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Questions de classe(s)

En Stage de formation syndicale avec la commission Pédagogies et l’école Pierre Cot de Bron

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Cet article est initialement paru dans le journal de SUD Education Rhône (Itinéraires SUD n°92 de mars-avril 2015).

Le jeudi 24 avril 2014 la commission Pédagogies de SUD Education Rhône organisait un stage de formation syndicale intitulé « De la recherche-action au syndicalisme d’émancipation : Classes doubles à Bron, une expérience qui questionne notre métier ».

Pourquoi un tel stage ?
Nous souhaitons réinvestir le champ pédagogique, cœur de notre métier tant malmené ces dernières années, en l’articulant au syndicalisme d’émancipation, afin de mettre en cohérence pratiques pédagogiques et pratiques syndicales autogestionnaires et réaffirmer le rôle de l’éducation dans la transformation de la société. Mettre en place d’autres pratiques, d’autres rapports aux autres et aux savoirs dans nos classes permettra l’émergence de futurs citoyens affranchis de l’ordre établi.
Articuler pédagogie et syndicalisme c’est repenser l’organisation de la classe ou plutôt de l’école en fonction du projet politique que l’on porte en recherchant une cohérence entre nos pratiques pédagogiques et syndicales et c’est aussi lutter pour nos conditions de travail.
En effet, la pédagogie peut être une autre façon de peser sur nos conditions de travail. En tant que travailleuses et travailleurs de l’éducation, les choix pédagogiques, qu’ils soient pris à l’échelle des personnes, des établissements, ou de l’institution, déterminent en grande partie notre quotidien. Quelques éléments sur lesquels nous pouvons poser des revendications suffisent à s’en convaincre : rythmes scolaires, nombre d’élèves par classe ou d’éducateurs au sens large par élèves, temps de concertation en équipe, espace disponible et aménagement de celui-ci, matériel disponible, réelle liberté pédagogique conditionnent notre bien-être au travail et les apprentissages de nos élèves. Les personnels doivent se réapproprier leurs lieux de travail, leur temps de travail, les contenus d’enseignement et leur formation.
D’autre part, une manière de lutter contre la souffrance au travail est de recréer du collectif, ce que permet l’engagement dans une organisation syndicale ou / et un mouvement pédagogique. L’articulation entre dimensions individuelle et collective nécessite réflexion.
L’expression de la souffrance au travail et de la volonté de transformer nos pratiques doit-elle se penser dans un cadre individuel (la classe, la personne) ou collectif (l’école ou l’établissement) ? La solitude est un sentiment partagé par beaucoup de collègues et résonne avec la logique libérale d’atomisation des individus, rendant chacunE responsable de son travail, de ses choix et de ses résultats. Si nous revendiquons l’autonomie dans notre métier en tant que professionnel, nous ne pouvons assumer seuls les manquements de l’institution scolaire, de l’Etat et des familles en matière d’éducation. Cela doit nous amener à réfléchir à la manière dont les équipes sur une école ou un établissement se constituent et pouvoir intervenir sur le mouvement des personnels pour que des projets portés par des enseignantEs puissent exister.
Enfin, rêver à une autre école redonnera énergie et espoir pour pouvoir lutter de nouveau, en donnant de nouvelles perspectives aux camarades. Repasser de luttes « contre » à des luttes « pour ». Nous avons trop souvent été amenés à lutter pour conserver, sans grand succès d’ailleurs, certains de nos « acquis », plutôt que de lutter pour la transformation sociale pour laquelle nous militons. Alors que le politique semble ne plus avoir de prises sur l’économie (à dessein …), le syndicalisme n’apparaît plus comme une force pouvant transformer les choses. C’est pour toutes ces raisons que Sud Education Rhône a organisé cette journée de formation.

La journée de stage
Elle a commencé le matin par le visionnage du documentaire « Les deux font la paire » qui a permis d’initier les échanges avec Patrick Magnier et les collègues de l’école Pierre Cot que nous remercions pour leur présence et leur partage d’expérience lors de cette journée de stage. Le débat était animé par Bernard Bouché (Solidaires Rhône). Elle s’est poursuivie l’après-midi au cours de deux ateliers.

