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Questions de classe(s)

De quoi le baccalauréat est-il la finalité ? Une réponse à Bernard Collot

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Dans une note du 21 juin 2015, Bernard Collot feint de s’interroger sur la nécessité du baccalauréat et la possibilité de le remplacer par un « bilan de compétence. » Cette réflexion est loin d’être une nouvelle révolution pédagogique, mais, au contraire, elle s’inscrit parfaitement dans l’air libéral du temps. B. Collot laisse (volontairement ?) de côté des éléments essentiels à toute réflexion sur l’École et sa finalité.

1. L’École n’est pas déconnectée de la société dans laquelle elle s’inscrit.

Au moment où le gouvernement insiste sur le retour à la morale laïque et valorise l’Ecole de la IIIe République, aucune analyse – un peu sérieuse – de l’Education nationale ne peut faire l’impasse sur la nature de la société qui entoure l’Ecole à un moment donné.

L’Ecole de Jules Ferry répond à un double enjeu. D’une part, créer une « Ecole de la République » tant contre « l’Ecole des Curés » que contre « l’Ecole du Peuple ». D’autre part la volonté de revanche contre les Allemands. Ferry n’agit pas par philanthropie, mais dans un but bien précis : maintenir une jeunesse docile, habituée à obéir et à respecter les ordres, que ce soit ceux des patrons ou des adjudants. Le système éducatif supérieur (le lycée) est limité essentiellement aux enfants des petite, moyenne et grande bourgeoisie. Ce but restera jusqu’à la première guerre, puis dans l’entre-deux guerre et commencera à changer à la fin de la 2e guerre mondiale.

Autour de Mai 1968, la finalité de l’Ecole est remise en question. L’explosion du nombre de bachelier (en valeur absolue) lié au baby-boom (même si 20% seulement d’une génération décroche le bac). Le patronat a besoin d’une main d’œuvre plus qualifiée, Mai 68 inscrit un rapport de force positif pour les salariés et les gouvernements vont suivre cet état de fait. Le baccalauréat sera une référence dans les conventions collectives et par la même il s’inscrit durablement comme un rempart face au patronat.

Mais de nombreux rapports et lois vont fleurir tout au long des années 1970 (cf. L’Ecole de Jules Ferry est morte) pour expliquer la nécessité de mettre en place un « bilan de compétence individualisé. » Si les années 1980 connaissent un petit répit (il y aurait à écrire sur le mépris de classe que représente la création du bac professionnel en 1985, mais il représente néanmoins une avancée pour les jeunes inscrits dans ces filières). Les années 1990-2000 vont marquer le retour des « compétences individuelles » et la loi de 2005, qui met en place le socle commun de compétences n’est que la consécration de trente ans d’attaques, dont B. Collot n’est que le dernier avatar. Mais, là encore, c’est un recul lié au recul du rapport de force.

2. De la valeur collective du baccalauréat

Ce qui fait la valeur du baccalauréat, comme de tous les diplômes, n’est pas le nombre de titulaire, ni même son contenu (c’est à dire la somme des compétences qu’il est sensé représenter) mais le rapport de force qui le soutien. Un exemple frappant est celui de l’école normale supérieure qui ne délivre un diplôme à ses anciens élèves que depuis quelques années. Avant cela, les jeunes qui sortaient de l’ENS n’avait que le statut « d’ancien élève de l’ENS » ce qui était largement suffisant. Ces jeunes n’avaient ni besoin de diplôme, ni de bilan de compétence...

Alors pourquoi défendre le diplôme ? Tout d’abord, on ne défend pas le diplôme du bac en tant que tel. Et B. Collot a tout à fait raison de s’indigner que toutes les années d’études sont en avant dernière instance des années de bachotage stérile (je crois – pour ma part – que les années d’étude sont en dernière instance un moyen pour le système d’apprendre l’obéissance aveugle à des générations entières de jeunes, même s’il y a d’autres but avant cette dernière instance). De même que l’on ne défend pas les programmes annuels pour ce qu’ils sont (c’est à dire une course – perdue d’avance – entre les élèves contre le temps qui passe).

