que Lord Sandwich travaillait et que lui aussi était noble.
Malgré toute l’expérience que j’ai acquise par la suite dans les conseils, je n’ai jamais ressenti autant de respect pour mes opinions que quand j’étais sollicitée par un président de séance concentré et raisonnable.

Les garçons et les filles n’étaient pas obligés de se débrouiller seuls et comme ils pouvaient face aux difficultés collectives. Toute la responsabilité ne pesait pas entièrement sur les citoyens ; les éducateurs adultes ne menaient pas une vie séparée pendant que les garçons et filles s’occupaient de leurs propres affaires. Nous étions tous des citoyens, partageant tous les mêmes responsabilités, les risques, les hauts et les bas. Si des citoyens s’échappaient et devaient être ramenés en train et de villes éloignées, les amendes étaient payées par tout le monde, les adultes payant en pièces d’argent et les autres en monnaie d’aluminium. Si une « famille » traversait une mauvaise passe et qu’il n’y avait rien dans la maison, on faisait sans jusqu’à ce qu’un arrangement soit trouvé. Si une limitation stricte des dépenses ménagères était nécessaire pour adapter la contribution hebdomadaire des membres les moins efficaces de la « famille », tous sans exception vivaient pendant une période de pain, d’oignons et de thé. De temps en temps, une « famille » devait choisir entre payer une personne en extra pour aider la « mère » de la maison à améliorer le fonctionnement de la maison ou bien dépenser cet argent en margarine et sirop pour mettre sur le pain pendant une semaine. Parfois le choix penchait d’un côté, parfois de l’autre. Une « famille » fonctionnait normalement et était prospère quand les gains garantissaient un nombre suffisant de filles pour le ménage et en même temps de la viande le dimanche, du fromage, du gâteau de maïs, des haricots, des petits pois, des légumes du jardin en quantité et du cacao et du thé durant toute la semaine.

La « famille ».

La famille était l’une des forces les plus puissantes de la république des enfants. La famille vous construisait ; vos échecs pouvaient la détruire. A son arrivée, un citoyen était adopté dans la famille où il y avait une place libre. La plupart du temps, il y avait deux familles appelées Bramble et Veronica. (…)
Environ 18 garçons et filles constituaient une famille, avec une « mère » de maison et 1 ou 2 éducateurs tuteurs. A un bout de la maison se trouvait l’escalier menant à l’étage des garçons, de l’autre côté l’escalier qui menait chez les filles. Ni les filles ni les garçons n’allaient ailleurs que chez eux. Les garçons devaient frotter leur propre sol et entretenir leurs chambres et salles de bain et faire leurs lits. En bas se trouvaient la salle à manger commune, le salon, et une ou deux pièces pour les adultes, en plus de la cuisine et du cellier, etc.

Coexistaient donc au sein de la petite république deux groupes de colocataires qui vivant ensemble se faisaient confiance, connaissaient les points forts et les points faibles des uns et des autres et se connaissaient suffisamment pour agir et parler en toute liberté et spontanément. Je crois que la vitalité de la vie collective et des opinions librement exprimées, et son esprit authentiquement démocratique, étaient largement dus à la coexistence à l’intérieur de la petite république de ces deux cercles d’habitants d’âge, de tempéraments, et de ressources intellectuelles très différents, qui avaient l’habitude d’échanger leurs points de vue librement autour de la table familiale ou au coin du feu. Mais ce dont nous avions besoin en 1916 ce n’était pas seulement 2 familles mais l’autorisation d’en créer 4 ou 5.

Lorsque j’arrivai pour la première fois au Commonwealth, je fus étonnée de la franchise des discours lors des réunions collectives. Personne n’avait peur d’être lui-même, ni de se dénoncer. Vous pouviez critiquer quelqu’un de la manière la plus directe et la plus précise, ou bien dire ou faire quelque chose d’extrêmement gentil pour quelqu’un d’autre. Dans d’autres institutions du même type, on trouve souvent que la manière de gouverner tend vers l’immobilisme et l’affadissement parce qu’elle n’est pas soutenue, ni ne s’exprime par le biais d’une opinion collective claire et sensible. Mais au Commonwealth, l’opinion collective était rapide, vigoureuse et sensible. Il était intéressant d’observer que parfois l’opinion du groupe, c’est-à-dire l’esprit de la communauté, était en avance par rapport à l’opinion d’individus importants, et que parfois elle était plutôt à la traine par rapport aux intuitions d’un garçon ou d’une fille particulièrement réfléchis.

La vitalité de l’esprit de groupe était due à la particularité des familles où rien ne rappelait la famille patriarcale et autoritaire du monde extérieur. Trop souvent, dans le monde extérieur, la famille est davantage une faiblesse qu’une force pour la société. Les aînés dominent les plus jeunes ; ils veulent assister complètement les jeunes dont ils ont la charge, et pire encore, tenter de garder tous les jeunes membres en sécurité au sein du cercle familial, si bien que la vie idéale avec et pour une génération consiste à se sacrifier pour l’un des membres de la famille.
Mais la famille du Commonwealth était coopérative et non patriarcale. Plus tard, quand MR. Lane fut questionné par le ministère alors qu’il voulait rendre compte de manière informelle de la vie simple et agréable du citoyen au sein de sa famille, Margaret, la plus franche et la plus douée de nos « mères de maison », commenta ainsi le point de vue des autorités : « Je ne peux pas les comprendre, Miss Bazeley ; on dirait qu’ils ne savent pas ce qu’a fait Papa ; ils n’ont pas l’air de savoir que les hommes et les femmes sont pareils. On dirait qu’ils n’ont jamais vécu dans une famille. »

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