Une aventure pédagogique
L’étincelle de départ pour cette aventure pédagogique a été les difficultés rencontrées pour intégrer les TouTEs-PetitEs. Le document d’accompagnement des programmes 2002 pour la maternelle évoquait la mutualisation des espaces. L’idée de réunir deux classes en est née, basée sur un questionnement pédagogique essentiel : Comment répondre aux besoins des élèves ?

Il a fallu du temps pour monter le projet et roder son fonctionnement mais ça a été du temps de gagné pour la suite. Et 62 élèves à 2, c’est plus facile que 31 tout seul ! Le centre académique Michel Delay a accompagné l’action de formation-recherche de son expertise : mise en mots, apports théoriques, balisage du travail de recherche. Les rapports entre le centre, l’école et la circonscription ont été contractualisés, en dehors de l’évaluation classique des enseignantEs par inspection.

Le centre ne réalise plus de tels accompagnements aujourd’hui : il propose des expérimentations que les enseignantEs mettent en œuvre. La question de revendiquer à nouveau des Actions Formation Recherche est donc posée.

Le documentaire « Les deux font la paire », a lui été réalisé lors de la quatrième année de fonctionnement en classe-double. Ce fonctionnement demande une bonne entente pédagogique et de la rigueur sur le temps et l’espace. On doit aussi accepter le regard de l’autre enseignant.

Modalités de travail en classe double
L’action de formation-recherche a permis de réfléchir aux modalités de travail avec les élèves, qui se sont beaucoup inspirées de ce qui se fait en maternelle. Par exemple :
• L’accueil du matin se fait en classe et au rythme de l’arrivée des enfants.
• Le coin regroupement crée du collectif et permet de donner les consignes avant de partir à son travail individuel. Ces départs sont différés : les élèves autonomes partent en premier et font tous les exercices. Ceux qui restent font un exercice collectivement. Les moins autonomes ne font par exemple que le troisième exercice seuls.
• La classe est ritualisée : rythmes frappés, chansons, etc … ponctuent les activités.
• Les espaces ont été démarqués : une entrée marquée symboliquement ; différents coins (jeux d’imitation, de construction, ateliers peinture, graphisme, sciences, ordinateur) ; meuble à tiroir pour ranger ses « secrets » ; …
• Les tiroirs secrets et le sac à dos de la classe (qui contient livres ou jeux de la classe à ramener à la maison) aident les enfants à passer de la famille à la collectivité.
• Lorsqu’un enfant rencontre un échec, on peut l’aider de manière individuelle dès l’après-midi.

Les déplacements des élèves sont organisés selon un sens giratoire. Il n’est pas possible de rester 3 heures assis mais il faut avoir un objectif pour se déplacer. On peut aussi aller aux toilettes quand on veut car les locaux le permettent, mais le problème des bêtises se pose pour les plus grands.

Chaque élève a un bureau avec casier pour ranger ses affaires mais les outils (stylos, etc …) sont collectifs.

