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Des fêtes contre les défaites

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Des fêtes contre les défaites
Publié le 2 avril 2016 par intermedes

Que faire contre la violence sociale, les discriminations ? Que faire contre les difficultés qui s’accumulent ? Comment agir , trouver les moyens de bouger et de se mobiliser quand tout indique que l’avenir est bouché ? Ce questionnement est bien entendu celui du précaire, des personnes et des groupes en difficulté.

Il est devenu aussi logiquement, mais plus récemment encore celui de acteurs sociaux, des éducateurs, des enseignants.

Il y a comme une défaite permanente qui s’abat sur les choses et les gens. En tant que professionnels , nous avons à nous inspirer de ceux qui vivent ces situations depuis toujours.

Et c’est là que nous rencontrons une véritable pédagogie de la fête ; la fête est immédiate , elle guérit ainsi des lendemains qui manquent. Elle n’a pas besoin de projet et ainsi elle n’est pas en danger de ne pas se réaliser. Elle est inconditionnelle et ainsi elle échappe aux restrictions, aux sélections et aux limitations.

La fête est aussi un temps suspendu où on échappe à tout jugement. Celui qui fait la fête, qu’on le supporte ou qu’on ne le supporte pas est forcément légitime. Il inverse provisoirement tous les rapports de domination. La fête suspend pour un temps, une seconde, une minute nos asservissements.

Le temps de la fête est un temps libéré, un temps de possibles ; c’est aussi un temps partagé, un temps de collectif, dans un monde qui s’enferme dans des individus-prisons.

La fête estompe les barrières, les différences, les faux clivages ; pour un temps , elle ouvre la possibilité dans son environnement même, de faire communauté. En soi, la fête est une invitation à se répandre, à s’étendre, à se regrouper.

Tout groupe opprimé, toute minorité, en tout temps, a trouvé ses revanches, ses compensations, mais aussi sa culture et ses références dans le type de fêtes auxquelles elle s’emploie.

La pédagogie des Kesaj, celle que nous mettons en œuvre, l’esprit tzigane qui nous anime est de cette nature. Une fête immédiate, permanente , renouvelée qui donne le rythme aux journées.

Les défaites sociales impliquent des fêtes sociales. C’est ce type de fêtes que la pédagogie sociale s’emploie à créer et à répandre commun outil pédagogique et émancipateur.

Il ne s’agit pas de fêtes culturelles, familiales, rituelles ou obligatoires. Il ne s’agit pas de fêtes de consolation, d’initiation et de promotion des personnes. Il s’agit au contraire de mettre en œuvre des fêtes qui ne sont pas évidentes, qui ne sont pas entre nous et qui ne se déroulent pas chez nous.

Dans nos ateliers, le jardinage est une fête ; cela ne veut pas dire qu’il est un jeu. Cela signifie qu’il est aussi et surtout un temps de convivialité autour de la notion de travail et de production. Il en est de même pour nos ateliers permanents de cuisine, qui se déroulent dans cette même ambiance. Il en est ainsi lors de la préparation et l’entretien de notre matériel. Tout est occasion de fête.

La fête est probablement une forme de civilisation de la guerre. La fête met en scène des mêmes composants : agitation, bruit, parade, fureur et énergie ; mais elle transforme immédiatement cet état de guerre en son opposé : en permettant contacts, rencontres et construction d’un expérience et peut être d’une identité commune.

La plupart des projets et intentions de développement de la participation des usagers, des groupes, des individus, comme ceux qui visent aussi le développement de la citoyenneté ou de l’implication, font souvent l’impasse sur la question la plus essentielle : celle de l’énergie.

Nous le savons en Pédagogie sociale : ce n’est pas le pouvoir d’agir qui manque le plus souvent et encore moins les compétences. ce qui manque c’est l’énergie pour le faire et le vouloir.

La pédagogie de la fête que nous mettons en œuvre, et que nous développons de façon répétitive et permanente assure essentiellement cette fonction de production d’énergie sociale, là où elle manque, dans les lieux où elle est le plus rare.

Bien entendu nous parlons ici de véritables fêtes , pas de simulacres à visée « conviviale », bien pensante, avec des libellés et intentions de bon aloi : citoyenneté, diversité culturelle, etc. Ces fausses fêtes dissimulent en général assez mal l’ordre auquel elles s’emploient : favoriser le clientélisme de certains , affirmer le pouvoir et la préséance d’autres, occuper le vide social et culturel.

Les vraies fêtes sont d’une autre nature : plus volontiers désordonnées, anarchiques, en un mot, tziganes ; elles laissent libre cours à l’imprévu et même au meilleur. Elles sont perméables à la vie.

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