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Questions de classe(s)

Décoloniser mon esprit : passer de la différence à la singularité

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[bleu]C’est grâce à Frantz Fanon que nous savons aujourd’hui que le colonialisme n’est pas toujours ce que l’on croit. Est en premier colonisé l’esprit du colonisateur.[/bleu]

L’héritage du colonialisme est avant tout ce qui monopolise, occupe et exploite …nos propres esprits. La décolonisation mentale chez le colonisateur, est un processus autrement plus lent et compliqué que celui de la décolonisation historique : elle ne peut pas se faire sans nous.

la ruse du colonialisme est d’être toujours en jeu là et quand on on n’y croit plus. L’esprit colonial est présent dans cette évidence du crédit que nous portons aux versions policières et institutionnelles, dans notre foi dans la parole de l’adulte plutôt que de l’enfant, dans cette tendance à dénier toute once de vérité dans le propos du « jeune des cités ».

Fanon disait que la barbarie existait avant tout dans la facilité que nous avons de croire en la barbarie (des autres). Nous regardons le spectacle du monde et de la société et nous ne pouvons qu’adhérer malgré nous à toute cette pseudo barbarie qu’on nous met sous les yeux.

Les jeunes des cité ? Barbares et ignorants, comme les rroms sans doute et leur propension à vivre en bidonvilles et à y mettre leurs enfants. Comme sont barbares ces peuples lointains qu’on ne comprend pas et qui se battent contre toute évidence contre ce qui est beau et bon : la démocratie, la science, la culture et l’occident.

C’est dans ce recoins de nos esprits que nous n’avons pas choisis, pas bâtis, que nous découvrons que nous sommes nous mêmes « occupés », colonisés, pensés plutôt que penseurs, objets plutôt qu’auteurs.

Pourquoi ne croyons nous pas ce que nous dit cet enfant des brimades qu’il a subies à l’école, des propos qu’on lui a dits sur lui, sa famille et son mode de vie ? Pourquoi croyons nous toujours ce qui a pignon sur rue, ce qui est patenté, diplômé et labellisé ?

Comment supposons nous la ruse et la feinte chez ceux qui n’ont aucun pouvoir et ne pouvons nous résoudre à admettre leur existence chez ceux qui ont toute latitude pour cela ?

La raison de cette propension à ne pas voir, ne pas entendre, (ce qui, au fond, est exactement le colonialisme), provient d’une tendance puissante : l’identification.

Nous nous identifions spontanément à ce que à quoi et à qui nous croyons ressembler et , dans ce mouvement d’identification, nous plaçons de l’irrationnel : la foi, la croyance, l’évidence et la confiance.

Dès lors , je ne perçois jamais aucune singularité ; ceux en qui je m’identifie sont faussement perçus comme des extensions d’un aspect de moi même ; ceux à qui je ne peux m’identifier sont uniquement perçus comme pures différences.

Jamais je n’accède à la vérité de l’autre, tout autre, qu’il me soit proche ou lointain, à savoir sa singularité.

Et pourtant le « lointain », le « différent » sont sans doute ceux qui peuvent m’apprendre le mieux à percevoir les choses et les gens comme ils sont, en dehors des fausses évidences et identifications. Or, tout est fait, tout est dit, aujourd’hui, pour nous en éloigner.

Jamais les cités, les quartiers, les bidonvilles n’ont été si loin de nous, si barricadés , ensevelis sous leur propre représentation. Jamais les distances et les différences n’ont été autant aiguisées , simplifiées. C’est le grand retour du barbare, alors que c’est notre ignorance de l’autre qui ne cesse de croître.

Et tout cela se fait sans nous, sans notre faute, notre culpabilité, notre volonté. C’est à notre insu que notre image de l’autre est trafiquée et seul le contact direct, la confrontation, l’expérience et la rencontre peuvent nous en guérir.

[rouge]Extrait de « Mon école » (la planète des sages), texte transcrit par Jean Agnes* :[/rouge]

[bleu]« Il est temps d’apprendre à vivre

[bleu]En suivant d’autres chemins

[bleu]Et qu’un jour on se délivre

[bleu]des mensonges qu’on nous tient
[/bleu][/bleu]

[bleu]Il est temps que les murs tombent[/bleu]

[bleu]sur les vies[/bleu]

[bleu]que l’ennui[/bleu]

[bleu]a vaincues :[/bleu]

[bleu]Mon école sera la tombe[/bleu]

[bleu]des brimades révolues »[/bleu][/bleu][/bleu][/bleu]

*Extrait de "Mon Ecole", chanson de la Planète des Sages (création collective nazairienne), paroles de musique de Bernard Plot
texte intégral :

PDF - 77.5 ko

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