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Questions de classe(s)

Casser l’ambiance

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En cette période de Noël, combien il est difficile de parler « d’ambiance » ! Alors, de la « casser », il vaut mieux pas… Pourtant quel bel exemple d’ambiance, que ce temps qui remue les tripes de tant d’entre nous, qui attise frustrations, espoirs et craintes.

Ainsi est faite l’ambiance : c’est du calme, de la sérénité et de la joie au dessus ; le chaos du cœur en dessous.

Maria Montessori faisait de son « ambiance » un concept phare de sa pédagogie. Il fallait à ses groupes, à ses structures une sérénité à toute épreuve. La réussite de ses techniques se mesurait justement en cela qu’elles semblaient littéralement « pacifier » et venir à bout de l’agitation enfantine. Elise Freinet opposait, quant à elle, cette ambiance montessorienne « des beaux quartiers » à l’ambiance chaleureuse, mais fiévreuse des classes de coopérateurs populaires.

Dans les classes Freinet, ce n’était ni le calme , ni la tranquillité qui s’imposaient, envahissaient l’espace, impressionnaient tout un chacun : c’était l’Énergie à l’état pur, à l’état brut. Certes une énergie tranquille, paisible, sans doute, … mais nulle pacification !

Casse l’ambiance celui qui rappelle que l’apaisement est nécessaire mais que la Paix est impossible, tant que durent les injustices, le affronts à la dignité, les mises à la rue, les expulsions et les vies trop vite fripées.

Dans les groupes de travail pédagogiques, dans les équipes, dans les structures socio éducatives ou d’éducation populaire , se répand malheureusement le besoin d’une ambiance de consolation. Le but n’est plus d’agir, de construire , de bâtir, mais de se remonter le moral entre nous. A chaque personne qui prend la parole pour exprimer un juste découragement devant les tâches à accomplir, qui exprime ses craintes ou ses difficultés on répond des paroles pseudo apaisantes et des conseils de « prendre soin de soi » et de prendre de la distance .

Une sourde morale du retrait , du repli , de réserve , règne dans tant de collectifs de travail. La solidarité n’y est plus exprimée pour prendre des risques ensemble, mais pour s’excuser mutuellement et par avance de tous les renoncements à venir.

Chacun semble partager la peur de l’autre, et y rajoute la sienne. De l’extérieur tout cela fleure bon la gentillesse et la convivialité. On échange des paroles douces, mais « automatiques », des encouragements stéréotypés, des compliments impersonnels et génériques.

L’ambiance de consolation n’ a pas d’autre objectif, pas d’autre but que de nous faire oublier l’ambiance de désolation qui nous entoure socialement. Cet entre soi « doucereux » n’exprime rien d’autre que la peur du dehors et la douce tentation de l’impuissance.

On ne changera plus rien à l’École ? Pas grave on se replie sur sa classe ; on se replie sur ses murs, son institution ou ‘la petite bulle » qu’on se préserve. Aux ambitions éducatives, sociales, politiques, on substitue quelques objectifs de conserver ici un détail, ailleurs , une exception.

On est responsables de ce qu’on regarde. « L »homme est responsable du sens qu’il donne aux signes », disait Sartre. On devrait parler à l’inverse de la responsabilité de ce qu’on ne regarde pas et du sens que l’on refuse de donner ou d’admettre.

Plutôt que de s’en prendre à ceux ou à ce qui « brisent l’ambiance » , on ferait mieux de s’en prendre aux racines des choses, à leurs causes, à leurs processus , à leur globalité.

S’il est vrai que nous ne pouvons avoir d’impact que sur ce qui est local, ce qui nous entoure, ce à quoi nous sommes mêlés, cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à comprendre ce qui agit et à démasquer derrière la circonstance la logique et les politiques à l’œuvre.

Vouloir voir au plus près n’implique pas d’être myope.

Ce n’est pas d’ambiance dont nous avons besoin, ni de repos, ni de consolation. Nous ne sommes pas fatigués par ce que nous faisons , mais parce que, ce que nous faisons est systématiquement détruit . Nous sommes atteints par la non reconnaissance, la destruction de nos efforts, le manque de soutiens nécessaires.

Si nous ne cassons pas l’ambiance, cette ambiance à laquelle se raccrochent ceux qui se bercent encore, … c’est l’ambiance qui nous cassera.

A Robinson, en cette période de Noël, nos fêtes ont succédé à tous nos partages. Nous dansons, nous chantons, nous chauffons les salles , comme les espaces extérieurs. Face au froid qui a envahi nos ateliers, à nos incertitudes, à nos craintes non seulement pour nos lendemains, mais pour le lendemain de tous ceux qui sont avec nous, nous ne cherchons aucune pacification. Nous rassemblons toutes les énergies ; nous célébrons l’instant présent, le groupe que nous formons. Nous rassemblons nos forces : nous changeons l’ambiance.

Danser sur les ruines, est une évidence pour tous ceux qui travaillent dans les interstices, les terrains invisibles et décriés de la réalité sociale. C’est une nécessité pour célébrer le désir et l’énergie de changer les choses, croire en la vie.

Mais nous ne dansons pas sur les ruines, pour nous réjouir que le mur sur lequel nous nous appuyons , tienne encore, ou pour espérer que nous pourrons acquérir un jour ces ruines à crédit ! Si nous dansons sur les ruines, c’est parce que s’ouvrent tous les chantiers de nouvelles constructions, sur de nouvelles bases et de nouvelles fondations.

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