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Questions de classe(s)

Gaza ouvre ses portes à la classe inversée

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Les étudiants du département français de l’université Al Aqsa, à Gaza, se destinent au métier de professeur de FLE. En quatrième année, ils doivent contacter des professeurs d’autres pays afin d’organiser des rencontres en facecam. C’est ainsi que Sarah Abunada contacte Jean-Marie Le Jeune via Tweeter afin d’échanger sur la classe inversée. Voici son témoignage.

C’est le hasard qui m’a amenée à ce point. Je me présente, je m’appelle Sarah Abunada, étudiante en français en troisième année à l’université Al Aqsa, en Palestine. Je ne me rappelle plus vraiment pour quelle raison j’ai choisi la langue française, mais c’était la seule porte devant moi, puisqu’il n’y a que le chômage à Gaza, cette prison à ciel ouvert qui ne m’apporte que l’incertitude, l’isolement et la dépression. Je réunis mes forces chaque matin pour ne pas me laisser noyer par une telle réalité, une réalité où les professeurs de l’université ainsi que tous les employés de la bande de Gaza touchent en moyenne 25 Nouveaux Shekel Israélien, ce qui égale à 5€ par mois. Depuis mars 2017, les salaires ont baissé de 40% à 60%, et cela continue avec le mouvement de la retraite obligatoire pour tous ceux qui ont plus de 45 ans et qui ont travaillé plus de 15 ans dans le secteur public. Cette réalité est bien noire. Et la seule façon de se battre contre l’inégalité et l’injustice est de se lever le matin, et d’avancer, sans savoir où on va, en espérant qu’une porte s’ouvre.

Me voilà assise devant mon écran, à raconter mon témoignage personnel ainsi que mes six camarades qui étudient la langue française et les pédagogies d’enseignement. Donc, c’est dans le cadre d’un module qui s’appelle "stratégie d’enseignement" que nos enseignants nous ont invités à collaborer avec des professeurs de français par Skype afin de dépasser les problèmes créés par le blocus et le manque de ressources humaines internationales. Alors, j’ai commencé à chercher sur Facebook et Tweeter des professeurs et un jour je suis tombée sur le compte Tweeter de Jean-Marie Le Jeune ; un professeur de français, qui partage mon enthousiasme. Je l’ai invité à faire ce type d’échange avec nous, futurs professeurs de FLE, pour nous expliquer d’avantage ce qu’est la Classe Inversée, cette approche révolutionnaire, qui m’a donné l’impression qu’elle est exactement la chose dont on a besoin.

Le lundi 17 avril, c’était la date prévue pour l’échange. Nous avons commencé par nous présenter, puis j’ai mené l’interview en posant différentes questions sur le concept de la classe inversée, les capsules vidéo, l’utilisation du numérique, ainsi que les obstacles qui empêchent les professeurs de s’impliquer dans cette nouvelle approche, et surtout comment faire des vidéos sketches qui servent à attirer l’attention des apprenants, avec l’implication de l’humour pendant le cours. Nous avons parlé aussi du personnage de Superlatifman et du voyage de Jean-Marie en Turquie.

À la réflexion sur ce sujet, je pense que la classe inversée est une opportunité qu’on pourrait appliquer en Palestine, car elle représente une inversion des rôles entre professeurs et étudiants, une approche qui pourrait régler le problème de passivité et d’inactivité des élèves. Nous avons été ravis de cet échange, et je crois qu’un jour nous pourrons appliquer cette méthode, qui changerait le système traditionnel d’enseignement en Palestine, basé seulement sur la mémorisation des conjugaisons des verbes, qui produit une génération enfermée scolairement, sans opinion, et qui ne peut pas s’exprimer correctement en français ou dans n’importe quelle autre langue étrangère.

En ce qui me concerne, j’imagine qu’avec mes connaissances en montage, je pourrais facilement produire des capsules vidéo, ce qui m’aiderait quand je serai professeure de FLE. Bref, peut-être que je ne savais pas pour quelle raison j’ai choisi le français, mais ça ne m’empêchera jamais de continuer dans ce domaine. "Si vous n’êtes pas prêt pour changer, personne ne pourra vous aider, mais si vous êtes déterminé, personne ne pourra vous empêcher" ; et je suis tellement déterminée par cette nouvelle expérience avec la classe inversée, car elle me donne une sorte de mode de vie dans le domaine de l’enseignement.

Pour terminer, je crois que l’expérience d’apprendre ainsi que d’enseigner une langue étrangère aide aux défis de notre ère : se connecter avec le monde et ouvrir des portes sur ses diverses cultures.

Sarah Abunada

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