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Questions de classe(s)

Coup de coeur : Trop classe !

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Un véritable coup de coeur du collectif Q2C pour ce nouveau titre de la collection N’Autre École... Nous vous proposons ici un extrait de ce livre que vous pouvez déjà commander en ligne... n’attendez pas !!!

De Zébulon à Zyed et Bouna, sans oublier Albertine et Mélisa, N’Gwouhouno ou Yvette... du syndicat à la pédagogie de la « gaufre », des Roms à la maman sur le toit, Véronique Decker, enseignante et directrice d’école Freinet à Bobigny (Seine-Saint-Denis), éclaire par petites touches le quotidien d’une école de « banlieue ».
Au fil de ses billets, il est question de pédagogie, de luttes syndicales, de travail en équipe, mais surtout des élèves, des familles, des petits riens, des grandes solidarités qui font de la pédagogie un sport de combat... social. Loin du déclinisme d’« intellectuels » pérorant sur l’école, des ségrégations institutionnelles ou du libéralisme et de sa fabrique de l’impuissance, c’est une autre école, en rires, en partages, en colères, en luttes qui se dessine, avec « des craies de toutes les couleurs, sur le tableau noir du malheur... » De l’autre côté du périph. Trop classe !

L’auteure

« Je m’appelle Véronique Decker. Depuis plus de trente ans, je suis institutrice. Et depuis quinze ans, directrice d’une école élémentaire à Bobigny : l’école Marie-Curie, cité scolaire Karl-Marx. À part sa localisation au pied des tours et au coeur des problèmes, notre école présente l’intérêt d’être une école « Freinet » où, dans le respect des règles du service public, nous pratiquons une pédagogie active, fondée sur la coopération. Même si l’expérience, parfois, peut me dicter des silences provisoires, je ne suis pas réputée pour mon habitude de me taire. »




Trop classe ! Enseigner dans le 9-3
Véronique Decker
N’Autre École n°6, 128 pages : 10 euros.
Parution : 3 mars 2016
ISBN : 978-2-918059-80-6






Chapitre 10 - Yvette

Yvette fut une de mes meilleures mères d’élèves. D’abord elle avait cinq enfants, ce qui fait qu’elle était parent d’élève dans toutes les classes de l’école. Puis elle était toujours disponible, toujours de bonne humeur, alors que tout de même elle vivait dans un taudis, avec une seule pièce, que son mari était en prison et qu’elle allait accoucher du 6 ème. Elle adorait les classes vertes, les sorties scolaires, les musées, les parcs. Toujours partante pour aller plus loin que le bout du quartier. Ses enfants n’étaient pas tous faciles mais elle était adorable.

L’assistante sociale lui avait dit qu’elle ne devait pas s’inquiéter, pour la naissance de la dernière. Elle prendrait en charge les 5 premiers pendant le temps de la maternité. Mais voilà, Yvette fait un malaise un samedi dans la nuit, l’assistante sociale était évidemment injoignable à son boulot le WE, résultat, le commissariat de la ville s’est retrouvé avec les 5 lapins sur les bras et ne sachant qu’en faire. Le juge des enfants n’a pas trouvé de famille d’accueil pour une telle quantité d’un coup et les petits ont passé le WE en garde à vue. Branle bas de combat à l’école le lundi matin lorsque nous apprennons la nouvelle : mais pourquoi Yvette ne nous a pas appelées ? Nous aurions pris les enfants une semaine et tout aurait été plus simple ? Sans doute n’a-t-elle pas osé. Mais voilà, impossible de récupérer les petits : il faut que la mère sorte de l’hôpital. Je vais la chercher, elle monte dans ma voiture, les contractions ont déjà commencé et le palais de justice de Bobigny est un R + 2 sur dalle. Nous montons pas à pas, la gréffière la reçoit et lui fait signer les papiers. Je la redépose vite pour finir son accouchement à l’hôpital et chaque maîtresse va cherche son petit d’Yvette pour la semaine. Ouf ! à peine le temps de se remettre, qu’Yvette est expulsée de son logement. La directrice intervient, part voir la mairie, les associations, les élus : rien à faire. C’est trop tard, le jugement est passé. Yvette n’a pas payé les traites du taudis dont elle est propriétaire.

Comment faire ? La directrice, qui habite seule avec ses quatre enfants déjà adolescents trouve la bonne idée. Elle ira dormir dehors avec ses enfants et laissera son logement à Yvette. Les enfants de la directrice trouvent l’idée marrante, mais la mairie bien moins...Finalement, avec cette bonne idée, une solution est trouvée dans la journée. Enseigner, ce n’est pas seulement transmettre des connaissances, c’est aussi partager des valeurs morales, comme la solidarité, l’amitié, et c’est cela qui rend le métier à la fois surprenant et beau.

1 Message

  • Coup de coeur : Trop classe ! 8 mai 2016 18:21, par Anne Lazarevitch

    Bonjour
    merci pour cette émission écoutée par hasard cet après midi. J’ai apprécié la liberté de parole de Véronique Decker dont la justesse de l’analyse répond bien au manque et d’analyse et d’honnêteté de nombreuses associations et politiques. En effet la misère représente trop souvent un marché de dupes qui permet aux uns de justifier des demandes de subventions pour répondre aux obligations des autres concernant les besoins prioritaires de tout citoyen dans une nation civilisée. Ainsi, comme dans le développement de "démarches communautaires pour la promotion de la santé" on se moque des gens les plus défavorisés en leur enjoignant de s’autonomiser en santé tout en vivant dans des logements insalubres. La question est d’abord un partage des richesses afin que chaque citoyen puisse accéder à un logement décent, un accès à l’école décent, aux soins, à la prévention etc... Les plus hautes instances de santé martèlent des diktats du style "manger 5 fruits et légumes par jour" mais le prix des fruits trop élevé en IdF est rédhibitoire pour les populations à budget modeste . Les messages de prévention profitent surtout aux populations qui ont la possibilité de faire des choix parce qu’elles ne sont ni dans la précarité ni dans la crainte. Il est nécessaire d’affirmer que lorsque le problème qui se pose est un problème de mal logement la priorité est de traiter ce problème au lieu de financer inutilement 36OOO projets et études sur le lien entre précarité et santé depuis 15 ans. Exactement comme pour l’école à 2 vitesses, ce n’est pas en interdisant le redoublement et tenant un discours démagogique que l’on améliore le parcours des élèves, en revanche, in fine, on génère de la frustration et ... de la violence de jeunes sans avenir. Honte aux politiques pour leur inébranlable langue de bois !! Surtout ne pas faire de vagues et essayer au maximum d’obtenir des voix aux prochaines élections et peut importe le discours pourvu qu’on ait les voix.....
    ô République amie que n’ai-je tant professé de discours pour voir s’étioler en toi les valeurs que tu portais.
    Bien à vous
    Anne Lazarevitch
    consultante en santé publique
    Paris

    repondre message

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