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Questions de classe(s)

Aménager autrement sa salle de classe : une clé de la réussite des élèves !...

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Une synthèse présentée sur le site Profencampagne, à découvrir et à méditer tout au long de l’été...

Et c’est l’occasion pour nous de vous proposer également le numéro que la revue N’Autre école avait consacré à l’espace scolaire

Depuis le début de l’année scolaire, j’ai pris l’habitude de m’exiler dans d’autres salles que la mienne. J’ai enseigné dans la classe de mon collègue d’Arts plastiques, au CDI, en salle informatique, dans la salle polyvalente, dans une prairie surplombant la ville ou dans les couloirs des musées. L’activité menée avec les élèves justifie de changer d’espace de travail. Débat argumenté, lecture de paysage, cours magistral, travail de groupes, TICE, atelier artistique : le panel des activités pédagogiques nécessite un équipement et une configuration de l’espace spécifiques. Sortir de sa classe, c’est une respiration bénéfique aux professeurs comme aux élèves. On change d’air, d’autres adultes interviennent (professeur-documentaliste, médiateur culturel, artiste) et notre pratique s’enrichit.

Rester entre les quatre murs de ma classe limite ma pratique professionnelle : les élèves n’ont pas accès à un ordinateur hormis le mien (je reste donc le principal pourvoyeur d’informations), je manque de ressources papiers (dictionnaires, atlas, magazines attendent patiemment au CDI), le seul vidéoprojecteur interactif de l’établissement est en salle informatique et le lot d’IPAD un matériel dont je rêve encore. Par contre, le chariot télé prend la poussière dans le labo d’histoire tandis que s’amoncelle un tas de papiers sur un rétroprojecteur que des élèves ont réveillé une fois cette année pour dessiner Marge Simpson et Mario sur les murs de la classe.

J’ai la chance d’occuper la même salle tout au long de la semaine. Après plusieurs années de TZR, je sais que c’est un luxe car des collègues posent leur cartable dans 4 ou 5 classes différentes. Même si cela ne me satisfait pas, ma salle garde une disposition traditionnelle : trois rangées, des élèves deux par deux et un plan de classe identique au fil de l’année. Travail en groupes oblige, les élèves ont pris l’habitude de bouger les tables pour travailler autrement. Il en est de même lors de l’atelier artistique ont les élèves occupent et agencent librement l’espace. Je ne veux pas d’un espace de travail figé, j’aime que les élèves se déplacent (lors des correction, ceux qui ont réussi s’asseoient à côté et aident ceux qui ont eu des difficultés). Pour l’instant, je m’accommode de mon plan de classe vieux comme l’école de Doisneau parce que j’investis d’autres lieux et que des activités viennent offrir un peu plus de liberté pour échanger, se déplacer et chercher par soi-même l’information. Mais cela n’est pas suffisant et j’ai cherché sur Internet quelques pistes pour améliorer l’agencement d’un espace de travail partagé où le professeur peut guider les élèves en leur offrant la possibilité de construire eux-mêmes leurs savoirs. Je vous livre ici quelques liens que j’ai trouvé intéressants : ils montrent que des solutions existent et qu’il est urgent de repenser l’espace de travail des élèves en y incluant le matériel du XXIème siècle. Bouleverser l’architecture scolaire en équipant correctement profs et élèves en matériel informatique se pense à moyen terme. En attendant, nous pouvons tous repenser notre espace de travail quotidien pour l’adapter à une pédagogie plus active et motivante pour les élèves.

1. L’espace de la classe et de l’établissement, cet article de Jacques Nimier constitue un bon point de départ pour réfléchir à l’agencement de sa classe

« Ce qui est important : c’est de savoir que la disposition de la salle où va avoir lieu la formation ou l’enseignement, n’est pas neutre. Elle est en quelque sorte la marque de l’accueil du formateurs ou de l’enseignant ; leur offre de contact, l’expression de leur demande ; elle leur dit aussi comment le travail va se faire.« 

2. Dans ma salle de classe, quelle géographie !, une réflexion très éclairante de Bénédicte Tratnjek pour les Cafés Géo (2013). Extraits.

« La salle de classe, un lieu d’enfermement ?