La défense du baccalauréat et de son décorum (anonymat des copies, épreuve de philosophie en premier, notation, délibérations, rattrapages, etc.) ne peut se comprendre que parce qu’il représente un élément du rapport de force entre un employé et son patron. Bien sûr, il s’agit également de défendre le rite de passage qu’il représente (en tant que premier diplôme de l’enseignement supérieur), mais cet aspect pourrait se concevoir avec d’autres formes concrètes plus ou moins égalitaires (passage pour tous, contrôle continu, mérite, argent...). A ce titre, il existe des pays où la fin des études secondaires et l’entrée dans l’enseignement supérieur sont clairement distinct. Ce débat revient régulièrement en France (notamment via la question de la sélection/orientation en fin de terminale et/ou à l’entrée dans le supérieur).

On défend donc le baccalauréat, non pas pour lui-même, mais parce qu’il s’inscrit dans la société de classe où nous sommes et donc parce que dans l’histoire les diplômes ont été des supports pour des acquis sociaux en terme de salaire minimum, de reconnaissance d’une certaine valeur de la force de travail (et donc d’une augmentation de cette valeur lorsque le diplôme augmente – ce qui, en soi, est fortement discutable). Là encore ce n’est pas le diplôme qui crée la valeur (voir l’exemple des anciens élèves de l’ENS), mais le rapport de force entre les classes qui utilise la médiation du diplôme pour arracher un « acquis » sur le long terme.

Rien d’étonnant donc que dans une situation où le rapport de force se dégrade, il y ait une remise en cause de cet acquis (comme tant d’autres). Il n’est donc pas étonnant que les gouvernements ne parlent plus de 80 % d’une classe d’âge au bac, mais de 50 % d’une classe d’âge à la licence... Dans ce contexte, il ne s’agit ni de jeter le bébé avec l’eau du bain, ni de garder l’eau sale pour laver les bébés suivants.

3. Le baccalauréat n’est ni un problème... ni une solution à l’école.

B. Collot prend donc le problème à l’envers lorsqu’il écrit :

« En supprimant le bac, c’est tout le système en amont qu’on libèrerait, jusqu’à la maternelle. »

Le système scolaire est captif du système social. Ce premier doit donc fortement contribuer à reproduire les classes sociales de ce dernier, tout en laissant une possibilité d’ascenseur « républicain » pour un petit nombre de jeunes. Ce qui légitime l’impartialité du système et faire reposer les raisons de l’échec scolaire sur ceux et celles qui en sont victimes.

Le baccalauréat n’est pas un verrou, mais un élément (de plus) dans un système scolaire oppresseur. Si l’on poursuit la réflexion de B. Collot jusqu’au bout, alors, il faut en finir avec les filières (générales, technologiques et professionnelles) au lycée, qui limitent les possibilités et l’avenir des jeunes pour un enseignement polytechnique et pluridisciplinaire. Au delà du lycée, il faudrait un véritable collège unique, qui ne serait pas pensé comme un petit lycée. Il faut en finir avec les programmes annuels (ou par cycle) imposé aux jeunes pour avoir une véritable réflexion sur les désirs, les envies tant des jeunes (individuellement) que les nécessités sociales qui leurs sont – dans cette société – extérieures ; il faut en finir avec toute forme de notation et d’orientation pour lui préférer un système d’évaluation régulier – à la demande des jeunes – où le droit à l’erreur et donc à la ré-évaluation est permis. Dans cette optique, en finir uniquement avec le baccalauréat ne libérerait rien du tout.

En réalité, de nombreux-ses militant-e-s pédagogiques, syndicaux et politiques (et même non-encarté-e-s) ont réfléchi aux finalités de l’école et aux moyens de changer d’école. Il existe déjà des classes ou des écoles coopératives et même quelques collèges et lycées, dont la finalité n’est pas le taux de réussite au bac (et le bachotage que cela induit). Ces établissements ne s’inquiètent pas de la réussite (au sens scolaire du terme), mais de l’émancipation, de l’épanouissement personnel, sans mépris, ni condescendance. C’est sans doute par là qu’il faut commencer à regarder pour modifier l’Ecole dans notre système.

4. Une autre Ecole est possible... dans une autre société

Le problème n’est pas de passer seulement « une année toujours dans le système éducatif mais libérée de toutes contraintes, de tout stress, de toute sanction (spectre de l’échec) ou récompense fallacieuse (un papier), » comme le rêve B. Collot, mais de passer toute sa scolarité libérée de toutes contraintes, de tout stress, de toute sanction. Pour le dire vite, que la scolarité soit entièrement dédiée à l’émancipation et l’épanouissement individuel et collectif.

