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Questions de classe(s)

De la notation et des programmes en philosophie

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Dans un article du 25 juin 2015 paru sur le site internet du Figaro Étudiant (http://etudiant.lefigaro.fr/bac/bac-actu/detail/article/bac-un-appel-contre-la-notation-demagogique-16175/), Marie-Estelle Pech pose le problème intéressant de la notation à l’épreuve de philosophie au Baccalauréat, en rapportant le désarroi d’un enseignant de l’Académie de Versailles : en séries technologiques, les professeurs réunis en commission d’entente évaluent entre 9 et 11 une copie-test manifestement hors-sujet. Mais faut-il penser que leur notation est démagogique ? La réponse à cette question n’est pas simple, car cette notation quelque peu étrange, il est vrai, est en grande partie la conséquence d’un problème plus global de l’enseignement de la philosophie en France.

Le programme de philosophie des séries technologiques est composé d’une liste de notions, dans laquelle se trouve la notion de culture. Cependant, au cours de l’année scolaire, le professeur ne peut aborder qu’une partie des problèmes relatifs à chaque notion (parfois, un seul problème par notion). Au Bac, il n’est donc pas assuré que l’élève sera interrogé sur un problème déjà fréquenté. C’est manifestement ce qui se passe dans l’exemple cité. Le sujet à traiter est le suivant : La culture fait-elle l’homme ? Et la copie-test répond largement à une autre question : La culture est-elle bonne ou mauvaise pour l’homme ? Pourtant, les références philosophiques de la copie témoignent d’un certain travail de l’élève durant l’année scolaire. L’évaluation entre 9 et 11 s’explique sans doute par le souci des professeurs de récompenser ce travail.

La difficulté n’est pas nouvelle, et elle concerne aussi les séries générales dont le programme, constitué d’une liste de notions (21 à 28 notions selon les séries), est tout aussi indéterminé. Elle se traduit par le fait qu’un élève peut fournir un travail sérieux dans l’année et ne pas avoir les éléments de réflexion nécessaires pour traiter un sujet. Ce qui est alors évalué au bac est moins ce que le candidat aura appris au cours de l’année que des compétences et une culture qui sont acquises en dehors de l’école. En effet, plus un programme scolaire est indéterminé, et plus il nécessite des apprentissages extra-scolaires. La notation incriminée n’est que le résultat du bricolage par lequel les correcteurs du bac tentent de compenser l’inégalité des candidats face à l’épreuve. Il serait plus juste et plus utile de repenser les choses en amont...

La profession connaît évidemment la difficulté, mais elle est partagée sur la manière de réagir. Plusieurs réformes ont été rejetées par le passé au nom de deux principes, qu’il est urgent d’abandonner. Le premier est qu’un programme définissant précisément les problèmes à étudier risquerait de conduire les élèves à réciter des questions de cours au lieu de penser librement par eux-mêmes. C’est tout le contraire qui est vrai : un élève ne peut pas penser librement sur une question qu’il ne comprend pas tout simplement parce qu’il ne l’a jamais rencontrée et qu’il ne sait pas ce que les auteurs ont dit sur le sujet. Nous n’avons vraiment pas à craindre que nos élèves apprennent et utilisent des connaissances philosophiques précises sur des problèmes précis.

Le second obstacle sur lequel les réformes ont échoué est qu’un programme de problèmes déterminés abolirait la liberté du professeur. Mais, d’une part, on comprend mal comment un programme national pourrait ne pas limiter la liberté individuelle des professeurs, dans quelque discipline que ce soit – la liberté collective de ces derniers pouvant d’ailleurs rester complète, par un choix collégial des problèmes à étudier durant l’année. D’autre part, parmi les conséquences dommageables de cette liberté individuelle, il y a la fréquence des copies plus ou moins hors-sujet au Bac, qui complique une évaluation déjà difficile, et une démotivation certaine des élèves face à une discipline qui peut ne pas récompenser le travail fourni pendant l’année.

Joël Dolbeault, membre de l’ACIREPh (www.acireph.org)

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