Mais la salle de classe, perçue par certains (beaucoup ?) élèves comme un lieu d’enfermement, est aussi, pour ces mêmes enfants/adolescents, un lieu d’évasion. Face à l’ennui, l’imaginaire prend toute sa place au cœur de la salle de classe, au grand dam des enseignants. Si les espaces virtuels, notamment par toutes les applications qui existent aujourd’hui sur la téléphonie mobile, sont devenus des espaces où l’ennui s’affiche (regardez le nombre de tweets en live de cours de géographie !), l’évasion a toujours fait partie de la salle de classe. (…)

La salle de classe : espace aménagé, espace à ménager ?

Cette enfilade qui fait frémir Mila Saint Anne, qui, dans le blog C’est au pied du mur…, nous invite à taper « salle de classe » dans Google Images[20]. Image après image, le même constat : la salle de classe est un espace ordonné, où les élèves sont « rangés » (en rang dans les couloirs pour attendre d’entrer en classe, assis sur des bureaux en rang dans la salle de classe). La salle de classe répondrait-elle d’un aménagement hygiéniste, où les grandes artères haussmanniennes (les « couloirs » entre les tables des élèves) n’ont pas que des objectifs sanitaires (éviter la contagion du rhume ou la profusion des poux), mais avant tout des fins sécuritaires (contrôler tout débordement) ? La salle de classe est aussi un espace de contrôle.Entre les murs de la salle de classe comme dans tout lieu d’apprentissage, c’est aussi l’apprentissage du conformisme qui est dénoncé, parfois même par les « premiers de la classe ».

La salle de classe, le lieu d’un métier

Pour les enseignants, la salle de classe est un territoire du quotidien. Mais, selon les pratiques, cet espace est approprié de manière diverse : dans l’enseignement primaire, l’enseignant s’approprie totalement « sa » classe. Il l’aménage, la décore, la structure en fonction de sa pratique pédagogique. Dans l’enseignement secondaire, la salle de classe est un espace partagé : l’histoire-géographie requiert du matériel (depuis les cartes murales jusqu’aux tableaux interactifs). La salle devient alors la salle de classe d’une discipline (l’histoire-géographie) et l’espace où s’installent tour à tour les enseignants de cette discipline. L’identité de la salle de classe n’est donc pas la même dans ces deux niveaux : elle devient le lieu d’un enseignant en primaire, et le lieu d’une discipline dans le secondaire. Mais, dans tous les cas, elle est le lieu où l’enseignant exerce son métier. »

3. L’open-space en lycée professionnel

J’ai récemment visité un lycée professionnel où les élèves de la section Gestion-Administration travaillent dans un open-space (table de réunion, îlots et matériel informatique à disposition, salle de convivialité) qui les projettent d’ores et déjà dans le monde de l’entreprise (voir cet exemple).

4. Un aménagement des salles de classe plus flexible augmenterait l’attention des élèves (Huffington Post, 2013)

« Une récente étude de l’Université de Salford au Rouyaume-Uni vient d’ailleurs d’établir une corrélation entre le niveau d’apprentissage des étudiants et l’agencement des salles de classe. Réalisée auprès de 34 groupes de niveau primaire dont les élèves provenaient de différents milieux socioéconomiques, des salles de classe bien conçues pourraient permettre d’améliorer le rendement des élèves de près de 25%. L’Université de Salford n’est pas la seule à s’être saisie du problème. Des chercheurs del’Université d’État de Caroline du Nord ont ainsi mis au point une salle de classe spécialement conçue pour améliorer la qualité de l’apprentissage.

Le concept tient en deux points : flexibilité et interactivité.

Des infrastructures mobiles, pour configurer la classe selon les besoins du professeur et des étudiants.
Des technologies récentes (ordinateurs portables), pour concerner davantage les étudiants et permettre une plus grande interactivité entre la classe et l’enseignant.« 

5. Une salle de classe doit-elle avoir quatre murs ? par François Jarraud (Café pédagogique, 2010)

« Avez-vous imaginé une école sans corridor ? C’est ce qu’on remarque en premier dans les écoles réalisées par R Fielding. Il n’y a plus de couloirs car toutes les salles de cours ouvrent sur des espaces communautaires : foyer, restauration, lieux de rencontre et de travail divers et variés. Avez vous vu des écoles confortables ? Un coin bibliothèque avec des canapés profonds. Un espace restauration où l’on peut discuter entre amis ? Là où l’architecture traditionnelle aurait déroulé ses centaines de mètres de couloirs, R Fielding récupère cet espace et les donne à vivre à ses groupes d’élèves.