Par ailleurs, l’action de formation-recherche a transformé les manières de travailler des enseignantEs et des autres personnels. Le travail à deux a permis d’expérimenter d’autres dispositifs comme le bric à brac. Par exemple, en élémentaire, on fait travailler les élèves sur les nombres de 0 à 99 (écrire, comparer, classer) en prévoyant un ou deux ateliers sur chaque compétence. Les élèves circulent d’un atelier à l’autre en validant un passeport au fur et à mesure.
En maternelle, les ATSEM se sentent valorisées car elles apprennent de nouvelles façons de travailler, reçoivent de nouvelles responsabilités. Lors de la réunion hebdomadaire entre les enseignantEs et les ATSEM, on revient sur les activités, les élèves, on échange des idées, on distribue les rôles. Ce sont bien sûr les enseignantEs qui restent responsables des choix pédagogiques. Il y a eu des frictions avec certaines ATSEM au début car elles ne voulaient pas s’inscrire dans ces modalités de travail. Depuis, les postes d’ATSEM dans les classes doubles sont attribués à des personnes volontaires. Bien que plusieurs adultes travaillent sur la classe (les enseignantEs, ATSEM en maternelle, AVS ou EVS, …), les enfants savent bien identifier le rôle de chaque personne. Les enfants cherchent rapidement des lieux où ils sont seuls face un objet, une tâche. Cependant, l’adulte n’est jamais bien loin. L’autonomie se construit en toute sécurité.
La classe double vue par les parents
Les parents apprécient la complémentarité homme / femme (un maître et une maîtresse) et sentent l’esprit d’équipe. Ils constatent beaucoup de progrès au niveau du langage. Ils ont pu avoir quelques réticences au début à cause de l’effectif mais en réalité les élèves sont plus souvent en petits groupes. Ils parlent d’une « bonne école » et y mettent bien volontiers leurs enfants.

Le ressenti des enseignantEs sur leur travail
La souffrance au travail concerne très souvent des personnes engagées dans leur métier mais empêchées de faire, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ne pas pouvoir dire engendre souvent des problèmes de santé. Prendre en main son travail, retrouvez des marges de manœuvre, d’autonomie redonnent du pouvoir d’agir. Mais il est difficile de le penser en élémentaire : Comment faire ? Revendiquer des enseignantEs supplémentaires pour ne plus se sentir débordéEs ? Pour les enseignantEs en classes-doubles, travailler à deux fait du bien et est une réponse adéquate à ces questionnements.
Cette forme de travail casse la relation duelle enseignantE / élèves. Ceux-ci ne sont plus des invités dans la classe de l’enseignantE mais au contraire se l’approprient mieux. Les enseignantEs ressentent davantage de plaisir, prennent plus facilement du recul, notamment sur les choses qui leur échappent. La coéducation rend possible les retours réflexifs après la tâche avec l’élève. Cependant, cela pose la question du travail en équipe et donc des modalités de son organisation (comment travailler avec quelqu’un ?) et de la constitution des équipes. Dès lors, si on veut pouvoir constituer des équipes travaillant autour d’un projet commun, il faut questionner l’organisation du mouvement des personnels.

En ateliers
Les réflexions ont porté sur les obstacles à la mise en œuvre de dispositifs pédagogiques alternatifs, les possibilités et les revendications en découlant.
Les obstacles sont nombreux et difficiles à surmonter seulE : la méconnaissance des possibles pédagogiques et d’autres modalités de travail (c’est d’ailleurs l’objet et l’intérêt de proposer cette journée de formation autour des classes-doubles) ; l’inertie de la masse ; la surface des salles de classe ; les budgets limités de certaines communes ; le fait que faire classe différemment des collègues déstabilise les élèves et peut questionner sur le regard qu’auront collègues et parents ; le vécu ou de la formation personnelle qui empêche d’oser ; les programmes qui imposent trop de choses et trop tôt.
Des revendications doivent donc porter sur l’aménagement des écoles et le nombre de mètres carrés par élèves, sur les contenus de formation, sur les contenus des programmes, sur la cohérence des équipes.
Au niveau de la formation, il est plus qu’urgent de se la réapproprier. L’organisation de formation sur temps syndical est donc plus que pertinente pour améliorer nos conditions de travail et participer de l’émancipation des travailleurs/euses de l’éducation nationale et de leurs élèves.

Quel bilan ?
Les stagiaires ont apprécié prendre le temps de découvrir d’autres modalités de travail et réfléchir collectivement. Ce fut comme une grande respiration. La demande d’une nouvelle formation syndicale a été unanime, notamment sur la question du travail à plusieurs (voire travailler avec le périscolaire). Comment créer du collectif autour de petites choses ? Le souhait a été émis par une personne qu’il y ait davantage de contenus, apportés par un formateur. La nécessité de réfléchir à ce qu’on nous impose d’inutile s’est aussi posée (par exemple le LPC).
Nous espérons pouvoir poursuivre ces réflexions à SUD Education Rhône et parvenir à organiser d’autres formations avec d’autres écoles ou des mouvements pédagogiques. Toutes les bonnes volontés sont donc bienvenues !