Si on imagine une société sans classe sociale, une société qui définirait collectivement ses besoins et les moyens de les pourvoir, il est évident que l’Ecole devrait impérativement être le reflet de cette société. Cette Ecole Nouvelle, qui se construirait sur les ruines de l’Ecole actuelle, repenserait entièrement le rapport enseigné/enseignant. L’apprentissage y serait collectif et l’autorité du maître ne porterait que sur les éléments de savoir qu’il/elle apporte. Et encore : même cela pourrait se discuter. Il n’y aurait plus de hiérarchie imposée, de division entre ignorants et savants, entre travail manuel et intellectuel. Dans cette société, les diplômes, les programmes annuels, la déconnexion entre accumulation de savoir et orientation professionnelle n’aurait aucune raison d’être. Et – en toute rigueur intellectuelle – n’existerait pas. Voilà une bonne façon de penser la fin du bac. Voilà le verrou qu’il faut casser.

Faut-il attendre le Grand Soir pour qu’au petit matin l’école ait changée ? Non, certainement pas. Un certain nombre d’enseignants, de pédagogues, d’éducateurs, etc. œuvrent tous les jours pour le changement de l’Ecole, pour la destruction de la Société actuelle. Et cela, tout en défendant les acquis sociaux du passé et en se battant pour de nouveaux.

15 Messages

  • J’ai lu très attentivement votre texte et suis ravi que mon billet l’ait provoqué.
    Il s’agissait bien d’un billet provocateur : enlevez une pierre, voire la clef de voûte d’un édifice, qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui pourrait se passer ? En prenant un problème à l’envers il s’éclaire différemment, la preuve, votre texte :-)
    Je pense que l’école n’a pas besoin de moi comme "dernier avatar" pour s’auto-détruire toute seule et je prends au second degré votre supposition que je serais un avatar du monde libéral :-) !!

    Ceci dit, une grande partie de votre texte ne fait q’abonder dans mon sens (passer toute sa scolarité libérée de toutes contraintes, de tout stress, de toute sanction. Pour le dire vite, que la scolarité soit entièrement dédiée à l’émancipation et l’épanouissement individuel et collectif, etc.)... mais avec un diplôme à passer en fin de course ?

    Je ne comprends pas très bien la valeur que vous attribuez à des diplômes comme représentant un élément du rapport de force entre un employé et son patron. Certes, les diplômes ont été un moyen pour extirper du peuple quelques-uns et les faire passer du côté des pouvoirs en en laissant soigneusement les autres à l’écart.

    Bien sûr que l’école a toujours été et est toujours l’école de l’Etat avec les finalité de l’Etat, celui-ci n’ayant jamais été au service du peuple mais au service de la frange de privilégiés et des diverses oligarchies au pouvoir et se reproduisant. Il n’est pas neutre que les diplômes soient des diplômes d’Etat.

    Oui, bien sûr, en poursuivant la logique de B. Collot, alors, il faut en finir avec les filières (générales, technologiques et professionnelles) au lycée,. Ces filières sont bien encore des voies de garage quand la course au bac n’a plus aucune chance et dont la fonction est d’alimenter la machine économique suivant ses besoins. Les chômeurs sont aussi nécessaires à ladite machine même et surtout quand il est fait semblant de lutter contre le chômage.

    Il existe déjà des classes ou des écoles coopératives et même quelques collèges et lycées, dont la finalité n’est pas le taux de réussite au bac (et le bachotage que cela induit).... C’est sans doute par là qu’il faut commencer à regarder pour modifier l’Ecole dans notre système. Bravo. J’ai pour ma part contribué à ce qui pouvait être "regardé" (je ne suis pas un rêveur). Mais je, nous, pouvons témoigner que dans notre système, ledit système est plus fort, empêche, dénature, limite et qu’il ne peut ni ne veut en intégrer des éléments différents qui vont contre sa logique et sa finalité (toutes les réformes un peu progressistes jamais vraiment mises en oeuvre).

    Alors, supprimer le bac, cette pierre essentielle de l’édifice, c’est bien remettre en cause tout l’édifice.