Une playlist Youtube sur "Aménager et équiper sa salle de classe"

7. La salle de classe qui supprime le dernier rang (Le Monde, 2013)

« Surfer ou dialoguer pendant ses heures de cours va devenir compliqué. Avec ses bureaux ronds, façon tables de restaurant, la salle interactive de pédagogie en environnement collaboratif et technologique (PECT) offre une grande convivialité, certes, mais oblige à suivre le cours !« 

8. Une école, des élèves mais pas de salle de classe (Regards sur le numérique, 2012)

 » Si Vittra Education a voulu revoir la « forme » de son école, c’est aussi pour repenser le fond de l’enseignement qui y est dispensé. Dès dix ans, les élèves se voient attribuer leur propre ordinateur portable, afin que le numérique participe au développement de leur « curiosité » et de leur « créativité ». L’enseignement est bilingue suédois-anglais, afin d’encourager l’ouverture sur le monde. Enfin, l’accent est mis sur le travail par niveaux de compétence, et non par classes d’âge. »

Emmanuel Grange
Aménager autrement sa salle de classe : une clé de la réussite des élèves !

Aménager autrement sa salle de classe : une clé de la réussite des élèves !

2 Messages

  • Réflexion indispensable ! Chaque fois que j’entre dans une salle de classe, alors que je pose mon sac sur le bureau et que je regarde les élèves se bousculer et courir pour arriver les premiers au fond (je faisais pareil !), je rêve de dynamiter les rangs bien alignés (et comme ça, plus de dernier rang !).

    Il est évident que la disposition de la classe n’est pas un détail : Elle est porteuse de sens pédagogique (et donc politique). Comment mettre en place une pédagogie mutuelle et coopérative quand les élèves sont juxtaposés côte à côte et tournent le dos aux trois quarts de la classe (ou inversement : ont une vue superbe sur les 30 dos de leurs camarades... ou peut-être sur l’écran de leur portable, c’est l’avantage du dernier rang...) ? La salle de classe traditionnelle incarne une pédagogie de la transmission ou seul le maître sait (les autres élèves sont inutiles à l’apprentissage, donc on peut bien se tourner le dos), une pédagogie du contrôle (comme tu le dis dans l’article : des rangées haussmanniennes) et une pédagogie totalement individualiste et non-coopérative (cf. premier point). Bref, difficile de mettre en œuvre des pratiques pédagogiques émancipatrices dans ce cadre !

    Donc oui, ponctuellement, on peut faire bouger les tables et les élèves (j’adore quand la classe s’anime enfin !). Ou faire cours en dehors de sa classe. Un peu d’air salvateur !

    Mais pourquoi seulement "ponctuellement" alors ?... Parce qu’en ce qui me concerne, je ne suis jamais dans la même salle ! Je change souvent de salle entre deux heures de cours (parfois même quand les deux heures ont lieu avec les mêmes élèves !). Donc, dans le secondaire, à part en sciences et en histoire-géo (souvent), il n’y pas de salles par discipline (cet année, je faisais cours dans une salle de physique dont je n’avais pas la clé et dont les paillasses ne sont pas hyper confortables pour travailler en sciences économiques et sociales...). Bref, et quand on sait qu’une heure de cours dure 50 à 55 minutes ; qu’après toi, le collègue et ses élèves attendent impatiemment d’entrer ; que toi tu dois dévaler deux étages pour assurer ton cours suivant... Voilà pourquoi tu cèdes bien souvent à la facilité de prendre ta salle comme elle est. Ceci dit, je m’aperçois que plus souvent on en modifie souvent la disposition, plus les élèves s’habituent et cela va donc plus vite. Alors quand même, le "ponctuellement" devient de plus en plus fréquent parce qu’on étouffe entre ces rangées... bien rangées !

    Alex

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  • Je crois qu’il faut surtout commencer par traiter autrement les élèves en les respectant comme ça se fait en suède :

    http://www.oveo.org/si-jaurais-su-je-serais-ne-en-suede/

    Voir en ligne : Si j’aurais su… je serais né en Suède !

    repondre message

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