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Questions de classe(s)

8 octobre 1966 / 8 octobre 2016 : Célestin Freinet l’engagement social et pédagogique en héritage

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Le 8 octobre 1966 disparaissait Célestin Freinet. Cinquante ans après sa mort, ses combats pédagogiques et sociaux restent d’une grande actualité : la réalisation d’une éducation réellement populaire et l’ambition d’une pédagogie socialement critique et émancipatrice sont toujours à l’ordre du jour. Ses engagements pour en finir avec « l’école fille et servante du capitalisme » sont aussi les nôtres.
À l’occasion de cet anniversaire (qui coïncide également avec les 80 ans du Front populaire en France et en Espagne qui soulevèrent l’enthousiasme de Freinet), le collectif Questions de classe(s) vient de publier, dans sa collection N’Autre école, un recueil des écrits militants du pédagogue : Célestin Freinet, le Maître insurgé, articles éditoriaux 1920 – 1939 (Libertalia, octobre 2016, 10 €).

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Célestin Freinet, Le Maître insurgé, écrits et éditoriaux, 190-1939, collection N’Autre école n° 8, Libertalia, octobre 2016, 190 p., 10 €

Descriptif




Extraits de la préface du Maître insurgé (Libertalia, octobre 2016)

Les écrits de Célestin Freinet rassemblés ici sont extraits des trois revues où il intervint régulièrement tout au long des années 1920 et 1930 : L’École émancipée, Clarté, L’éducateur prolétarien, l’ancêtre de l’actuel Nouvel Éducateur de l’ICEM-Freinet.

De l’instituteur syndicaliste à l’éducateur révolutionnaire

Freinet est avant tout un homme engagé : au sein du mouvement syndical d’abord et au Parti communiste qu’il rejoint en 1926. Ses engagements ne se limitent pas au milieu scolaire : il participe à la création d’une coopérative d’électrification de son village et à l’organisation syndicale des paysans. Son internationalisme n’est pas non plus une simple posture : il salue la création de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement6 (1921), correspond avec ses collègues d’autres pays, visite des écoles en Allemagne (1922) et en Russie (1925), participe aux congrès de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle et de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement , etc.
Il convient de souligner la continuité et la cohérence de ce militantisme avec les pratiques pédagogiques développées par Freinet. Les brouilles avec le mouvement syndical dans les années trente, puis la rupture avec le Parti communiste dans les années cinquante, ont probablement éclipsé l’apport du mouvement syndicaliste révolutionnaire à la pensée et à la pédagogie de Freinet. Diffuser aujourd’hui les textes de ces premières années met en lumière ce lien. C’est dans les articles de L’École émancipée que Freinet se familiarise avec les innovations pédagogiques, comme les classes promenade. C’est avec des militants de la Fédération qu’il se lance dans la correspondance scolaire. Cette expérience décisive, il la relate dans les colonnes de la revue de la Fédération. C’est là que se recrutent les futurs adhérents et adhérentes de la coopérative que lance Freinet en 1926. Adossée, non pas « formellement » mais concrètement à la Fédération CGT de l’éducation, elle tient ses congrès la veille de ceux du syndicat et dans les mêmes lieux. Freinet veut en faire une émanation de la Fédération. La quasi-totalité des coopérateurs et coopératrices militent dans le syndicat. C’est peut-être d’ailleurs cette proximité qui est la source de la déception de Freinet et qui explique la querelle avec la Fédération. Tous et toutes, dans les rangs de la CGT, ne partagent pas « l’évidence » du lien entre syndicalisme et pédagogie ou craignent la concurrence9…

L’originalité du mouvement Freinet

Freinet expérimente et théorise dans le cadre des classes ordinaires de l’enseignement public (parfois avec 49 élèves !). Son abondante production pédagogique est inspirée par son expérience d’instituteur.
Dans l’introduction de Naissance d’une pédagogie populaire, l’ouvrage d’Élise Freinet qui retrace leur aventure, Freinet décrit leurs conditions de pionniers : « Nous avons démarré dans la misère de nos classes, avec des directeurs et des collègues qui nous tenaient souvent pour fous et illuminés quand ils nous voyaient brûler ostensiblement tout ce qu’ils adoraient, avec des inspecteurs qui se demandaient – et un peu avec raison, reconnaissons-le – s’ils avaient le droit de nous laisser faire “nos folies” dans nos classes publiques, avec des parents qui n’avaient pas même idée que l’école puisse être critiquée et améliorée, et qui tenaient pour suspectes toutes nos nouveautés. »
Il invente des pratiques et les fait vivre dans sa classe d’abord, à l’école de Bar-sur-Loup en 1920, puis dans celle de Saint-Paul jusqu’en 1934, date à laquelle il quittera l’Éducation nationale après une cabale des notables conservateurs du village soutenus par l’Action française. À la suite de l’affaire de Saint-Paul, désavoué par sa hiérarchie qui prononce un déplacement d’office, il préfère démissionner et créer une école privée et laïque à Vence, en 1935. Celle-ci accueille des enfants du peuple puis des petits réfugiés pendant la guerre d’Espagne. Cet établissement deviendra une école expérimentale en 1964 et sera reconnue par le ministère de l’Éducation nationale (Jack Lang) sous le gouvernement Jospin, en 1992.