    PS : l’expression "bilan de compétences", que j’ai reprise du monde professionnel par facilité, n’est effectivement pas appropriée. Moi-même j’ai dénoncé souvent l’ambiguïté du terme y compris dans son utilisation dans l’éducation où l’on confond performances et compétences qui sont elles complexes et de ce fait indéfinissables, de même qu’il est impossible de déterminer toutes les compétences qui permettent une performance. Il s’agirait alors de savoir "qu’est-ce que j’aurais envie de faire, que je pourrais faire"... ce qui ne peut se faire en quelques heures sous la pression !

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  • J’ai fait un bilan de compétences au cours de ma vie professionnelle. Tout dépend probablement avec qui on le fait, mais cela a été pour moi un très grand moment où enfin je découvrais qui j’étais, quels étaient mes envies, ce que m’avait apporté mon vécu, ce que j’ignorais de mes possibles, des audaces dont je pouvais être capable.

    Tout mon parcours scolaire, les courses aux échéances, les croyances à ce qu’on me faisait miroiter,... n’ont fait que me mettre dans une impuissance et et une soumission dont je ne me rendais même pas compte.

    Le billet de Raphael Greggan va bien dans le même sens que celui de Bernard Collot, mais il le noie sous les sempiternelles considérations politiques qui de tout temps empêchent tout, même la réflexion sur le fond.

    L’école, ce devrait être pour les enfants et adolescent, uniquement pour eux ! On le sait bien que leur société ce seront eux qui la feront ! Nous, de par ce nous avons été formatés (par l’école !) non seulement nous sommes bien incapables de la changer, mais même de la penser pour eux !

    Ce qu’il y a à libérer, à laisser respirer, ce sont bien les enfants d’abord. Cela fait toujours gnangnan de dire ça, mais n’est-il pas rageant que seuls ceux qu’on appelle bobos peuvent le permettre à leurs enfants et pas le peuple ? J’en ai ras le bol des considérations politiques et autres, et je ne dois pas être la seule !

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  • Je rajoute que la réalisation de mon bilan de compétences dont je parlais s’est étalée sur plus d’un mois !

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  • Pour ceux qui ne connaîtraient pas Bernard, c’est bien loin d’être un rêveur : il a bien réalisé pendant 40 ans une autre école qu’il a appelé "école du 3ème type" dans l’école publique.

    Pour travailler depuis quelques années avec un réseau de près de 150 collègues voulant aller dans ce sens, je peux dire qu’il a aussi bien raison de dire qu’à part de rares situations comme la sienne tout le système éducatif s’y oppose. Faire "dans le système" comme le dit Raphael, c’est cela qui est une illusion. On ne peut qu’essayer d’en atténuer un peu les effets.

    Je te rejoins Béatrice : seule notre préoccupation des enfants peu changer quelque chose à une future société et c’est aussi dans l’immédiat, pas dans le système mais malgré le système.

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  • Toujours à propos de ce "bilan de compétences" : dans l’hypothèse où le bac serait supprimé dès demain, avant que tout le système se reconstruise différemment il faut bien envisager par quoi il pourrait être remplacé provisoirement. Ce n’est qu’une "expérience de pensée" à confronter avec d’autres "expériences de pensée"... s’il y en a.

    Mais, si ce dont je rêve, et apparemment à ce dont vous rêvez aussi, se réalisait, le problème d’une année terminale spécifique serait même inutile.

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  • Moi non plus je ne comprends rien au texte de Raphael Greggan.

    Je ne vois pas où est la critique et la contestation du texte de B. Collot, je ne vois pas pourquoi il est pour le maintien du bac et même s’il l’est. Comme Béatrice je ne vois pas en quoi les considérations politiques et idéologiques toujours les mêmes empêchent d’envisager autre chose que ce qui existe.

    Il dit bien qu’il y a plein de réflexions des syndicalistes sur la finalité de l’école : je voudrais bien en lire qui soient détachées des idéologies et qui soient centrées sur les enfants et les adolescents seulement.

    S’il faut attendre que la société change, on peut attendre longtemps et les enfants pourront attendre longtemps. Je pense même qu’attendre est aussi le prétexte pour que rien ne change.

    S’il y a une chose que l’on pourrait toucher le plus facilement et qui pourrait faire changer le reste dans un avenir moins lointain, c’est bien l’école.

    Alors pourquoi sans arrêt opposer les contextes sociaux et politiques à toute proposition, même si on n’ignore pas ces contextes ?

