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Questions de classe(s)

De quelques insuffisances de l’enseignement secondaire

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Les études sociologiques montrent que ce sont les enseignants qui ont le plus d’ambition pour leurs élèves qui les font le mieux réussir. Or on peut constater à l’inverse que bien souvent dans les lycées, les enseignants se contentent d’exiger des élèves l’apprentissage du cours et sa restitution. Il est ainsi possible de se demander si ces attitudes pédagogiques ne portent pas en germe certains des éléments qui favorisent l’échec des élèves et puis des étudiants à l’Université.

Les compétences mises en œuvre dans la société civile et le monde économique.

Il est possible de constater un transfert de compétences entre la société civile et le monde économique. En effet, c’est souvent au sein de leur engagement associatif ou syndical que des étudiants apprennent à s’exprimer en public, animer une réunion ou à planifier et organiser un événement. Ils développent ainsi la capacité à produire des idées originales permettant de lever des fonds ou de mener une campagne de communication. Le monde de l’entreprise a compris depuis les années 68 comment ces compétences qui n’étaient pas toujours développées dans le système scolaire pouvaient être habilement récupérer au profit du fonctionnement capitaliste.

Quand ces compétences sont développées au sein de l’enseignement, ce sont dans les grandes écoles afin de former les élites économiques. Ainsi, les oraux des écoles de commerce exigent des candidats par exemple qu’ils soient capable d’argumenter une position ou encore qu’ils soient en mesure de proposer des idées originales à partir d’une étude de cas. Ainsi depuis 2011, l’IEP de Paris a introduit au sein de son cursus des ateliers artistiques pour « développer l’imagination créative, le sens de l’observation, l’analyse critique, la capacité à s’exprimer en public et à argumenter ; l’aptitude à la prise de responsabilités et à l’autonomie, la faculté à susciter une pensée originale et décentrée et le sens du collectif ».

A l’inverse de cela, bon nombre d’enseignants en lycée se méfient : de la participation orale des élèves qui est perçu comme un obstacle à une bonne tenue de classe, à la prise de position des élèves dans les copies qui est devenu synonyme de subjectivité sans argumentation ou au développement d’idées originales qui ne peuvent être que naïves et sont trop difficiles à évaluer….

Des pistes pour une autre pédagogie

A l’inverse de cette attitude, il est possible de proposer des pistes pour valoriser d’autres attitudes face au savoir qui ne réserve pas les compétences d’autonomie ( créativité et prise de décision) uniquement à la future élite économique ou politique. En effet, ces compétences que l’on cherche à réserver à l’élite sont celles qui sont nécessaire également à des militants syndicaux ou à des acteurs du monde associatif susceptibles de constituer des contre-pouvoirs face à ces élites.

- Apprendre à pendre la parole en public :

a) L’exposé : L’exposé peut être un outil intéressant, mais si justement on ne se contente pas d’en faire un exposé…. Le terme d’ « exposé » suggère que l’élève doit faire une présentation descriptive d’un sujet. Or il s’agit au contraire d’encourager les élèves à défendre une thèse et à problématiser le sujet traité en fonction de la thèse qu’ils veulent défendre.

b) Le débat : Le débat oral peut être utilisé comme un outil intéressant à la suite par exemple d’un exposé effectué par un élève. Les autres élèves doivent alors suivre l’exposé pour être en mesure de mieux débattre sur le sujet proposé et discuter la thèse défendue par leur camarade.
Néanmoins, bien souvent, la perspective d’organiser un débat se heurte chez nombre d’enseignants à une peur liée au manque de formation aux techniques d’animation de débat.

c) Apprendre à poser des questions en cours : Pour bon nombre d’élèves, le fait de poser des questions en cours n’est pas suffisamment utilisé comme un outil d’apprentissage. Or la question peut être envisagée à la fois comme un moyen de vérifier si on a compris et d’approfondir ce qui vient d’être vu. Il s’agit alors d’apprendre à l’élève à poser des questions dans lesquels il reformule ce qui vient d’être dit et le met en lien avec d’autres connaissances, afin d’aller plus loin. C’est une question qui peut avoir la forme suivante : « Si j’ai bien compris ce qui vient d’être dit, alors cela veut dire que... ».

- Faire des liens et approfondir le cours :

Pour nombre d’élèves et d’enseignants, ce que l’élève doit produire le jour du devoir se limite au cours. Or cette attitude a deux défauts au moins : limiter la compréhension des savoirs par les élèves et ne pas favoriser la recherche personnelle d’information.

a) Valoriser la mise en lien des connaissances de cours avec d’autres connaissances : nombre d’élèves ont une compréhension insuffisante de ce qui leur est enseigné, qu’ils pallient par de l’apprentissage par coeur, parce qu’ils ne font pas de lien avec leurs autres connaissances personnelles (connaissances issus d’autres cours ou de leur connaissance générale du monde). Ils deviennent de fait incapable de mobiliser des acquis antérieurs qui sont nécessaires pour comprendre les nouvelles connaissances qu’ils sont en train d’assimiler.

b) Demander aux élèves d’aller plus loin que le cours :

Il s’agit d’encourager les élèves à lire et à rechercher des informations en plus du cours visant à les aider à acquérir une meilleure compréhension du cours. Le fétichisme du cours, que l’on trouve chez nombre d’enseignants et donc d’élèves, tient à ce que l’enseignant craint que l’élève ne dispose pas des connaissances nécessaires pour l’examen. Les enseignants en viennent ainsi par exemple à dicter le cours, même en terminale. Or, il s’agit au contraire d’habituer l’élève à aller compléter l’information par lui-même de manière à pallier par exemple une mauvaise prise en note du cours ou un élément qui n’est pas bien compris.

- Valoriser le sens, la prise de position argumentée et la créativité :

La pédagogie utilisée par les enseignants devrait valoriser la capacité des élèves à donner du sens aux savoirs qui leur sont enseignés : il s’agit par exemple de leur demander en quoi ils estiment que ce qu’on leur a enseigné peut avoir un intérêt ou comment peuvent-ils rendre le travail qui leur est demandé interessant.

Les enseignants doivent encourager les élèves à prendre des positions argumentées dans les copies. Il ne s’agit pas d’encourager la subjectivité, mais de les encourager à défendre des thèses. De ce fait, des disciplines du secondaire comme les sciences économiques et sociales ou l’histoire par exemple, jouent un rôle insuffisant en la matière. En effet, les élèves du fait d’une dissociation, en viennent à percevoir les connaissances positives, non comme le support nécessaire d’une réflexion argumentée, mais comme un obstacle à la réflexion personnelle qui se trouve identifiée à la spontanéité subjective.

Les enseignants doivent enfin encourager les élèves à essayer de trouver des solutions originales aux problèmes qui leurs sont proposés. Les psychologues distinguent deux types de créativité : la créativité historique et la créativité quotidienne. La créativité historique est le fait de quelques individus qui se caractérisent par le temps très long (souvent au moins 10 ans) qu’ils ont consacré à un sujet. Il ne s’agit donc pas de penser qu’un élève va révolutionner un domaine qu’il connaît à peine. Mais il s’agit de l’encourager à essayer de trouver des voies de résolution de problèmes qui lui soit propre en favorisant : la pensée divergente, l’association d’idée ou encore l’analogie avec d’autres savoirs….Ces procédés sont souvent ceux que l’on trouve à l’oeuvre dans la pensée créative.

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