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Questions de classe(s)

"Cabu est mort"... Ou la barbarie tuée par l’éducation à l’art...

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Un billet signalé par Christophe Chartreux sur son blog

"Cabu est mort..."

Ces trois mots lus sur mon écran d’ordinateur jeudi dernier, jeudi 8 janvier 2015, ont "tué" une partie de mes souvenirs de grand gamin un peu fou que j’espère être resté. Ils ont tué une époque, celle du premier amour qui reste unique car il n’y a toujours qu’un seul premier amour.

Mais ils ont réveillé le révolté permanent, l’écorché vif, l’emporté, l’excessif, le rêveur et l’utopiste.

L’utopie disait Camus c’est "être en contradiction". C’est être toujours contre celui qui veut imposer sa force par la force. C’est croire en d’autres forces, plus puissantes, plus durables, plus belles... Tout simplement plus belles parce qu’elles renvoient à la raison, aux Lumières, à Hugo, à l’Ecole, au sourire d’un enfant, à la vie... A la "vie vivante" pour reprendre la belle formule de Jean-Claude Guillebaud...

Je me souviens, en écrivant ce matin, de lectures anciennes qui m’avaient permis de découvrir un morceau d’Histoire trop peu connue.

En 1946, dans l’ Allemagne occupée par les vainqueurs, les français prirent cette décision unique : plutôt que traquer les nazis, ils firent le pari de réveiller l’esprit critique des populations, le pari de la culture, pari un peu fou en cette époque plus que troublée. Les cinémas, théâtres et autres lieux de spectacles furent reconstruits à la hâte. On fit de même pour les écoles et, fait resté unique au monde, on créa de toutes pièces une Université, celle de la ville de Mayence. Tout cela fut entrepris sous l’impulsion d’une poignée d’hommes de bonne volonté dont l’un vit encore : Edgar Morin.

Il avait, et ses amis avec lui, compris une chose si simple mais pourtant oubliée : la barbarie ne trouve pas sa fin dans la guerre, fut-elle victorieuse sur le terrain et par les armes. Elle trouve sa fin et l’impossibilité de sa renaissance -car hélas elle ne meurt jamais tout à fait d’où l’impérieuse nécessité d’une vigilance permanente- dans l’art et la culture. Cet art et cette culture qui aujourd’hui hélas ne sont pas à la portée de tous. La promesse de Vitez, "l’élitaire pour tous", est depuis fort longtemps oubliée. Pourtant c’est la survie de la démocratie qui se joue en partie dans les espaces culturels. Si ces espaces restent encore réservés à quelques-uns pour donner aux autres les programmes imbéciles, quasi criminels, des chaînes de télévision dites "populaires" (quelle honte d’oser salir à ce point, volontairement et en toute impunité ce beau mot : populaire), alors la France court un grand risque et engage sa population dans une longue et tragique chronique de morts annoncées. De morts par la rupture du lien unique que seul l’art sait attacher : celui de la relation des uns avec les autres, de tous les uns avec tous les autres.

Si la France a su participer à l’éradication des horreurs engendrées par la barbarie nazie sur les tombes à peine refermées des ombres décharnées des concentrationnaires, alors elle saura éradiquer les horreurs voulues par les extrémistes d’aujourd’hui d’où qu’ils viennent. Mais elle n’y parviendra qu’à condition de donner à l’art et à la culture la place qui leur revient, une place à occuper dès l’école par une véritable éducation à l’art, éducation aujourd’hui en déshérence malgré les efforts, la passion, les initiatives de nos collègues professeurs d’arts plastiques et de musique.

Au moins Cabu et toutes les autres victimes ne seront-ils pas morts pour rien. Par l’art et la culture, par les arts et les cultures du monde entier, nous reviendrons, j’en suis persuadé, à ce que Merleau-Ponty appelait "l’étoffe du monde sensible", un monde où la barbarie n’aura pour "triomphe" que son incapacité à nuire et à tuer !...

Christophe Chartreux

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