Une école du peuple

Les principes pédagogiques qui ont guidé Freinet se situent dans le grand courant de l’école socialiste de l’époque :
1. La nécessité d’élever le niveau intellectuel des travailleurs du peuple, de leur faire acquérir des connaissances scientifiques et les derniers acquis de la civilisation. Il s’agit de préparer le peuple, dès aujourd’hui, à administrer lui-même la future société issue de la révolution ;
2. La liaison entre les apprentissages scolaires et les activités concrètes dont les élèves perçoivent l’utilité et le sens ;
3. L’ouverture de l’école sur le milieu social et économique ;
4. La nécessité de l’auto-organisation démocratique des élèves avec un collectif d’enseignants et la possibilité, pour eux, de participer réellement aux décisions concernant le travail et l’organisation de l’école.

Les principes

Les grands principes de sa pédagogie, Freinet les développe tout au long de cette période de l’entre-deux-guerres. L’idée fondatrice, c’est bien sûr l’imprimerie à l’école que Freinet met en place dès la rentrée de 1924. Journal, travail en équipe, correspondance, textes libres, bibliothèque documentaire, livres de vie, etc., découlent de cette introduction de la presse à imprimer dans la classe.
S’ensuit le développement d’une vie coopérative et éducative. Et avec le conseil d’élèves, c’est la révolution de l’organisation sociale de la classe.
Freinet se revendique du « matérialisme pédagogique » afin de transformer l’organisation de la classe (outils et techniques). Sa pédagogie refuse de réduire les savoirs à des utilités scolaires étriquées, ce que Freinet nomme la « scolastique ». Le tâtonnement expérimental permet l’apprentissage par immersion.
La personnalisation des apprentissages est un autre pilier de cette transformation pédagogique : l’enfant est l’organisateur, le conducteur de ses propres recherches et de son temps de travail avec les fichiers autocorrectifs.
La libre expression est mise en avant pour exprimer sentiments, émotions, impressions, réflexions, questionnements, avec comme supports la parole, l’écriture, la musique, la peinture, le théâtre, etc.
Enfin, une grande attention est portée à la communication qui complète et donne sens à la libre expression.

Freinet refuse que les techniques deviennent une méthode

Célestin Freinet s’oppose à ce qu’on le place au même rang que les créateurs de systèmes pédagogiques (comme Decroly, Montessori, Cousinet…), il craint que le mythe de la personne avec des techniques pédagogiques figées entraîne la sclérose de sa pédagogie. C’est comme si l’imprimerie à l’école au lieu d’être un moyen d’expression libre devenait la technique centrale de la pédagogie Freinet. Les maîtres risqueraient de s’enfermer dans une voie unique et étroite et de prendre la technique à la place de l’activité de l’esprit qui doit s’en servir.

Un projet : l’école populaire

Freinet est également un rassembleur. Au-delà des partis et des syndicats, il fédère autour de sa pédagogie des instituteurs et des institutrices décidés à trouver des solutions aux problèmes et difficultés rencontrées par les enfants des couches populaires à l’école. Plus que les groupements d’Éducation nouvelle officiels le mouvement Freinet est soucieux de rechercher dans quelle mesure et par quels moyens une pédagogie peut obtenir des résultats dans les milieux populaires.
En 1947, il fonde l’Institut coopératif de l’École moderne, l’Icem. Il retient l’expression « École moderne » de Francisco Ferrer14 et non « École nouvelle » pour éviter toute équivoque avec la conception intellectualiste, scolastique et verbale de l’éducation nouvelle et se différencier des « méthodes nouvelles », « méthodes actives » parfois reprises par l’institution et qui, pour lui, empêchent le vrai progrès pédagogique.

Et aujourd’hui ?

Les pédagogues comme Célestin Freinet qui ont expérimenté, inventé et pratiqué dans le système éducatif ont vu des réseaux de professionnels émerger avec eux. Ces réseaux ont été à l’origine des mouvements pédagogiques tels que l’Icem, le GFEN, l’AFL qui sont toujours bien vivants. Leurs militants travaillent dans l’école publique. On peut parler de mouvements pédagogiques populaires.
D’autres, souvent plus médiatisés, ont choisi et choisissent encore de créer des écoles privées pour pouvoir mettre en pratique leurs méthodes, sans se soucier, la plupart du temps, de toucher les couches populaires et dominées.
À travers les textes rassemblés dans cet ouvrage, se lit l’ambition de relier deux révolutions, l’une sociale et l’autre pédagogique, qui avanceraient, main dans la main, vers l’horizon d’une émancipation collective et individuelle pour un monde sans classes avec ses écoles réellement libres.

Catherine Chabrun et Grégory Chambat

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