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  • J’ajoute que j’ai été sidérée par Cette réflexion est loin d’être une nouvelle révolution pédagogique, mais, au contraire, elle s’inscrit parfaitement dans l’air libéral du temps

    Il n’y a pas "d’air libertaire" du temps, c’est dommage parce que c’est plus tôt ce terme qui aurait été juste !

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  • Merci à tous pour ces contributions qui permettent à chacun de nourrir le débat. Pourquoi y aurait il une seule voie ? L idéal de la réflexion n existe pas, se ranger derrière Bernard collot ou quelqu un d autre n a pas de sens ce qui compte est la pluralité des opinions comme cela devrait l être à l école. Éduquer à la réflexion, au questionnement. Et surtout chacun oublie la place du parent. Il a sa place comme reflet, comme feed-back. Pourquoi est il relégué aux oubliettes ou veut on lui donner un seul rôle politique à travers des organisations imprégnées d autres idées que celles de défendre uniquement les enfants ? Redonner la place aux parents c est aussi la voie de l équilibre pour éviter la toute puissance de l école. Proposons aujourd hui de permettre aux parents d être force de propositions car eux aussi subissent des pressions qui sont souvent terribles dans leur monde professionnel ! Servons nous de leurs expériences de leurs parcours pour alimenter le débat et changer notre société. Nos jeunes ne sont pas fous ils sont aussi dans une lutte saine car ils suivent le chemin pour certains des starts up pour d autres de l économie sociale et solidaire ou purement association. Laissons le temps au temps et seule notre réflexion, nos oppositions saines, nos contradictions, nos philosophies permettrons le changement souhaite.

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  • Ras le bol des considérations politiques ...
    Ici ?
    B. Collot à l’énervante habitude de penser une nouveau moyen de changer radicalement l’école à chaque fois qu’il écrit un nouveau texte. En la matière, penser le "petit qu’on peut" est largement préférable.

    Sur l’abandon d’un Bac pour un bilan de compétences cela n’a rien à voir avec l’espoir d’une société sans classe sociale, une société qui définirait collectivement ses besoins et les moyens de les pourvoir, il est évident que l’Ecole devrait impérativement être le reflet de cette société.

    Remplacer le bac par un bilan de compétence et même pire, de gout et d’envie (sauce éducation nouvelle dans ce qu’elle a de plus détestable) parce que c’est la clef de voute de l’édifice : un pavé dans la mare ... (pour filer la métaphore maçonne).

    Il s’agirait alors de savoir "qu’est-ce que j’aurais envie de faire, que je pourrais faire"..

    Curieusement cela ne changerait rien à l’affaire, totalement par hasard ce serait les fils d’ouvriers qui auraient envie d’être des ouvrierset curieusement les fils de bourgeois qui, développant un gout fort approprié pour le chant lyrique se retrouveraient pour des raisons de goûts et de dons dans des filières d’exception(oui mais juste parce qu’il aime l’opéra, pas pour fuir son lycée de secteur...).

    Je n’ai aucun avis sur la question du bac (même d’un point de vue réformiste) mais ce qu’écrit Raphaël est forcément à prendre en compte pour ceux qui pensent l’école dans la société (heu c’est politique ça ?).

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  • (...) mais de passer toute sa scolarité libérée de toutes contraintes, de tout stress, de toute sanction. Pour le dire vite, que la scolarité soit entièrement dédiée à l’émancipation et l’épanouissement individuel et collectif (...)
    Je suis ravi de voir que le NPA adhère à cela (le texte a d’abord été publié sur son site) :-))) ! En tire-t-il les conséquences sur tout le système éducatif et cela est-il aussi noir sur blanc dans son programme ??!!!

    C’est ce que répète Collot depuis des années (et au moins il l’a fait à son niveau). Je ne vois pas du tout en quoi son billet provoque une telle éruption de boutons chez ceux qui, au moins par écrit, disent la même chose.

    L’analyse politique, cela fait des dizaines d’années qu’elle est faite et refaite et ressassée. Et au moins sur Q2C on la connaît tous. On va continuer encore longtemps comme ça et s’horrifier parce que quelqu’un dit qu’on pourrait commencer par supprimer le bac ?... et le traiter d’avatar du libéralisme ?

    Evidemment que le bac n’a aucune chance d’être supprimé tant il est utile à cette société de classe. Mais de trouver ses défenseurs chez le NPA, ça c’est surprenant... à moins que cela ne le soit pas tant que ça ! Voire même proposer le contrôle continu comme dans ce texte pour qu’il y ait encore plus de pression... ce n’est pas à une contradiction près !

