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Chroniques Intermèdes-Robinson : Vivre sans pourquoi

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Vivre sans pourquoi
Publié le 9 juillet 2015 par intermedes

Vivre sans pourquoi (Alexandre Jollien)

« La Rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu’elle fleurit, n’a pour elle même aucun soin et de ne demande pas : Suis je regardée ? » (Angelus Silesius , cité par A. Jollien)

Il y a quelque chose de l’ordre du « Sans Pourquoi », dans la Pédagogie Sociale. Cela réside dans l’absence totale de conditions, de réversibilité, de donnant / donnant, ou de contrat qu’elle met en oeuvre.

Un atelier est un « sans pourquoi ». Ce qui empêche nombre de travailleurs sociaux, à commencer par les équipes de prévention, de les mettre en oeuvre (inconditionnellement et durablement) est justement cela : il leur faudrait un « Pourquoi » ; on pourrait même dire qu’il leur en faudrait 100, c’est à dire des « 100 Pourquoi-s »…

Et puis il faudrait des « Pourquoi – Projets » ; des dossiers qui rendraient compte en long, en large , en longueur et en chiffres de ce « pour quoi », on souhaite faire tout cela. Puis après avoir obtenu des moyens, il faudrait bien rendre compte du Pourquoi de ces moyens obtenus, dans un temps autre, encore une fois.

Et tout ce processus serait soumis, à management, à travail en réseau , et gestion …

Il n’en reste plus beaucoup pour le « Sans pourquoi ».

Or , pour le faire cet atelier de rue, de Pourquoi on n’a nul besoin. On a besoin de « Comment », essentiellement, c’est à dire d’une pédagogie de l’instant, du concret, de la rencontre et de la réalité.

Et puis on a besoin du contraire du « Pour quoi » : du « Pour rien ». L’atelier est un plus, un acte, une inauguration. Il n’a pas besoin de pourquoi », car il sera justement le « pour quoi », tout le reste va découler : les relations, les activités, les réalisations. En fait la pédagogie sociale est un « sur quoi » on peut compter, plus qu’un pourquoi agir.

Avez vous remarqué que « Pourquoi » en Français, cache deux questions ? : Pourquoi ? et Pour quoi ? (en deux mots, dont pour qui ? est la variante)).

La nuance est de taille et la confusion aussi car bien entendu ces deux questions ne sont pas de même nature.

La première interroge sur la génèse, la cause, l’origine de l’acte ou de sa motivation.

La seconde interroge la destination, le projet , l’intention, l’avenir.

C’est tout juste le contraire. Les deux s’emmêlent ensuite et cette confusion nous plonge dans une vision de la vie et du monde où nous sommes toujours liés, où nous ne pouvons pas être libres, pas sortir des chaînes causes/ intentions, c’est à dire un monde , un univers sans gratuité. Un lieu où on ne peut pas offrir, où on ne peut rien donner.

La Pédagogie sociale est fondamentalement un don : un don d’expression, un don d’organisation. C’est beaucoup moins pesant et beaucoup plus libéré . Elle n’a pas besoin de « Pourquoi ? », c’est à dire de se justifier, sans arrêt, de se règlementer … Elle n’a pas non plus beosin de « Pour quo ?i » : on se libère de l’hyperintentionnalité, des objectifs à court termes , de la fixation sur un but qui sera toujours inférieur à la réalité que nous atteindrons.

Cette « indirection » de l’acte en pédagogie sociale, est décrit par Freinet comme étant « naturelle », et par F. Oury , comme étant « de surcroît ». Nous contribuons à un changement en cours ; des destins seront transformés ; une éducation collective prendra forme. Ces progrès ne découlent pas des objectifs que nous nous donnerions, mais des pratiques que nous mettons en place.

En renonçant à l’action ciblée sur les symptômes, sur les problèmes personnels ou sociaux, nous ouvrons la voie d’une action plus concrète, qui prendra en compte toute la complexité de la réalité , et des situations.

La Pédagogie sociale est sans pourquoi, car elle est aussi « sans maîtrise » . L’oeuvre sociale qui s’y rattache n’est pas reliée à un but ou une cause, mais à une pratique, une expérience, une activité qui pense et qui se pense.

Est léger ce qui est « sans pourquoi » ( ni pour quoi) ; on peut aisément le mettre en oeuvre malgré les résistances que cela suscite.

1 Message

  • Chroniques Intermèdes-Robinson : Vivre sans pourquoi 9 août 2015 09:11, par René Renato Croci membre des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders (...)

    Merci les Robinsons. Continuez à chanter sans pourquoi et sans pour quoi. Vous avez raison il s’agit bien d’un essai de contrôle incessant de la Vie qui ne peut être Vie que foisonnante.

    Nous finirons un jour par nous rencontrer en chair et en os, ce n’est pas possible autrement tellement nos mots et nos pratiques se font échos.

    À très bientôt. Vous verrez bientôt - dans un livre qui s’appelle : "Laisser Traces. L’Air du Temps" - comment Maryvonne relie nos chants, nos champs... René Renato Croci membre des Oiselles Oiseaux Non-Leaders Solidaires.

    repondre message

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