Sébastien A, pour la commission Pédagogies de SUD Education Rhône.

Une matinée en CP-CE1
La matinée commence par un temps d’accueil de 8 h 20 à 8 h 40 (les élèves montent directement en classe, pas de surveillances dans les couloirs) : jeux, écoutes musicales, ordinateurs, lecture … Puis regroupement des élèves dans le labo (un espace entre les 2 salles de classe) et rituels menés par les maîtresses conjointement (What’s in the box ? la date ; le nombre de jours d’école depuis le début de l’année, …). Les consignes pour le travail sont expliquées à l’issue des rituels et les différents groupes partent travailler de manière différée dans le temps, ce qui permet que ça se passe dans le calme.
Le travail est donné aux élèves selon leur niveau (en lecture, production d’écrit, mathématiques).
Chaque maîtresse prend un groupe en charge et elles alternent les prises en charge d’un petit ou d’un grand groupe (répartition de la charge de travail). Les élèves peuvent faire des activités ludiques après leur travail.
Les préparations sont partagées entre les maîtresses.
Pour travailler ainsi, il faut s’entendre humainement et pédagogiquement. L’équipe doit être stable. Le fonctionnement s’est mis en place progressivement : au départ, elles ne fonctionnaient pas en classe double toute la journée.
L’espace est organisé. Dans les deux salles, les bureaux sont disposés en îlots de 4 (en T) face au tableau. Le bureau de la maîtresse est en fond de classe, face au mur, pour gagner de la place. Les maîtresses n’y sont jamais. Il y a un coin regroupement fixe, avec bancs et un tableau sur pied, un coin bibliothèque, un coin ordinateur. Entre les deux salles, une petite pièce, le labo permet de regrouper tous les élèves pour les rituels, moments collectifs, passations de consignes. Il est équipé de bancs gigognes qui se rangent facilement. Un petit bémol : lors du travail d’écriture de syllabes sur l’ardoise, le nombre d’élèves en regroupement ne permet pas d’être attentif-ive aux erreurs de chacun.
L’emploi du temps de la semaine est affiché au tableau.
Les élèves (CP et CE1) font preuve de beaucoup d’autonomie : ils se déplacent pour prendre du matériel, s’entraident, certains élèves « les petits maîtres » mènent un groupe en numération. Cette autonomie s’observe aussi dans les classes coopératives grâce aux plans de travail, travail d’équipe et institutions. L’invariant 21 de Freinet : « L’enfant n’aime pas le travail de troupeau auquel l’individu doit se plier comme un robot. Il aime le travail individuel ou le travail d’équipe au sein d’une communauté coopérative » peut peut-être expliquer que l’on observe la même chose.
Les conditions de travail prennent en compte l’organisation de l’espace, la gestion du temps, le bruit (peu important malgré la liberté de mouvements des élèves), le matériel, le travail à deux, les relations avec l’inspection et conseillers pédagogiques (il s’agit d’une collaboration, travailler ensemble et non plus être surveilléEs). Les maîtresses disent aussi pouvoir s’autoriser à essayer des choses, se casser la figure (ce qui n’est pas le cas de touTEs les collègues), réfléchir à deux.
Le temps est très structuré à l’image de la maternelle et les élèves ne gèrent pas ce rythme mais l’organisation du travail peut s’adapter aux objectifs de chacun et aux progrès des élèves. Il y a de la place pour les manipulations (atelier comptage avec de la monnaie par exemple).
Des groupes de niveaux ont été constitués notamment en lecture-écriture, notamment dans le cadre d’un Maclé.
En partant, je suis enchanté de cette matinée où tout le monde (enfants et adultes) a travaillé dans le calme et le plaisir. On en oublierait presque que l’école est en REP+ !

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