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    • Hé ho camarade je ne suis pas du NPA ... mais on peut écouter voir même entendre les arguments des uns et des autres, non ?
      Quand Raphaël dit :
      Le baccalauréat sera une référence dans les conventions collectives et par la même il s’inscrit durablement comme un rempart face au patronat.

      Tu en penses quoi ?

      Et quand moi je te dis que l’épanouissement personnel est une tarte à la crème de l’éducation nouvelle (et si c’est repris par le NPA tant pis et si parfois ce concept on ne peut plus mou inonde les pages de Q2C, dommage...).

      Tu en penses quoi ?

      Tu pourrais essayer de me persuader qu’il y aurait un gain pour les classes populaires à supprimer le BAC car il institutionne l’échec scolaire... mais franchement le sentiment que l’on a rien à faire avec et dans le système scolaire ne se joue pas la dernière année du secondaire (mais plutôt dès la maternelle, j’en profite pour saluer les nouvelles IO de maternelle de ce gouvernement qui parle enfin d’évaluation bienveillante...) , alors en faire la clef de voûte de l’édifice... ho bijou...

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  • Je réponds (enfin !) aux différents commentaires. Seulement maintenant, car je souhaitais laisser une part au débat et aussi parce j’étais pris par le baccalauréat ces dernières semaines (correction de copies, jury, résultats, oraux et résultats...). Bref, à essayer d’améliorer le système "de l’intérieur". Quand il me restait un peu de temps, je l’ai passé avec ma famille et/ou en manifestations. La fin du mois de juin et de début de juillet ont été riche en activités et émotions pour nous tous !

    Bernard Chollot passe outre certaines de mes formulations, qui étaient aussi provocatrices que certaines des siennes. :-)
    Je vais donc essayer de discuter du fond des désaccord (ou incompréhensions) qu’il peut subsister entre nous.

    Tout d’abord, je ne suis pas contre un "bilan de compétences" en soi. Je m’inscris dans un courant de pensée pédagogique où les compétences sont centrales et où je suis convaincu que les notes n’ont pas de sens pédagogique pour l’évaluation des connaissances. Cela ne m’a pas empêché d’argumenter longuement pour donner 1 ou 2 points en plus à des élèves pour qu’ils aient le bac !

    Ceci dit, pris comme cela, nous sommes face à un choix impossible à faire : doit-on choisir les compétences, à la sauce libérale (le livret personnel de compétences, LPC) ou les notes réactionnaires. Je crois que Béatrice (et Bernard) donnent des éléments de solution : il faudrait que chaque personne, au cours de sa vie (pas uniquement au cours de sa scolarité), ait le temps de faire un bilan pour savoir où il/elle en est et ce qu’il/elle veut faire. Cela signifie, pour moi, repenser entièrement le système scolaire, pour qu’il ne soit plus un endroit d’accumulation ou de gavage de connaissances déconnecté des envies et des désirs professionnels de chacun. Cela ne peut se faire uniquement au moment de la terminale (comme le propose Bernard).

    Ce qui m’amène à mon second point : je ne crois pas que le bac soit la clé de voute du système (si on le retire, le système scolaire s’écroule), mais le chapiteau ornemental du système scolaire. Si on le retire, c’est moins beau, mais ça tient toujours. Aujourd’hui, de l’ordre de 70% d’une classe d’âge a le bac (un peu moins en réalité). En 1968, 20% d’une classe d’âge avait le bac et les perspectives d’avenir — sans le bac — étaient nettement plus ouvertes qu’aujourd’hui. Ceci est lié à la santé économique de la société dans son ensemble et non à la possession d’un "bout de papier".

    Ce qui m’amène sur mon dernier point : le lien entre le baccalauréat et le rapport de force entre employé et patron. Je crois que c’est le point central de désaccord ou, du moins, d’incompréhension. Dans une période où le rapport de force sur le terrain a été en faveur des employés et où ils ont pu (par la grève, notamment) négocier des amélioration de salaire et/ou de leurs conditions de travail, il leur fallait un moyen — objectif — de s’assurer de la pérennité collective de ces avancées. Les diplômes ont été ce moyen.

