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Questions de classe(s)

Gatti est mort. A la Parole Errante ses mots résonnent encore !

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Ce dimanche, le collectif Q2C a une pensé émue pour Dante Sauveur Gatti dit Armand, mort ce jeudi 6 avril.
Nous tenons une table au Salon du Livre antifasciste qui a déposé ses tréteaux à la Parole Errante, le lieu qu’il a créé et animé depuis des décennies, dans les anciens ateliers de Georges Méliès à Montreuil.
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Il ne s’agit pas seulement aujourd’hui de remercier de façon posthume Gatti pour sa générosité, jamais démentie, mais surtout de saluer un camarade engagé politiquement, artistiquement et socialement dans une entreprise d’émancipation collective de la créativité et de la conscience que nous partageons. Nous voulons nous souvenir de son accueil et de son intérêt sincère pour la démarche de la revue de N’autre école. Alors que nous n’étions encore que le comité de rédaction de la revue de la CNT-FTE, Gatti nous avait invité à rencontrer Jacques Rancière dans ses murs et nous avait fait la proposition de tenir, à la Parole Errante, des réunions régulières.

Beaucoup célèbrent à raison le dramaturge, le poète et le créateur d’un théâtre engagé et agitateur1. "Le théâtre est une mensonge qui dit la vérité !" Cette citation attribuée à Jean Cocteau, Dante ou Armand aurait pu la faire sienne, tant il avait foi dans la capacité performative de la représentation.

Certains insisteront sur l’originalité de son cinéma, charnière peu commune, en France, entre le documentaire et la fiction. Une articulation qu’il qualifierait de poétique et dont il ne cessa d’user en pratique pour provoquer la passivité du spectateur : pour éveiller les consciences comme dans le film l’Enclos qui en 1961, dans une des premières fictions consacrées au sujet, fait des camps de concentration une allégorie des sociétés industrielles ; pour libérer acteurs et spectateurs de l’aliénation sociale et culturelle en proposant à différents ouvriers des usines Peugeot de se raconter dans Le Lion, sa cage et ses ailes, au travers d’un portrait collectif en perpétuel remontage de 1975 à 1977 ; ou encore, pour révolter en évoquant la guerre d’Espagne dans Le passage de l’Ebre , un téléfilm réalisé pour la télé allemande en 1970.

D’autres, enfin se souviendront d’une personnalité hors norme se revendiquant dans ses pratiques et sa culture, de Bakounine, de Durrutti, de Lao Tseu ou de Saint François d’Assise. Il avait le projet poétique (au sens étymologique) de réunir des pensées sociales et mystiques qui au delà de leurs contradictions idéologiques, ont en commun l’attention portée aux plus faibles, aux exclus, et, la foi dans leur capacité de générer ou d’inventer, dans la révolte et le partage, hors des institutions autoritaires ou des églises établies, de nouvelles formes de vie collective.

L’autogestion de la Parole Errante et son ancrage dans la vie sociale et culturelle de Montreuil étaient (jusqu’alors) le témoignage de la réussite de son pari et de son pragmatisme. Et il faut espérer que sa disparition ne va pas accélérer l’action du conseil général de Seine St Denis qui cherche à récupérer le lieu.
Ce, en dépit de la volonté des usagers et des acteurs de poursuivre l’expérience de lieu culturel ouvert qu’il avait initiée 2.

Était-ce une leçon retenue dans le maquis lorsqu’il était résistant 3 ? Était-ce l’expérience plus intime de l’acteur ressentant la force de l’incarnation au travers de son personnage ? Toujours est-il qu’Armand Gatti accordait en matière d’action sociale et politique, beaucoup d’importance à l’impulsion de l’individu ou d’un petit groupe d’individus. Voyait-il l’agit-prop, l’action culturelle à visée sociale comme une pratique d’avant-garde ? Nous nous hasarderons à dire qu’il admirait des personnalités conscientes de ce que leur vertus et courage devaient à la volonté et la construction collective. Sans tirer la couverture, nous voulons conclure ce bref hommage en redisant que nous partagions avec lui ce qu’il faut bien qualifier de foi dans la pédagogie de l’action collective...

(1) : Armand Gatti commence sa "carrière" de dramaturge en faisant scandale avec Le crapaud buffle, pièce "anarchiste" montée par Jean Vilar en 1959.

(2) : Les locaux de la Parole Errante appartiennent au conseil départemental (CD) de Seine-Saint-Denis. Gatti et sa troupe y sont installés depuis 1997. Le bail se termine toutefois, et non sans lien avec la transformation en cours de la ville : le CD veut récupérer les lieux et faire de cet espace un lieu culturel de plus.
Ces dix dernières années, la Parole Errante a accueilli un grand nombre d’initiatives politiques, sociales et culturelles. Un accueil presque inconditionnel et une grande liberté d’usage y a été possible. À partir de cette histoire, de ces usages et des collectifs qui occupent ce lieu quotidiennement ou régulièrement, nous avons construit le collectif de la parole demain pour imposer des suites à la parole errante qui repartent de l’existant.
Le CD, en réponse, ne cesse de repousser la fin du bail, ou de contourner le problème en lançant notamment un appel d’offres pour la reprise du lieu. Deux projets ont été pré-selectionnés : celui des Jeunesses Musicales de France (JMF) et celui de l’Envol (« centre d’art et de transformation sociale ») d’Arras. L’avis de la Mairie de Montreuil pèse dans cette décision, et la mairie soutient a priori l’installation de ces projets.
Nous voulons que les suites de la Parole Errante continuent de s’inventer à partir de l’existant et de la multiplicité d’initiatives accueillies dans ce lieu, nous exigeons une expérimentation sur 3 ans dans cette perspective. Nous avons besoin d’être nombreux, venez donc ! passez nous voir à la librairie, au Centre Social Autogéré, écrivez-nous, organisez des choses, organisons-nous, nous avons besoin de lieux partagés, ouvert, défendons-les ! Continuons de prendre la parole !
lien : laparoledemain chez gmail.com, //laparoleerrantedemain.org

(3) : Suite à la mort de son père tabassé lors d’une grève d’éboueurs, il part alors en Corrèze, dans le maquis, avec la recommandation du père gramscien d’un de ses amis. En 1943, il est arrêté à Tarnac, emprisonné à Tulle, puis transféré à Bordeaux où il travaille à la construction de la base sous-marine. Transféré à Hambourg, à l’entreprise Lindemann, il s’en évade et rejoint en Corrèze l’un des nombreux maquis dépendant de Georges Guingouin.

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