    Le rapport du Céreq de janvier 2014 (voir le lien) montre bien comment la prise en compte du diplôme a diminué ces dernières années. Je mets en lien cette évolution (négative) avec l’évolution (négative) du rapport de force entre employés et salariés. Au lieu d’avoir un moyen collectif (le niveau de diplôme) pour discuter du salaire, de la place dans la hiérarchie et des conditions de travail. Les conventions collectives permettent de plus en plus l’individualisation du rapport employé/employeur.

    En retour, le système scolaire a individualisé la relation de l’élève aux connaissances qui lui sont enseigné. C’est le propos du LPC en collège ou de l’annexe descriptive au diplôme à l’université. Pour l’instant, le baccalauréat reste un diplôme national (avec toutes ses limites) et il reste une base (en tant que diplôme de niveau IV) dans les conventions collectives. C’est cela qu’il faut défendre. En parallèle, il faut se battre pour que les conventions collectives soient plus favorables aux employés.

    Et c’est là, à mon sens, qu’avoir une approche trop pédagogique (comme le fait Bernard) nous amène sur une mauvaise voie. Dans un monde idéal, c’est plutôt un élément pédagogique progressiste de permettre qu’un jeune soit exactement au courant de l’état de ses connaissances et compétences. Mais dans le cadre de la société actuelle, cela est un élément qui défavorise le rapport de forces, qui individualise la relation entre un employé et son patron. Et cela n’est jamais en faveur de l’employé !

    Enfin, pour répondre à quokkaparent, je ne crois pas qu’il y ait une seule voie (ni même une seule réflexion) sur le sujet. Nous nous nourrissons de nos approches différentes, de nos expériences réelles ou rêvés et de nos positions sociales différentes vis à vis de l’école. Pour moi, l’école n’est pas un élément distinct de la société qui l’entoure. Je suis pour que chacun(e) qui participe à l’école (personnels, jeunes, parents...) ait son mot à dire sur son fonctionnement. Au même titre que je suis pour qu’au sein d’une entreprise ou d’une ville chacun(e) ait son mot à dire sur tous les aspects qui la composent.

    C’est pourquoi je suis pour un "air libertaire" (pour reprendre l’expression de Chloé) sur l’école, pourvu que cet air soit collectif. De mon côté, j’aurai écris un "air communiste" ou un "air trotskiste", mais qu’importe, pourvu que nous soufflions dans le même sens contre la canicule libérale ! :-)

    Voir en ligne : Lien entre diplôme et convention collective

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  • Nous ne sommes pas très éloignés. Tu ne m’as par contre pas convaincu sur la protection des salariés par le diplôme.

    Tu as raison quand tu dis que je prends le problème à l’envers ou que je pars trop de la seule pédagogie. En réalité d’ailleurs, beaucoup plus que de la pédagogie c’est de la conception des apprentissages que je pars (je n’ai pas inventé de pédagogie !). Mais c’est volontaire :

    Comme toi et bien d’autres, en particulier ceux de Q2C, c’est bien tout le système éducatif (et la société qui va avec) que je remets radicalement en cause. Mais il y a bien longtemps que je constate que l’on n’arrive même pas à le fissurer. On n’y arrive pas en dénonçant son idéologie que l’opinion publique n’arrive même pas à entrevoir.

    Mais, son point de faiblesse c’est qu’il arrive de moins en moins à réaliser ce que l’opinion publique attend quand même : que TOUS les enfants et adolescents apprennent.

    En revenant à ce que j’ai appelé la cause des causes (voir le billet dans la revue N’autre école), ce qui n’est pas forcément prendre le problème à l’envers, on remonte le fil d’une transformation qui n’arrive pas à s’effectuer dans l’autre sens.

    Cela a été le sens de toute ma démarche qui a effectivement abouti, certes seulement dans le cadre très local d’un micro-territoire. Tu peux lire entre autres "l’école du 3ème type est-elle révolutionnaire ?"

    Il est évident qu’en annonçant une finalité idéologique ou contre-idéologique, comme disaient mes charmants collègues "avec la tête qu’il a et les méthodes qu’il emploie il ne tiendra pas trois mois dans ce village"

    Ce vécu local (il y en a eu beaucoup d’autres) me laisse donc à penser que c’est peut-être bien en prenant le problème par ce bout d’une façon généralisée qu’on aboutira à ce qui s’avère pour l’instant impossible. Ce qui n’élimine pas toutes les actions de résistance et de luttes par ailleurs.

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